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jeudi 5 janvier 2023

Ersin KARABULUT, Journal inquiet d’Istanbul. Volume 1

 



Ersin KARABULUT, Journal inquiet d’Istanbul. Volume 1,

Dargaud, Paris, 2022.

Traduit par Didier Pasamonik.


Le pas est mal assuré, même plutôt tremblant, quand le jeune Ersin, à peine entré dans l'adolescence, ose pousser pour la première fois la porte de la rédaction d'un des journaux satiriques du quartier branché et moderne de Beyoglu. Il a pourtant baigné depuis de nombreuses années dans le monde du graphisme, du dessin et de la BD, puisqu'il s'est nourri, dès le plus jeune âge, des comics et autres fascicules qu'on jetait aux ordures et qu'ils récupérait.

Auto-abreuvé des héros Marvel ou de Tintin, le garçon s'exerçait au dessin dans l'espoir d'atteindre l'unique objectif de sa vie : devenir dessinateur de presse.

Quelle ne fut pas sa joie quand, pour la première fois, un de ses dessins drôles est accepté et paraît dans les pages d'un hebdomadaire stambouliote. On était encore dans la Turquie de tous les possibles où il était autorisé de boire de l'alcool et de rire de ses dirigeants. Mais ça, c'était avant. Avant la prise du pouvoir des militaires, avant la montée en puissance des nationalistes virulents, des extrémistes politiques ou religieux ou les deux à la fois.

Son père l'avait pourtant prévenu, lui qui avait connu les « années de plomb » turques, lui qui avait vu tant de ses collègues graphistes se faire assassiner, lui qui avait échappé au meurtre. Inquiet, tout comme ce journal, son père lui intima à maintes reprises de mettre un terme précocement à cette carrière devenue d'autant plus dangereuse que Erdoğan est arrivé au pouvoir.

Les pressions s'amplifient, les menaces se multiplient sur ceux qui, tout en critiquant honnêtement un gouvernement de plus en plus autoritaire, ne veulent, par leur plume, qu'en rire et faire des blagues.

Mais les chefs, eux, ne rient pas. Ils agissent violemment, assassinent ou font disparaître ceux qui les égratignent, car rire serait un aveu de faiblesse pour celui qui veut diriger son pays d'une main de fer et qui utilise la religion comme arme de pouvoir.

Ersin a peur. Que doit-il faire ? Poursuivre son engagement ? Quitter le pays ? Ou suivre les sages conseils de son père ? Et il y a ce dessin de trop ? Celui qui fait basculer un destin… On en connait trop bien quelques exemples….


Une magnifique BD autobiographique qui contient un peu de Spiegelman, pour le récit de vie sous une dictature, de Satouff ou de Kichka pour ajouter à cela la naissance d'un artiste. Mais aussi et surtout, c’est un récit unique de par son style très "cartoonesque" et son humour, sorte d’autodérision inquiète. Indispensable pour ouvrir les yeux et les consciences sur ce que peut produire un régime dictatorial sur le monde de la presse et de l’art, ou inversement….





dimanche 6 juin 2021

Frank Miller (scénario et dessin), Terreur Sainte, éditions Delcourt, 2012

Frank Miller (scénario et dessin), Terreur Sainte, éditions Delcourt, 2012.

Tâche malaisée que d’écrire sur cette bande-dessinée qui est la réponse hargneuse (et quelque peu tardive) de Frank Miller aux attentats du 11 septembre 2001.

Originellement, l’auteur et dessinateur américain avait pensé à un récit dans lequel Batman affronterait Al-Qaïda à Gotham-City.

Oui. Ecrit de la sorte, les limites même du projet sont évidentes.

L’éditeur historique de Batman, DC Comics, n’ayant pas « accompagné » le projet jusqu’à son terme, Miller travestit quelque peu son histoire pour la publier chez un autre éditeur en 2011.

L’intrigue met ainsi en scène l’ « Arrangeur », le héros protecteur de la ville fictive d’ « Empire City », qui, aidé de la « Chat-Pardeuse », s’en va en découdre avec un groupe de terroristes islamistes menaçant les Etats-Unis…

Dans les années 1940, Superman ou Captain America pouvaient être représentés sur les couvertures de comic-books en train d’asséner coups de poing ou coups de pied à Adolf Hitler.

Dans les années 2000, Frank Miller entend faire de même en montrant un super-héros américain bottant les fesses de terroristes islamistes.

C’est là que le bât blesse.

Passe encore que dans sa prime jeunesse le médium comic-book se hasarde sur les chemins de la propagande infantile mais au 21ème siècle ???

Miller est du nombre de ces créateurs qui ont su, dans les années 1980, porter le médium comic-book à un niveau de maturité et d’excellence rare.

En faisant œuvre de « propagandiste », Miller se fourvoie dans une entreprise des plus hasardeuses et critiquables.

Difficile de le suivre sur ce coup-là.

