Affichage des articles dont le libellé est Donald Trump. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Donald Trump. Afficher tous les articles

mercredi 18 février 2026

Batman vs Trump : le combat du siècle ?

 

“Mr. Trump?” inquired the lens-wielding William.

“Yes?” said The Helicopter Don.

“Are you Batman?”

“I am Batman.”

#battrump

En 2015, lors d’un rassemblement politique en Iowa, Donald Trump, répondant à la question d’un enfant de 9 ans, a reconnu qu’il était le Batman… Un personnage comme Trump, aussi haut en couleurs que narcissique, se rêve bigger than life et ne peut que s’identifier à ce playboy millionnaire qui combat le crime la nuit venue. Avant même son entrée en politique, le golden boy a fait de nombreuses apparitions au cinéma ou à la télévision (Maman j’ai encore raté l’avion, Le Prince Bel-Air, Spin City…). Trump et la culture populaire ont une longue histoire commune. Son entrée en politique et son premier mandat présidentiel lui ont permis d’apparaître dans des comics. Pas à la manière d’un Barack Obama lorsque Joe Quesada était à la tête de Marvel Comics mais d’une manière plus… critique dirons-nous. Nous vous renvoyons à un précédent article sur The Dark Knight Returns – The Golden Child. Pour mémoire, Frank Miller et Rafael Grampa y font apparaître le candidat à un second mandat présidentiel sous les traits d’un agent du chaos manipulé par le Joker et le grand méchant Darkseid. Toute similitude avec des personnes existantes ou ayant existé n’est pas fortuite du tout !

 

Dans le petit monde des comics, la réélection de Donald Trump en novembre 2024 a été diversement accueillie. L’historique scénariste Mark Waid a fait part sur les réseaux sociaux de sa grande déception et de ses doutes quant à sa capacité à garder confiance en les idéaux super-héroïques que sont la Vérité, la Justice et l’American Way… Le lecteur attentif a pu noter que ça et là, dans les comics de l’éditeur de Batman, DC Comics, apparaissaient quelques formes de critiques ou de piques à l’encontre de la ligne gouvernementale trumpiste. Un petit propos sur l’importance du métier de journaliste dans une série de Superman qui vient contredire la haine affichée de Trump pour les « journalopes ». L’utilisation de l’intelligence artificielle et des médias sociaux par une antagoniste dans le but de dénigrer les superhéros et de les rendre détestables aux yeux du public peut raisonner avec les vidéos partagées par le POTUS qui se voit bien en train de déverser des excréments sur des manifestants qui s’opposent à sa politique…

 

Forcément, le « I am Batman » lancé par Trump en 2015 a marqué les esprits de certains créateurs de comics qui depuis 2024 entendent exprimer leur mécontentement ou leur opposition et faire réfléchir ou réagir leurs lecteurs. Dans un univers somme toute très conservateur comme celui des comics, ces prises de position sont aussi courageuses que notables. Le scénariste britannique Simon Spurrier est très direct dans sa préface à Hellblazer : Dead in America.

« Un candidat vient de remporter une élection présidentielle en se présentant ouvertement comme un conservateur de droite extrémiste, sans aucune nuance. Pour ceux qui constituent sa nette majorité, la simplicité prime sur la vérité. (…) On sent qu’il y a quelque chose dans l’air. Pour moi, cela sent la fumée. »

Et le scénariste jette après cela le désabusé John Constantine sur les routes états-uniennes à la recherche de grains de sable magiques dérobés à Oneiros/Sandman. Et au gré d’un roadtrip baignant dans la magie et la sorcellerie, Spurrier égraine les nombreux aspects de l’Histoire états-uniennes en cours de réécriture par l’administration Trump. Immigration, intégration, rêve américain, fables westerniennes… Tout y passe. Et alors du côté de Gotham-city ? Est-ce que ça bouge ? Est-ce que ça tabasse Trump ?

