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dimanche 16 avril 2023

Stéphanie Courouble-Share (Avec la participation de Gilles Karmasyn), Le négationnisme. Histoire, concepts et enjeux internationaux, Eyrolles, Paris, 2023.


 

Stéphanie Courouble-Share

(Avec la participation de Gilles Karmasyn), Le négationnisme. Histoire, concepts et enjeux internationaux,

Eyrolles,

Paris, 2023.

 

Doit-on discuter avec les négationnistes ? La question avait déjà été posée dans les années 1980, au moment où le mouvement prenait une importance de plus en plus considérable dans le débat public. Certains historiens, comme Vidal-Naquet, estimaient que non; d’autres, plus récemment, les interviewaient afin de comprendre les mécanismes de leur idéologie. 
 
Il est vrai que le moindre l’article, le moindre procès donne aux falsificateurs de l’Histoire, au minima un droit de réponse, au pire une tribune, par lequel ils proclament leur logorrhée haineuse, voire antisémite. La loi Gayssot de 1990 a pu porter un sérieux coup dans la possibilité pour eux de débattre sur leur prétendu titre d’«historiens révisionnistes », mais on le voit encore aujourd’hui, cet arsenal législatif n’est de loin pas suffisant. Or quel que soit le moyen, il est indispensable de ne pas leur laisser le dernier mot. 
 
Par cet ouvrage, véritable outil pour connaître, comprendre et, chose rare, réfuter les idées négationnistes, Stéphanie Courouble-Share, assistée de Gilles Karmasyn, offre à tous un véritable vade-mecum anti-négationniste pour ne plus se laisser berner par les idées fausses qui manipulent et dévoient l’histoire de la Shoah.
 
La chercheuse complète sa monumentale encyclopédie du négationnisme parue l’année dernière par ce petit ouvrage qui commence par un Digest de ses recherches sur l’histoire du réseau négationniste mondial. A l’aide de ses travaux de réfutation qu'il mène depuis de très nombreuses années, l’infatigable Gilles Karmasyn, directeur du site PHDN, propose quant à lui des fiches outils pour permettre à tout un chacun de pouvoir vérifier et répondre aux mensonges qui prolifèrent sur les réseaux sociaux et sur internet en général.
 
Instrument indispensable pour les enseignants d’abord, pour les historiens ensuite, mais aussi pour le grand public, le livre est également nécessaire pour éveiller et former à l’esprit critique. Le sommaire très détaillé permet un accès rapide pour répondre et, s’il le faut, même dans l’urgence aux propos haineux. Il liste aussi des ressources pour celles et ceux qui veulent en savoir plus sur l’histoire de la Shoah.
 
C’est effectivement en l’apprentissage de la méthode historique et en l’éducation aux médias et à l’information que se trouvent les solutions essentielles aux problèmes que posent les profanateurs de l’Histoire.
 
Le combat est difficile et long tant dans les temps actuels la tendance est à la contestation radicale et violente et aux dérives haineuses à travers internet, un média de moins en moins contrôlable. Le but de certains malhonnêtes est de faire le buzz pour empocher des sommes d’argent proportionnelles au nombres de vues qu’ils suscitent. En cela, rien de tel que le mensonge, le complotisme et les violences qu’ils entraînent.
 
Le livre proposé par Stéphanie Courouble-Share et Gilles Karmasyn est un exemple de ce qui peut se faire de mieux au point de vue pédagogique. Cependant pour que les idées fausses meurent un jour, il sera nécessaire de relayer les connaissances qui s’y trouvent et de transmettre les techniques pour accéder à la vérité historique, notamment auprès du jeune public, afin que ces aides précieuses ne restent pas simplement imprimées sur les pages d’un livre. Absolument indispensable.

dimanche 9 mai 2021

John Wagner (scénario) et Colin Mac Neil (dessins), Judge Dredd : démocratie, éditions Délirium, Nogent-sur-Marne, 2018.

 


   

John Wagner (scénario) et Colin Mac Neil (dessin), Judge Dredd : démocratie, éditions Délirium, Nogent-sur-Marne, 2018.

« Ceci est une histoire d’amour. »

Tels sont les mots de John Wagner que l’on peut lire à la page trois de ce recueil essentiel et de ce chef-d’œuvre subversif de la bande-dessinée britannique publiée initialement au début des années 1990.

Difficile de croire que ce récit d’anticipation aux allures de sombre fable ironique et critique est avant tout une histoire d’amour et pourtant…

Petit rappel « for those who come in late » : Le futur, Judge Dredd est l’un des impitoyables juges, vivantes incarnations de la loi, dans l’infernale mégalopole Méga-City One. Dans cette ville surpeuplée et au bord de l’explosion, Dredd est l’un des garants de l’ordre qui juge, condamne et punit sommairement tous les crimes commis à l’encontre d’un régime totalitaire tout-puissant.

Le personnage de Judge Dredd est une bien curieuse création des punks de la revue 2000 AD. S’il est populaire auprès d’un certain lectorat britannique, Dredd s’est plutôt très mal exporté dans le monde.

Disons-le d’emblée : le Dredd de cet album n’a absolument rien à voir avec celui campé par Sylvester Stallone dans une adaptation cinématographique de sinistre mémoire, adaptation qui se doit de rester une boursouflure cinématographique de plus dans le navrant paysage des blockbusters américains des années 1990.

Alan Grant, qui a écrit de nombreuses aventures du Judge Dredd, ne s’en est jamais caché : la principale source d’inspiration pour ce personnage est Margareth Thatcher. John Wagner, qui a créé le personnage et qui a scénarisé le présent récit, a toujours affirmé que très loin d’être un super-héros, Dredd est un super-vilain. Pour Colin Mac Neil, le Judge Dredd est un brave type avec de beaux principes qui obéit et sert un régime fasciste, ce qui en fait un fasciste pur jus.