Son intrigue est sommaire. Son propos est « taillé à la tronçonneuse ».

Son style graphique a évolué dans les années 2000 pour devenir plus anguleux et plus caricatural.

C’est dans ce style caricatural et dans un noir et blanc parfois agrémenté de touches de couleurs vertes ou rouges qu’il conte d’une manière fatalement trop manichéenne.

Ces 100 pages publiées à l’italienne constituent un tout petit album.

D’un point de vue purement graphique, Frank Miller compose quelques planches fortes et violentes.

Il découpe son récit efficacement.

Mais il n’a pas grand-chose à dire et raconter au lecteur.

Frank Miller « racole » comme il le fait si bien dans Sin City.

L’ensemble est « naïf » et simpliste, comme il se doit dans une œuvre de propagande.

Il convient donc de lire et de comprendre cette bande-dessinée pour ce qu’elle est : la réponse purement émotionnelle et « premier degré » de Frank Miller au choc et au traumatisme des attentats du 11 septembre 2001.

Les planches de cet album regorgent des traces « graphiques » du 11 septembre 2001.

Miller n’analyse pas, n’étudie pas, ne raconte pas, ne témoigne pas.

Miller dit et dessine sa peur, ses craintes, sa peine, sa colère, sa haine.

En l’absence de tout recul et de toute analyse, Miller se contente de livrer sa petite bande-dessinée de propagande. Toute toute petite bande-dessinée qui méritera peut-être un jour d’être brièvement citée et référencée dans une note de bas de page d’un ouvrage traitant de l’impact des actes terroristes sur les arts populaires du premier 21ème siècle...

vendredi 29 juin 2018

Riad Sattouf, L'Arabe du futur 3. Une jeunesse au Moyen-Orient (1985-1987), Allary Editions, Paris, 2016.




Riad Sattouf, L'Arabe du futur 3. Une jeunesse au Moyen-Orient (1985-1987),
Allary Editions,
Paris, 2016.

Voici le troisième tome des aventures réelles de Riad Sattouf, désormais célèbre auteur de BD, réalisateur, et dessinateur de presse. Deux nouvelles années de sa tendre jeunesse en Syrie sont ainsi dévoilées. Le risque de répétition était inévitable et c'est vrai que l'on retrouve énormément d'aspects déjà vus dans les précédents volumes: les aspirations utopiques et mégalomaniaques d'un père qui est prêt à tout pour devenir un puissant millionnaire. Dans la réalité il n'est qu'un petit enseignant corrompu et bien peu maître de son destin.  Une maman qui s'exaspère de plus en plus  des conditions de vie en Syrie et qui met encore un fois la pression pour rentrer en Europe, d'autant plus qu'elle attend un nouvel enfant. Un jeune Riad, quasi autodidacte, qui subit les cours, les violences du maître et des élèves, et qui est plus intéressé par de futiles et enfantines préoccupations que de s'intéresser au monde des adultes qui l'entourent. C'est pourtant à travers son regard décalé que se perçoit ce qui fait tout de même l'originalité de cette bande dessinée. 

Car en effet, Riad Sattouf semble s'attacher beaucoup plus que précédemment au conflit interne qui agite la famille: le conflit entre tradition et modernité. D'une part, tradition d'une famille musulmane syrienne qui vit dans un petit village de Syrie profonde et qui reste très attachée aux pratiques religieuses frisant souvent la superstition, et, d'autre part, la modernité des Syriens plus aisés, plus ouverts qui vivent en ville, à l'occidentale. Tradition de la famille du père qui souhaite ardemment que le jeune Riad soit circoncis et modernité d'une mère occidentale qui refuse catégoriquement cela... C'est d'ailleurs par cet épisode qu'est apporté le contexte plus large du petit ouvrage, paru à l'Association en 2008, dans lequel Riad Sattouf racontait sa circoncision. 

La lecture de ce troisième tome nous montre aussi un Riad aux deux visages. Capable à la fois d'être émerveillé par la pièce laissée sous son oreiller par la petite souris ou par les cadeaux au pied du sapin de noël, il peut aussi se montrer violent avec son jeune frère ou avec les plus faibles que lui, prenant comme référence le film qui faisait fureur à l'époque et que tous ceux de sa génération on vu et apprécié: Conan le Barbare, avec l'inénarrable Arnold Schwarzenegger qui deviendra quelques années plus tard l'icône de tout jeune garçon.

Un troisième tome qui dépeint sans concession, et de manière froide, parfois cruelle, le monde dans lequel évolue le jeune Riad. Mais un nouvel ouvrage cependant assez répétitif, ce qui risque de lasser le lecteur. Importante sera donc la suite des aventure tant les attentes sont fortes et ne doivent pas être déçues. Riad Sattouf devra trouver les moyens de redynamiser son histoire, d'autant plus, qu'enfin le père accepte de quitter la Syrie... Mais pour aller où? Affaire à suivre donc...


samedi 28 avril 2018

Jean-David Morvan, Séverine Tréfouël, David Evrard, Walter, Irena tome 3. Varso-Vie, Glénat, Grenoble, 2018.