Chip Zdarsky (scénario), Jorge Jimenez & Tony S. Daniel (dessin), Batman Dark City Tome 6 : Cité mourante, Urban Comics, Paris, 2025.

La situation n’est pas glorieuse à Gotham ! Batman n’a plus la cote ! Un nouveau super-héros, tout étoilé et patriote comme personne, le supplante dans le cœur des citoyens et reçoit l’appui du nouveau commissaire de police. Le Commandant Star entend sauver la ville du chaos et lui rendre sa grandeur passée ! Le maire de Gotham a été assassiné et un oligarque russe manœuvre pour faire élire un homme de paille. Quant à Bruce Wayne, ses initiatives pour assurer un accès aux soins médicaux pour tous sont vivement critiquées par de violents manifestants qui l’accusent d’être un rouge œuvrant à la destruction de Gotham !

 

Ingérence russe, patriotisme exacerbé, discours haineux contre les rouges ou gauchistes… Tout cela fait furieusement référence à l’actualité politique états-unienne. Alors bien entendu, le Batman va parvenir à faire triompher la vérité. Les manœuvres du méchant Russe vont être stoppées. Les émeutiers vont être calmés. Les manipulations vont être dévoilées. Le Commandant Star va être démasqué : il s’agit de KGBeast ! Super-vilain russe lui aussi qui sous couvert de discours patriotiques ne désire que semer le chaos !

La fiction imite et reflète la réalité et Zdarsky invite le lecteur à se montrer prudent face à certains discours. Jack Kirby et Joe Simon expriment leur souhait de voir les Etats-Unis entrer en guerre contre Hitler en 1941 et pour cela créent et mettent en image un Captain America qui cogne Hitler. La démarche de Chip Zdarsky est comparable. Les souvenirs de l’assaut du Capitole de 2021 et des désordres causés par les partisans de Trump sont toujours présents. La menace russe se précise. Clairement Batman se pose comme adversaire des conservateurs de droite extrémistes ! Mais le Dark Knight peut frapper plus fort encore !

Daniel Warren Johnson (scénario et dessin), Absolute Batman Annual 1, DC Comics, Burbank CA, 2025.

Le scénariste Scott Snyder est à l’origine de la création d’un nouvel univers super-héroïque DC en 2024. La ligne Absolute réinvente les grands héros de l’éditeur en les transformant en outsiders ou carrément en working-class superhero pour le justicier de Gotham. Superman est un alien réfugié issu d’une caste de travailleurs kryptoniens qui lutte secrètement pour les masses opprimées et exploitées. Wonder-Woman est la dernière des Amazones élevée aux Enfers par Circé. Le Martian Manhunter parasite l’esprit d’un agent du FBI et combat la mauvaise influence d’un Martien Blanc télépathe dans des quartiers populaires où vivent des minorités. Bruce Wayne est un ingénieur du BTP qui utilise son intellect et sa force physique pour mettre au pas de riches oisifs criminels. Le changement de paradigme est intéressant. Les réinventions sont astucieuses et cette relance des superhéros rencontre un grand succès auprès du public comme des critiques.

Et là, DC Comics marque un grand coup en cette fin d’année 2025. Dans un numéro spécial d’Absolute Batman confié aux bons soins de l’artiste vedette Daniel Warren Johnson, l’éditeur entend raconter les débuts de ce working-class superhero. Comment a-t-il acquis son Bat-truck mais surtout comment a-t-il affronté une milice d’extrême-droite raciste et suprémaciste ? Les luttes entre superhéros et Ku Klu Klan sont aussi vieilles que le genre super-héroïque. Des dessinateurs et scénaristes issus des minorités ne pouvaient que prendre position contre les discours haineux suprémacistes. Superman, Black Panther, Batman ou Mister Terrific ont déjà eu maille à partir avec des racistes encagoulés. Le projet très punchy de Daniel Warren Johnson est sans doute un peu plus engagé et militant.