Dredd n’est ni super, ni héros. Dredd est une critique ambulante du super-héros. Dredd est la réponse et le point de vue britannique sur ces supermen trop puissants qui animent joyeusement les comics depuis la fin des années 1930.

Dans les épisodes compilés de ce bel album, John Wagner et Colin Mac Neil livrent sans conteste l’une des aventures les plus politiques du Judge Dredd.

Sous la forme de flashbacks, le récit raconte le destin tragique de la jeune America, une jeune-femme en révolte contre la dictature de Méga-City One. Eprise de liberté et de démocratie, America devient une activiste et une terroriste luttant pour la démocratie.
Au fil de ses mésaventures, elle croise et re-croise le jeune Benny, fou amoureux d’elle. Mais le cœur d’America n’est plus à prendre : elle est complètement dévouée à la démocratie qu’elle aime et souhaite de tout son cœur. Récit tragique et triste que celui d’America, terroriste activiste éprise de démocratie dans un régime totalitaire…

Il s’agit sans doute de l’un des plus beaux récits de Judge Dredd. Un récit dans lequel Dredd n’apparaît pas comme un héros mais bien comme le principal antagoniste. L’histoire est très forte et très dure. Elle explore les limites de la démocratie et les derniers mots que le lecteur lit à la dernière page sont d’une cinglante violence.

« La liberté, le pouvoir au peuple, la démocratie… Le grand rêve américain. Ne rêvez pas. On a déjà essayé. Croyez-moi, ça ne fonctionne pas. On ne peut pas se fier au peuple. Alors vous pouvez divaguer, les tarés. Mais n’oubliez pas que ce n’est rien de plus qu’un rêve. L’Amérique est morte. Ici, c’est le monde réel. »

dimanche 14 janvier 2018

Sylvain Venayre, Etienne Davodeau, La ballade nationale. Les origines, Editions La Découverte/ La Revue dessinée, Paris, 2017.




Sylvain Venayre, Etienne Davodeau, La ballade nationale. Les origines,
Editions La Découverte/ La Revue dessinée,
Paris, 2017.

Vingt tomes sont prévus. Rien que cela... Se lancer dans la mission de refaire une Histoire de France en bande dessinée, plusieurs décennies après celle de Larousse, est déjà une entreprise phénoménale et risquée, cette dernière étant aujourd'hui largement dépassée et n'intéresse plus grand monde, que ce soit dans le domaine scientifique ou scolaire.

Ce premier volume, parfaitement original à tous points de vue, laisse cependant présager une série exceptionnelle. Original tout d'abord par son format qui semble plus proche des romans graphiques que de la BD plus classique. Original ensuite par ses auteurs: un historien collabore avec un dessinateur, celui-ci issu plutôt du monde de la BD indépendante (l'éditeur La Revue dessinée, né il y a à peine quelques années, s'était entouré d'une équipe de dessinateurs à l'origine peu connus dans l'objectif de réaliser des compilations de reportages en Bande dessinée). Original enfin par son histoire et sa narration, ce premier tome en est un parfait exemple.

L'histoire s'ouvre avec la discussion entre cinq personnages historiques: Michelet, Jeanne d'Arc, Marie Curie, Molière et Dumas père. Ils viennent de s'emparer du cercueil de Pétain qu'ils souhaitent inhumer quelque part en France, dans un lieu hautement symbolique et adapté pour recevoir la dépouille de celui qui fut dans un premier temps considéré comme le vainqueur de Verdun et qui incarna par la suite les plus sombres pages de l'histoire de France. Débute alors un formidable tour de France des grands lieux qui ont été marqués par leur importance, réelle ou fantasmée, dans la construction de la Nation française. De Carnac au Puy de Dôme, en passant par Calais, Paris, Reims, l'Alsace, Marseille et bien d'autres lieux, on circule à travers les âges et l'histoire, et on débat sur ce qu'est la France et la Nation française.

Tout dans cette BD est savamment réfléchi, choisi, finement pesé et expliqué. Tout est contextualisé pour être soit confirmé, soit corrigé voire totalement démonté. Partout on retrouve des références aux personnages principaux. On croise aussi d'autres figures de l'histoire, tel le soldat inconnu qui reconnait la voix de Pétain braillant sans cesse de son cercueil, et qui, pour rester dans l'anonymat, se couvre le visage de l'écharpe tricolore de Dumas père. Vercingétorix, quant à lui, que l'on mentionne devant le monument à Gergovie, n'a pas souhaité rencontrer la petite troupe. Tout est chargé de symboles pour faire réfléchir sur le fameux roman national créé surtout au cours du 19ème siècle.

Car une part belle est effectivement faite à la Troisième République, responsable en partie de la construction du nationalisme français et de la volonté de rassembler, sous quelques symboles forts, un peuple français qui venait de subir une terrible défaite contre le voisin allemand. Ces idées, pas toujours justes, même très souvent contestables, perdurent encore aujourd'hui dans certains esprits. Le premier tome de la série ne s'arrête pas seulement à les corriger, il explique aussi pourquoi elles ont vu le jour.

Un dossier final accompagne la BD. Celui-ci propose une courte, mais nécessaire et efficace biographie des personnages principaux et complète les planches dessinées dans leur réflexion sur ce qui unit la Nation française. Du grand art pour un art justement trop longtemps mis au ban et bien mal considéré. Une excellente mise en bouche qui place très haut la barre et qui, à mon sens, met une sacrée pression aux autres collaborateurs de cette série qui s'annonce magistrale.