Jean-David Morvan, Séverine Tréfouël, David EvrardWalterIrena tome 3. Varso-Vie,
Glénat,
Grenoble, 2018.

C'est avec une triple satisfaction que nous avons lu ce troisième volet de la série Irena. La première est de retrouver un magnifique troisième tome d'une série qui ne baisse jamais en intensité; la seconde est de retrouver notre Irena bien vivante, alors qu'elle avait été laissée pour morte dans le second volume; enfin, alors que l'on s'attendait à un dénouement définitif à la fin du livre, les auteurs nous annoncent un quatrième album prévu pour septembre prochain. Tout est bon pour nous, lecteurs du 21ème siècle... pourtant Varso-Vie s'ouvre de façon bien tragique...

Nous sommes dans la capitale polonaise, ou de ce qu'il en reste à la suite de la défaite et de la fuite des nazis. Les Soviétiques contrôlent désormais le pays. Pour les quelques juifs rescapés, l'enfer n'est pas terminé: après les nazis, ce sont les communistes qu'il faut fuir. Un mystérieux commando frappe à la porte de l'appartement d'une famille catholique polonaise dans le but de récupérer une petite fille. Celle-ci n'a que quelques minutes pour découvrir brutalement que ceux qu'elle pensait être ses parents sont des justes qui l'ont accueillis et lui ont sauvé la vie après qu'elle ait été exfiltrée du ghetto par Irena, dont elle découvre par la même occasion l'existence. Cette découverte à peine digérée, elle doit faire ses bagages pour quitter définitivement sa famille de sauveurs qu'elle ne reverra plus jamais. 

Cette jeune fille c'est Astar Berkenbaum, et c'est elle qui devient la narratrice de la première partie de la BD quand elle raconte son histoire à sa propre enfant, quelques années plus tard, dans l'allée des justes du Mémorial de Yad Vashem. Sa fuite en zone américaine, les camps de transit, les tentatives de fuite en bateau et puis ce jour de 1948 où enfin, elle et les siens purent rejoindre les terres d'un nouveau pays où tous se sentiraient en sécurité: Israël.

La seconde partie de l'ouvrage est consacrée à la manière dont à pu survivre Irena que l'on pensait morte. On ne spoilera pas ici le périple incroyable de la Juste parmi les nations; mentionnons simplement les événements historiques qui constituent la toile de fond de son sauvetage: l'insurrection du ghetto de Varsovie et sa destruction totale par les nazis, et l'Aktion Reinhard visant à accélérer l'assassinat en masse des juifs d'Europe de l'est.

Par un jeu de flashback constant et parfaitement maîtrisé et une technique graphique et narrative sublime, le tout associé à de solides recherches historiques, les quatre auteurs réussissent une nouvelle fois à plonger leur lecteurs dans l'horreur du nazisme et cette fois en plus dans l'impossibilité de reconstruction d'un peuple dans une Europe de l'est qui passe d'un totalitarisme à un autre et où l'on veut dès l'après-guerre nier l'histoire de sa destruction.


dimanche 1 octobre 2017

Riad Sattouf, L'Arabe du futur 2. Une jeunesse au Moyen-Orient (1984-1985), Allary Editions, Paris, 2015.




Riad Sattouf, L'Arabe du futur 2. Une jeunesse au Moyen-Orient (1984-1985),
Allary Editions,
Paris, 2015.

"Tu seras l'Arabe du futur ou tu ne seras pas", c'est un peu par cette phrase que l'on peut résumer le projet qu'à le père de Riad pour son fils qu'il destine à un grand avenir: être celui qui éduquera le peuple arabe pour le faire sortir de son ignorance et de sa soumission.

Mais ce projet annoncé déjà dans le premier tome de la série est lancé sans tenir compte du système scolaire syrien dans lequel est plongé le petit Riad dès les premières pages du second volume. Car en effet, c'est d'abord de son expérience scolaire dont il est question. La première étape de son intégration à l'école vise à acheter à un marchand presque ambulant le matériel nécessaire et l'indispensable uniforme réglementaire qui doit faire de Riad un élève comme les autres. La seconde: essayer de se fondre dans la masse des autres élèves à qui l'on apprend l'amour du pays et du vénéré dirigeant Hafez-El-Assad en chantant à tue-tête l'hymne national et en adhérant sans discussion à la propagande de la terrible maîtresse au coup de bâton facile visant à le faire réélire avec 99% des voix. Dans un troisième temps, Riad devra jouer l'antisémite anti-israélien pour ne plus être confondu avec l'image du juif de lui collent certains autres garçons de sa classe. Mais au grand dam de sa mère, aucun apprentissage de la lecture n'est réellement effectué, sauf quand il s'agit de déchiffrer tant bien que mal les lignes d'un Coran en langue arabe que finalement personne ne comprend vraiment, mais dont tout le monde connait les interdits...