 

Confier un numéro spécial du best-seller de l’année à une star montante des comics de moins de quarante ans est une chose qui se défend d’un strict point de vue éditorial. C’est un bon coup marketing. Laisser à ce fan de catch la possibilité de jouer avec un très lefty héros opposé à de très MAGA antagonistes relève du geste politique. Et franchement la double page montrant le Batman brisant le bras d’un facho faisant un salut suprémaciste vaut son pesant de cacahuètes ! Mais surtout cette double page est un écho et une réponse brutale au geste d’un certain techno-milliardaire lors d’un meeting de janvier 2025 peu après la seconde investiture de Trump. 

La Batman de Daniel Warren Johnson est large d’épaules, badass en diable, bien énervé et clairement antifasciste. Lors de la dernière New-York Comic-con, l’artiste a été plus loin en croquant son Absolute Batman en train de tordre le cou à l’un des membres de l’I.C.E., l’United States Immigration and Customs Enforcement. Ce geste de l’artiste n’a pas été du goût de tous. Le légendaire scénariste Chuck Dixon (Punisher War Zone) a demandé au très chrétien et conservateur dessinateur Sergio Cariello de montrer un Batman castagnant un antifa pour répondre à cette « provocation » de Daniel Warren Johnson… Hé oui ça tabasse dans les comics et en coulisses dans le petit monde des comics ! 

Mais si nous nous en tenons aux comics publiés par DC, à savoir Absolute Batman ou la série Batman historique, le justicier de Gotham n’est pas vraiment un soutien de Trump. N’en déplaisent à de vieux réacs comme Chuck Dixon ! Nous ne nous étonnerons pas de savoir que la petite-fille du géant Joe Kubert, Katie, est dans le staff éditorial de DC Comics. Batman semble être en de bonnes mains et bien décidé à rappeler que Donald Trump n’est pas Batman bien au contraire !


 

mercredi 7 janvier 2026

L’Amérique de Trump au cinéma : une trilogie de films pour comprendre les Etats-désunis et le trumpisme ?

 

Le président Donald Trump est parfois difficile à suivre ou à comprendre non dans ses propos mais dans ses prises de position.  Le cinéma américain récent nous donne pourtant des clefs d'analyse et de compréhension simples mais parfois anxiogènes. Jetons un œil à une dystopie furibarde et guerrière, à un biopic plus subtil qu'il n'y paraît et à un film plus que glacialement reçu par le public et la critique cannois lors du dernier festival.

Civil War
, Alex Garland (réalisation et scénario), Etats-Unis & Royaume-Uni, 2024.

« Merry Christmas to all, including the Radical Left Scum that is doing everything possible to destroy our Country, but are failing badly. »

Publication de Donald Trump sur les réseaux sociaux Truth Social et X (25 décembre 2025).

Dans l’Amérique de Trump, il n’y a plus de place pour des opposants politiques. Tout dialogue et toute forme de coopération semblent impossibles. Le président n’a que mépris, moqueries et insultes pour ceux qu’il accuse de vouloir détruire et ruiner son pays. Les prises de parole du « leader du monde occidental » sur les réseaux sociaux sont des plus violentes et radicales. Elles sont devenues sa marque de fabrique et contribuent grandement à lui forger une image de grand manitou de l’Amérique blanche arrogante et méprisante pour le reste du monde.

Cette violence omniprésente dans la communication et le champ politique états-unien, Alex Garland en fait l’une des thématiques de son film Civil War sorti sur les écrans en 2024.