La seconde partie du livre est beaucoup plus sombre encore. A travers la rencontre avec quelques grandes figures familiales, ce sont les us et coutumes et le poids des traditions syriennes qui sont dépeintes, parfois de façon cruelle par l'auteur. Le culte masculin de la force et de la violence est montré à travers une partie de chasse à l'arme lourde sur de minuscules moineaux, ou par quelques scènes de bagarres entre jeunes enfants; l'attrait pour le luxe et les fantasmes qu'on se fait au sujet de l'Occident sont traduits en la figure du cousin général, un homme étrange, au sourire constant, qui s'affranchit des interdits islamiques en fumant, buvant de l'alcool et couvrant sa femme de bijoux. Enfin le poids de l'honneur ou plutôt du déshonneur familial est affreusement exposé à travers le destin tragique de cette jeune cousine que Riad admirait pourtant parce qu'elle lui avait donné son premier cours de dessin en lui apprenant la perspective.

Dans tout cela le père oscille entre incompréhension feinte, mimétisme forcé, gêne permanente, ou prises de position pas toujours franches, rendant le personnage à la fois horripilant, pitoyable, pathétique, grotesque, mais aussi presque attachant tant on a envie de lui ouvrir les yeux et lui donner un coup de main (ou de pieds au derrière...). Quant à la mère, elle semble faire ce qu'elle peut pour améliorer un quotidien difficile dans un pays où l'électricité est régulièrement coupée et où l'on continue de manquer de tout. Soucieuse d'éduquer convenablement son fils, elle met régulièrement la pression au père pour équiper le logement, et lui donne les cours de français dont il aura besoin dans l'immédiat pour porter un nouveau regard sur les albums de Tintin dont il dispose et pour réussir plus tard sa vie.

On sort de ce second volume mal à l'aise. Que réellement penser de ce père? De ce pays? De ses habitants? On aimerait se contenter des épisodes drôles et d'une sorte de troisième degré permanent qui nous pousse à rire même quand le pire est raconté, mais il est impossible de mettre le tragique de chaque situation de coté... Les prochains tomes devraient à coup sûr nous éclairer un peu plus...

vendredi 9 juin 2017

Riad Sattouf, L'Arabe du futur. Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984), Allary Editions, Paris, 2014.




Riad Sattouf, L'Arabe du futur. Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984),
Allary Editions,
Paris, 2014.

Ce premier des trois tomes déjà sortis de L'Arabe du futur, est une superposition de trois histoires. C'est bien sûr d'abord celle de Riad Sattouf, devenu aujourd'hui dessinateur et réalisateur de cinéma. C'est aussi celle des rêves d'un père d'origine syrienne, qui a l'ambition de faire carrière, et, accessoirement, de faire un coup d'Etat afin de devenir le dirigeant des peuples arabes, qu'il veut éduquer car il les trouve trop peu intelligents et facilement manipulables. Plus modestement, il aimerait avant tout faire fortune pour bâtir la villa de ses rêves dans son pays d'origine et y vivre avec sa famille. Ce premier tome, c'est enfin l'histoire plus globale des pays du Moyen-Orient dans une période pendant laquelle ils connaissent de profonds bouleversements: changements politiques, révolutions et conflits dont certains sont encore en cours aujourd'hui.

Ce premier épisode est celui qui raconte la petite enfance de Riad. Tout commence par la rencontre entre un étudiant syrien un peu lourd et une jeune étudiante bretonne qui accepte, par compassion pour lui, un premier rendez-vous. De cette union naîtra Riad, petit métis aux cheveux longs, blonds et bouclés.

La première expérience professionnelle du père va conduire toute la famille en Libye où Khadafi vient d'installer son "État des masses populaires". Sous couvert de la mise en œuvre d'un socialisme utopique dans lequel tout est partage, le dirigeant conduit sa politique d'une main de fer et le pays connaît corruption, pénurie et manque de tout. Le partage poussé à l'extrême vire à l'absurde, quand les maisons ou appartements deviennent la propriété de ceux qui les habitent en premier. Pas de cadenas ou de serrure, des infiltrations d'eau, rien n'est vraiment terminé dans ces logements. Les difficultés liées à cette situation et au régime politique obligent la famille à rentrer en France. C'est chez la grand-mère bretonne qu'atterrit le trio.

Ici, c'est le choc des cultures. Le grand-père est un coureur de jupons invétéré; la vieille voisine n'a plus toute sa tête, le père de Riad, superstitieux, est terrorisé par les fantômes qu'il imagine qui, selon lui, rôdent autour de la maison. À l'école, Riad a d'abord du mal à trouver ses marques.  Plus débrouillard et habile que les autres, il passe pour un enfant précoce, mais las de cette position, il fait tout ce qui est en son pouvoir pour passer pour un abruti et entrer dans les rangs des élèves français.