Le scénariste et réalisateur britannique est un habitué des récits de science-fiction et d’anticipation. Il a écrit 28 days later pour Danny Boyle et a écrit et réalisé le métrage Dredd, seule adaptation fidèle et réussie des aventures du Judge Dredd publiées dans la mythique revue 2000 AD. Garland imagine dans Civil War le périple d’un groupe de journalistes se rendant à Washington pour décrocher l’ultime interview du président d’un pays déchiré par une guerre civile effroyable. Le film est brillamment porté par Kirsten Dunst en photographe de presse aguerrie mais fatiguée et marquée, Wagner Moura (oui le Pablo Escobar de la série Narcos) en briscard de l’information rompu aux situations extrêmes et la jeune Caelee Spaenny en émule de Kirsten Dunst, jeune, naïve mais courageuse et envieuse de devenir une grande photo-reporteuse. Nous pourrions attendre un propos sur la presse, la déontologie professionnelle dans la couverture d'événements violents et tragiques mais non, Garland s'oriente vers autre chose.

L’action du film se déroule dans un futur proche et quasi-immédiat aux Etats-Unis. Néanmoins, Alex Garland ne se sert pas du contexte politique des années 2020 pour bâtir sa dystopie cauchemardesque. Certes le président états-unien qui a fait basculer son pays dans l’autoritarisme, brigué un troisième mandat et déclenché la guerre peut faire songer à Donald Trump mais les factions en présence ne reflètent pas les divisions politiques de notre temps. Les sécessionnistes sont menés par la Californie et le Texas ainsi que diverses milices armées. Précaution de la part du réalisateur pour ne pas se retrouver étiqueté ? Peut-être... Mais peut-être que le scénariste et réalisateur veut moins jouer au prophète ou au diseur de mauvaise aventure qu'au commentateur lucide d'une situation immédiate extrêmement inquiétante.


Les critiques de cinéma ont été impressionnés par les représentations particulièrement réalistes et âpres du fait guerrier, par les acteurs impliqués et inspirés mais se sont beaucoup interrogés sur le pourquoi de cette débauche de violences. Il faut bien l'écrire, les scènes de guerre et les reconstitutions d'une capitale fédérale anéantie par la guerre sont saisissantes. Certains ont reproché au film de ne pas s’ancrer dans la réalité des années 2020 pour faire réfléchir. Mais à bien y regarder, Alex Garland nous parle bien de ce qui se passe actuellement aux Etats-Unis.

Dans son film, tout dialogue est devenu impossible entre les factions états-uniennes. Le pays est littéralement éclaté et pour le moins désuni. La seule manière qu’ont les diverses factions pour dialoguer est la guerre, la violence armée et l’anéantissement de l’adversaire. Lorsque nous examinons la rhétorique trumpiste, elle se veut violente, dure et méprisante. Le réalisateur britannique nous amène à penser que cette utilisation massive de la violence verbale dans la communication politique amène, à plus ou moins court terme, à une violence armée bien réelle et à une désunion des Américains. Surtout, il donne à voir à un public parfois prompt à diffuser sur les réseaux sociaux des messages appelant à la révolte ou à la guerre civile des images effroyables et terrifiantes de ce que serait une guerre civile si elle éclatait demain. Spéculer pour éviter des violences futures ? Peut-être... Souligner que la violence et la brutalité sont déjà présentes et bien enracinées dans l'Amérique de Trump ? Très certainement !

L’une des séquences les plus marquantes et anxiogène du film nous montre le groupe de journalistes arrêtés par deux miliciens et interrogés par ceux-ci au bord d’un charnier. « There has to be some mistake. We're American, right? » tente l’un des journalistes pour échapper à la mort. « Okay. What kind of American are you? You don't know? » lance l’un des miliciens, campé par Jesse Plemons. Forcément, certains des journalistes tenus en joue ne sont pas assez blancs, anglo-saxons ou puritains pour ces représentants de la Race Blanche armé jusqu’aux dents et bien déterminés à « rendre sa grandeur à l’Amérique ». Cette séquence de tension cristallise nombre d’images associées aux violences intercommunautaires états-uniennes ou non : lynchage, xénophobie, exécutions sommaires, justice expéditive, vigilantisme… Elle met aussi en exergue la peur de l'autre et le mépris des immigrés clairement énoncé par le président Donald Trump dans maints discours.