La seconde expérience professionnelle paternelle entraîne tout ce petit monde en Syrie, pays natal du père, où celui-ci, plein d'espoirs, est persuadé qu'enfin est venue l'heure de faire fortune en récupérant un héritage foncier qui lui est dû et à partir duquel il espère réaliser son rêve: construire sa villa. Là encore les projets se révèlent illusoires quand il se rend compte que son frère a vendu les terres en question, et qu'il n'en verra jamais les bénéfices. Dès lors les tensions sont palpables à tous les échelons de la famille. Riad, le petit blond est considéré par ses cousins comme le juif, la menace, le concurrent, le traitre qui risque de s'accaparer les faveurs de la grand-mère paternelle à l'odeur âcre de sueur.

La Syrie est celle de Hafez Al-Assad: une dictature militaire dans laquelle on élève les enfants dans le culte de la violence et dans la haine du juif, qu'on assimile à Israël. On apprend à Riad toutes les pires insultes, avant qu'il en soit lui-même la victime. Une grave fièvre et la forte inquiétude de la mère face à cette société violente qu'elle ne souhaite pas pour son fils, poussent au rapatriement en France. Mais les ambitions du père restent tenaces et le livre se clôt sur un projet de nouveau départ.


Par un humour décalé, une fausse naïveté dans les récits, des dessins simples et efficaces, et un jeu de couleur bien choisi, Riad Sattouf ne produit pas ici seulement son autobiographie. C'est aussi une vision claire, satirique, parfois acerbe et cruelle de sociétés différentes, de rêves et de comportements absurdes. C'est l'histoire de la haine et la violence banalisées, parfois très crues,  encouragées par des gouvernements autoritaires. Une époque où les tensions dégénèrent rapidement en guerres, où se fixent certaines conditions du monde actuel.

mercredi 21 décembre 2016

Abdelasiem El Difraoui, Al Qaida par l'image. La prophétie du martyre, PUF, Paris, 2013.




Abdelasiem El Difraoui, Al Qaida par l'image. La prophétie du martyre,
PUF,
Paris, 2013.

Montrer les mécanismes de communication et de propagation des théories d'Al Qaïda, et, à travers cela, exposer les contradictions d'un mouvement qui se veut le seul à détenir la vérité, tels sont les objectifs Adelasiem El Difraoui.

Pour ce faire, ce docteur en sciences politiques commence par retracer la genèse d'Al Qaïda, de sa naissance afghane, à l'après 11 septembre 2001, effleurant même la naissance de l'Etat islamique au début des années 2000. Al Qaïda, "la base" est le rejeton de plusieurs mouvements radicaux islamistes qui ont vu le jour notamment depuis la fin des années 1970 au Moyen-Orient et qui prospèrent durant toute la Guerre froide. D'abord sorte de "maison d'accueil" créée par Abdallah Azzam pour Jihadistes venus en Afghanistan "défendre" l'islam contre les "impies" soviétiques, puis reprise en main par Al Zawahiri et Ben Laden, l'organisation a revêtu plusieurs formes, structures et objectifs pour finalement prendre l'aspect qu'on lui connaît aujourd'hui. Au départ, fusion de différents groupes radicaux, puis réseau, Al Qaïda est devenue aujourd'hui un label, une sorte de franchise dont on se revendique pour commettre des actes terroristes.

Ce qui fait la spécificité du mouvement depuis son origine c'est ce nouveau modèle du martyre dans un "jihadisme global" développé par Ben Laden: désormais le jihadiste doit combattre partout dans le monde et mourrir en martyre de l'islam et non plus seulement se battre sur un territoire précis où on considère que l'islam est en danger.

Pour répandre ce message et toucher le plus grand nombre, Al Qaïda a su développer et perfectionner tout un système de communication et de propagande efficace. Assez rares pendant la guerre d'Afghanistan dans les années 1980, les images sont de plus en plus utilisées. Ben Laden en comprend très vite l'intérêt pour une diffusion massive de ses idées et pour recruter de nouveaux combattants du monde entier. Le système se développe au fur et à mesure que les moyens de communication progressent. Le véritable tournant dans ce domaine est la guerre en Bosnie dans les années 1990, ou les cameramen d'Al Qaïda "armés" uniquement de leur caméra participent à leur façon au Jihad. Quel autre meilleur théâtre d'opération aurait pu être choisi pour montrer l'inaction des casques bleus occidentaux face au massacre des musulmans bosniaques?

L'organe de propagande d'Al Qaïda joue désormais un rôle essentiel, tout est filmé pour mettre en avant l'engagement des combattants et de leur chef Ben Laden. Tous les symboles prennent sens: les couleurs, les objets, les paysages, les lieux saints, les armes, la calligraphie, les animaux sont détournés pour amener le spectateur vers le message ultime porté par la nébuleuse terroriste: la seule voie du salut pour le vrai musulman est celle de mourir en martyr pour défendre l'islam contre les infidèles qui veulent sa perte. L'apothéose pour le mouvement restera définitivement le 11 septembre 2001 avec la mise en avant des 19 "magnifiques" ces 19 terroristes kamikazes qui ont tué près de 3000 personnes en quatre attentats quasi simultanés.

Abdelasien El Difraoui poursuit aussi l'ouvrage en montrant les divergences au sein du réseau. A l'origine déjà, celles entre Azzam et Ben Laden, par rapport à la conception du jihadisme global. Ensuite celles dues aux images d'ultra violence  issues de la branche irakienne qui semblent avoir poussé Ben Laden à faire des remontrances à son chef Al Zarqaoui, donnant naissance au proto État islamique que l'on connaît bien aujourd'hui. Les scènes de décapitation des otages nuisaient à l'image d'Al Qaïda.

Enfin l'autre intérêt de l'ouvrage réside dans le fait que l'auteur, en décortiquant la mythologie du groupe terroriste, le met devant ses propres contradictions. Comment un groupe qui refuse toute modernité venues de l'Occident de des Etats-Unis peut-il se servir autant des techniques de communication modernes, la plupart inventées par l'ennemi juré américain, pour faire sa propre propagande? Comment un groupe qui prône un islam strict qui refuse l'image peut-il s'en servir autant à ses propres fins? Comment un groupe qui prône un retour à un islam pur et rigoriste peut-il en réécrire les dogmes? Car bien sûr, derrière les théories d'Al Qaïda, c'est bien d'un nouvel islam dont il s'agit: l'imagerie diffusée de Ben Laden ne le présente-t-il pas comme un nouveau calife (chef militaire et religieux); voire comme un nouveau prophète (on le montre dans la montagne ou vivant reclus dans une grotte, on le montre chevauchant un beau destrier comme le prophète Mohammed dans les textes saints de l'islam).


En clair, Adbelasiem El Difraoui nous prouve par cet ouvrage indispensable qu'Al Qaïda est une organisation qui répond parfaitement à la définition de ce qu'est une secte islamique dont les adeptes se coupent du monde et se considèrent comme les seuls vrais croyants. Guidés par leur leader charismatique, eux seuls pensent connaitre la véritable voie vers le salut de leur âme: l'attentant suicide, la mort en martyre, pour tuer aveuglement un maximum d'innocents qu'eux considèrent comme infidèles. 

mercredi 23 novembre 2016

Harry Parker, Anatomie d'un soldat, Christian Bourgois éditeur, Paris, 2016.




Harry Parker, Anatomie d'un soldat,
Christian Bourgois éditeur,
Paris, 2016.
Traduit de l'anglais par Christine Laferrière.

"Nous sommes parvenus à une déclivité dans le sol et en un éclair, il n'y a plus rien eu de romantique du tout", La fin de ce livre en est aussi le début: dès le premier chapitre une ceinture, souillée par le sang de BA5799, raconte comment elle lui a servi de garrot. BA5799, c'est le matricule de Tom Barnes, chef d'une troupe de soldats britanniques, qui se retrouve à combattre quelque part dans le monde, fort probablement au Moyen Orient.

Alors qu'il est de retour d'une mission de surveillance nocturne son destin bascule irrémédiablement. Malheureuse seconde, épicentre de tout le livre, lors de laquelle il a posé sa Ranger sur un engin explosif déposé là par des terroristes. Son histoire est racontée par des objets, des microbes, ou par le souffle de l'explosion qui lui a arraché ses deux jambes. Dès lors sa vie va changer radicalement et plus rien ne sera comme avant: les remarques et les regards pleins de compassion des proches et des moins proches, les déplacements qui deviennent impossibles, les gestes du quotidien irréalisables.

Auparavant si sûr de lui, ce soldat n'est désormais plus que l'ombre de lui-même. Mais il refuse de perdre la face. Il s'obstine à nier la douleur, alors que son moignon saigne dans ses prothèses; il refuse qu'on l'aide à pousser sa chaise roulante, alors qu'il est embourbé dans les graviers; il fait mine de ne pas comprendre les avances d'une fille qui lui plaisait pourtant; il cache derrière  une façade joviale et rassurante sa honte de n'être plus qu'un "demi-homme". Qu'est-ce qu'une cérémonie en son honneur et la remise de décorations quand on ne peut plus se déplacer à sa guise? Qu'est-ce que la blessure physique quand on ressent l'humiliation de l'échec et de la faiblesse alors qu'on était une référence aux yeux des soldats qu'on dirigeait?