Donald Trump sème-t-il les graines d’une guerre civile ? Prêche-t-il la désunion ? Attise-t-il les tensions plutôt qu’il ne les éteint ? Le président Trump est parfois difficile à suivre ou à cerner. Se posant comme un fervent combattant, il affirme vouloir tenir les Etats-Unis le plus loin possible des conflits sans fin. Dans son discours sur l’état de l’Union de mars 2025, il qualifie Joe Biden de « pire président des Etats-Unis » (sic) et affirme « je regarde les démocrates devant moi et je me rends compte qu’il n’y a absolument rien que je puisse dire pour les rendre heureux ou pour qu’ils se lèvent, sourient ou applaudissent. » Il appelle les démocrates à travailler avec son administration à la grandeur et à un nouvel âge d’or mais n’a de cesse de les moquer. Pourquoi tant de haine et de violence ?

The Apprentice, Ali Abbasi, Canada & Etats-Unis, 2024.

« I got three rules. OK? They're my three rules of winning.

Rule one: the world is a mess, OK? The world is a mess, Tony. You have to fight back. You have to have a tough skin. Attack, attack, attack. If somebody comes after you with a knife, you shoot 'em back with a bazooka. OK?

Rule two: what is truth, Tony? What is truth? You know what's truth? What you say is truth, what I say is truth, what he says is truth. What is the truth in life? Deny everything, admit nothing. You know what's true? What I say is true.

And third of all, most important, no matter how fucked you are, you never ever ever admit defeat. You always claim victory. Always. »

C’est ainsi que les trois règles d’or du trumpisme sont exposées à la fin du film d’Ali Abbasi. The Apprentice est un biopic sage et appliqué qui explore les jeunes années de Donald Trump des années 1970 aux années 1990. Sebastian Stan, habitué des productions Marvel Studios, impressionne en jeune Donald Trump. Il s’est imprégné des tics, attitudes, expressions du personnage. Au-delà de la prouesse de caméléon de l’acteur principal, le métrage présente également les liens entre le président en devenir et son conseiller juridique Roy Cohn. Personnage méphitique interprété avec génie et malice par Jeremy Strong, il est présenté comme le mentor du jeune Trump qui reprend à son compte sa doctrine énoncée plus haut. Ce que le jeune promoteur doit aussi à cet avocat américain, qui a fait condamner et exécuter les époux Rosenberg en plein maccarthysme, ce sont la détestation de la Justice et de l'Etat de Droit ainsi qu'une vénération de la brutalité dans les interactions sociales et dans les affaires.

 

Avec une personnalité aussi haute en couleurs que Donald Trump, il est difficile de ne pas céder à la caricature lors de la mise en images d’une partie de sa vie. Le film d’Ali Abbasi est plutôt cynique et fait souvent méchamment sourire son spectateur. Certes, l’évocation des liposuccions ou de la réduction du cuir chevelu visant à réduire une calvitie naissante semble un peu gratuite à côté de la représentation des relations houleuses de Donald et Ivana. L’un des principaux intérêts du film, outre l’exposition des fondements de la doctrine trumpiste, est de réinscrire Donald Trump dans son rôle de real estate agent et de golden boy des années 1980.

Le contexte du présent film est également celui du roman de Bret Easton Ellis, American Psycho. Le héros (?) du roman, Patrick Bateman a une énorme admiration pour Donald Trump dont le nom est cité à de multiples reprises. Bateman est littéralement obsédé par le business man qu’il voit partout ! «Ça n'est pas la voiture de Donald Trump ? fais-je, le regard fixé sur une limousine bloquée dans les embouteillages, juste à côté de nous.» Trump est le héros et modèle de Patrick Bateman. Un symbole de réussite et un modèle de masculinité triomphante. Et étrangement, depuis les années 2010, les memes de Patrick Bateman tirés de l’adaptation cinématographique de Mary Harron, sont devenus des outils de communication de choix dans les sphères MAGA