Tiraillé entre acceptation de ce qui lui est arrivé et l'envie d'hurler à la face des nouvelles recrues de l'armée que ce corps mutilé n'est que le reflet des réalités de la guerre, Tom Barnes reste digne, même si un sentiment d'injustice plane constamment sur les pages de ce livre. Ce soldat si méticuleux, si scrupuleux de respecter le protocole, qui préfère se placer en première ligne pour éviter de mettre en danger ses hommes de troupe, pourquoi est-ce lui qui a eu à subir ces horribles blessures? Injustice subie aussi par Kushan Hhan, ce local qui œuvre pour la paix et qui, au péril de sa vie, souhaite vivre en bonne intelligence avec les troupes étrangères. Lui aussi se retrouve victime malgré lui d'un conflit pour lequel il n'a aucune responsabilité.

Injustice, critique de la guerre, jugement sur la folie humaine... Rien de tout cela n'apparaît pourtant clairement dans le roman. Comment  des objets dénués de toute âme et de tout sentiment pourraient-ils en faire état ? D'ailleurs, ce n'est aucunement l'objet de ce livre.


Ce qui en fait plutôt la force et l'originalité c'est l'art de l'ellipse et du flashback parfaitement maîtrisé par Harry Parker, lui-même soldat engagé dans la British Army et qui connait très bien le monde militaire, l'Irak et l'Afghanistan où il était en mission. Son premier livre est plutôt le récit de la reconstruction d'un homme, mis à nu, quasi disséqué, par les témoignages des objets dont il s'est servi ou de ceux qui l'ont blessé. C'est le récit du triomphe d'un homme sur la souffrance, sur le désespoir, sur la résignation et la honte. Le récit d'une suite d'épreuves qui l'ont rendu plus fort qu'il ne l'était avant le drame au point de se dire que si c'était à refaire, il ne "changerait rien".

Un grand merci à Jeanne Grange et aux éditions Christian Bourgois pour leur soutien
http://www.christianbourgois-editeur.com/

vendredi 21 octobre 2016

Alfonso Zapico, Café Budaspest, Steinkis, Paris, 2016




Alfonso Zapico, Café Budaspest,
Steinkis,
Paris, 2016


La Palestine, Jérusalem, lieux de tous les espoirs pour ces juifs d'Europe de l'est, rescapés de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah, qui ont tout perdu: famille, proches, biens, logement... La "Terre promise" représente l'espoir d'une vie nouvelle, meilleure...Yechezkel et sa mère sont de ceux-là, de ces victimes qui ont survécu aux camps de la mort et qui tentent de survivre dans une Budapest détruite et occupée maintenant par l'armée rouge et les communistes. Par rapport à l'époque nazie, il n'y a que le drapeau qui leur semble avoir changé sur les bâtiments administratifs.

Mais pour Yechezkel, les choses vont s'avérer différentes. Différentes parce que Yechezkel a un don: il est un violoniste virtuose. Différentes aussi parce qu'il est le neveu de Yosef, l'oncle barman de Jérusalem. Et quand celui-ci invite son neveu et sa mère à venir le rejoindre à Jérusalem, c'est avec un enthousiasme débordant que le jeune violoniste accepte.

C'est au Café Budapest, lieu où se côtoient juifs, Palestiniens, Anglais, riches, moins riches et tous autres originaux du coin, que sont accueillis Yechezkel et sa mère. On s'y retrouve pour boire un café, discuter, débattre, jouer et surtout rire. Les dessins denses, en noir et blanc, fourmillent de détails et rendent compte de l'ambiance chaleureuse du lieu. Tout ce beau monde y vit en bonne intelligence, le café est le centre névralgique d'un quartier où se mêlent toutes les communautés, on s'entraide, on commerce, on négocie. Yechezkel s'y épanouit au fil des pages, y rencontrant, entre deux prestations de violon, l'amour en la personne de Yaiza, jeune livreuse arabe de fruits et légumes. Seule la maman, cloîtrée dès son arrivée dans sa chambre, ne profite pas de ce renouveau. Se laissant totalement mourir, on apprendra au moment de son dernier souffle de vie, dans les quatre planches certainement les plus terribles de l'album, pourquoi elle n'a pas réussi à s'accrocher à cette nouvelle existence.

Sauf que Yechezkel est loin de s'imaginer qu'en même temps, à des milliers de kilomètres de là, à New-York, au siège des Nations-unies, se prend une décision qui va durablement bouleverser le monde: le plan de partage de la Palestine. Dès lors, plus rien ne sera comme avant. Dans le Café Budapest, dans le quartier, à Jérusalem et dans toute la région, les anciennes amitiés se brisent, les relations se dénouent, les notes du violon juif d'Yechezkel ne sonnent plus comme avant aux oreilles musulmanes. Le café, la ville toute entière sombrent dans la décadence, dans la violence. Place est faite aux extrémistes de tous bords, aux actes terroristes de tous bords. On frappe, on tue des innocents, on s'acharne sur des civils.

Et lorsqu’Alfonso Zapico termine son ouvrage, c'est pour consacrer ses dernières planches au retrait des troupes anglaises de Palestine le 9 mars 1948, et pour représenter les premiers combats de la première guerre israélo-arabe sur les suivantes, prémices du conflit qui dure depuis maintenant 70 ans.

Parmi les 150 planches que compte cet ouvrage, les planches plus historiques sont réellement magnifiques et d'une grande clarté. L'ouvrage est une vraie leçon de tolérance à lui tout seul, mais il renseigne aussi sur l'absurdité d'une guerre qui du jour au lendemain fait d'anciens amis, les pires ennemis prêts à s'entre-tuer. 



jeudi 20 octobre 2016

Brigitte Findakly et Lewis Trondheim, Coquelicots D’Irak, L’Association, Paris, 2016.




Brigitte Findakly et Lewis Trondheim, Coquelicots D’Irak,
L’Association,
Paris, 2016.

Dans Coquelicots d’Irak, Brigitte Findakly et son époux Lewis Trondheim s’inscrivent dans la veine des auteurs de BD qui, depuis quelques années, à l’instar de Spiegelman, Guibert ou autre Delisle, réussissent, en quelques dizaines de planches, à transporter leurs lecteurs dans une superposition d’histoires individuelles et collectives hors du commun.
Coquelicots d’Irak, c’est d’abord l’histoire personnelle de la narratrice, Brigitte Findakly, le récit de son enfance en Irak, celui de ses promenades avec ses parents sur les sites archéologiques mésopotamiens, ses relations familiales (avec son frères, ses parents), son développement personnel et professionnel, la naissance de ses engagements politiques et civiques et la découverte d’une passion qui deviendra son métier : coloriste.
Coquelicots d’Irak c’est ensuite une histoire familiale au sens large du terme : celle d’une maman française qui se marie avec un chirurgien des armées irakiennes, celle d’un papa qui essaye de subvenir aux besoins d’une famille tout en tentant de venir en aide à tout Irakien, les difficultés d’adaptation et de compréhension d’une Européenne au sein d’une famille attachée à ses traditions. L’histoire d’une famille irakienne qui évolue au gré des changements politiques de l’Irak.
Car Coquelicots d’Irak c’est aussi l’Histoire d’un pays en proie aux luttes politiques, aux assassinats, aux coups d’Etat et à l’accession au pouvoir de Saddam Hussein et du parti Baas. C’est l’exposé des conséquences de la mise en place de l’autoritarisme du gouvernement sur des familles qui perdent leurs repères et qui s’en donnent de nouveaux. Face à cette situation devenue trop dangereuse pour une famille chrétienne, les Findakly décident de quitter l’Irak pour vivre en France. Bien qu’en sécurité, c’est maintenant devant l’imbécillité de la gestion de l’immigration par l’administration française que s’étonnera Madame Findakly.
On ne peut s’empêcher de penser aux ouvrages de Guy Delisle sur la Corée du nord ou sur Israël, quand sous la plume de Lewis Trondheim, la narratrice expose avec une fausse naïveté les épisodes dramatiques de la vie politique irakienne ainsi que les changements du comportement des hommes de sa famille restée en Irak. A chacun de ses voyages pour leur rendre visite elle s’étonne de leur attitude nouvelle: leurs relations avec leurs femmes, leur attitude devant une tarte aux pommes dans un pays qui manque de tout, l’obligation d’accrocher dans chaque maison un portrait de Saddam Hussein…
La lourdeur de certains épisodes est allégée par des « Petits riens » de la vie quotidienne ou issus des traditions irakiennes : le questionnement de la future mariée qui se demande si elle doit se raser intégralement ou non le pubis, le fait qu’en Irak ce sont les hommes qui font les courses…
Lewis Trondheim nous avait toujours habitués à ces situations cocasses de sa propre vie, toujours habitués à mettre en scène des animaux « humanisés ». Pour Coquelicots d’Irak, avec son épouse, ils ont choisi des êtres humains. Quelques photographies familiales semblent renforcer ce choix. Est-ce là une volonté de raconter une histoire d’hommes et de femmes forcés de quitter leur pays  avec l’espoir d’y revenir un jour ? Mais « Avec Saddam Hussein qui deviendra président en 1979, la guerre Iran-Irak de 80 à 90, la guerre du Golfe en 90, les sanctions économiques qui ont suivi, la seconde guerre du Golfe en 2003 et maintenant Daech », non l’Irak n’ira pas mieux.
Simple et complexe, poétique et dramatique, petits riens et événements historiques majeurs, tout y est raconté simplement mais avec force et puissance. C’est de la grande bande dessinée réalisée avec des traits simples et efficaces. Preuve qu’il n’est pas nécessaire d’en mettre plein les yeux d’un lecteur pour lui en mettre plein la tête.

Quant aux coquelicots d’Irak, espérons qu’un jour ils pourront refaire le bonheur de petites filles, déambulant aux pieds d’antiques monuments et qu’ils ne seront pas piétinés par les bottes de fanatiques écervelés.