Cette petite digression du côté de Bret Easton Ellis n'est pas complètement gratuite. Les racines reaganiennes du trumpisme sont plus ou moins évidentes, le slogan Make America Great Again n'est qu'un des emprunts à cette période. Le conservatisme radical et sans concession de Donald Trump se nourrit de références pop-culturelles plus ou moins assimilées et parfois proprement détournées à des fins de communication. Patrick Bateman est l'une de ses références adoptées pour son masculinisme forcené. Le lecteur attentif de Bret Easton Ellis se rappelle toutefois que Bateman est avant tout un yuppie poussé par la vacuité de sa vie personnel et professionnel à s'inventer une anti-vie de psychopathe brutal, homophobe, misogyne et cannibale. Une brebis égarée qui se rêve loup et mâle alpha... Mais tout ceci relève de la fantaisie, de la mythomanie et du délire. Donald Trump serait-il narcissique ? Se verrait-il en plus grand président américain depuis George Washington ? Peut-être...

Ali Abbasi donne à voir un Donald Trump en cours d’élaboration qui veut faire du New-York cauchemardesque de Maniac de William Lustig une cité resplendissante de verre et d’acier. Le jeune promoteur immobilier veut tout rénover, acheter, reconstruire, embellir… Un peu ce que rêve de faire le président Trump lorsqu’il lance de grands travaux de réaménagement de la Maison Blanche ou parle d’acquérir le Canada ou de transformer la Bande de Gaza en resort… Le biopic n’est pas si inintéressant pour comprendre les racines du trumpisme ! Des racines qui pénètrent profondément le conservatisme reaganien, touchent au maccarthysme et s'alimentent d'un vieux fond de racisme et de xénophobie ainsi que d'un mépris des lefties, des rouges ou des gauchos qui paraissait anachronique mais le devient de moins en moins...

Eddington, Ari Aster (réalisation et scénario), Etats-Unis 2025.

« We need to free each other's hearts. »

Le film le plus éloquent, perturbant et pertinent sur l’Amérique de Trump a été présenté à Cannes en mai 2025 et n’a pas été très bien accueilli ni par le public ni par la critique. Et pourtant…

Ari Aster est un jeune réalisateur américain qui a été propulsé sur le devant de la scène après la sortie de deux films de genre particulièrement audacieux et novateurs : Heredity en 2018 et Midsommar en 2019. Lorsqu’il est questionné sur les thématiques abordées dans Eddington, Aster répond avec malice : internet. Et force est de constater qu’internet et son utilisation sont au cœur d’un scénario dense, un peu trop même, qui écorche méchamment l’Amérique du début des années 2020.

Eddington est une petite ville du Nouveau Mexique dans laquelle est prévue l’installation d’un data center. Durant la pandémie de 2020, le film s’attache à décrire les difficultés et errements d’un shérif incompétent et dépassé (Joaquin Phoenix, parfait !) qui affronte sa belle-mère complotiste, sa femme dépressive qui tombe sous la coupe d’un gourou new age œuvrant sur internet, le maire de la ville démocrate et détestable (Pedro Pascal), une ado rebelle qui s’est mise en tête de lancer une croisade « black lives matter » au milieu de nulle part, deux députés et acolytes tout aussi incompétents que lui…

Peinture cynique, acide, agressive et désabusée d’une communauté mise sous pression par la pandémie, les histoires du passé et du présent et internet ! Tout semble conspirer contre le shérif Joe Cross. Et tout s’envenime à cause d’internet et des réseaux sociaux. Après être venu au secours d’un vieil homme qui manque de se faire molester pour non-respect des gestes barrières, Joe Cross découvre sur Facebook la publication du vieillard qui le remercie. Porté par l’élan de cette publication, certain d'être dans le camp du Bien, le shérif décide de se proposer sa candidature aux prochaines élections municipales et se lance dans une campagne ubuesque, grotesque et débile contre le maire sortant.

Ari Aster détourne les codes du western pour raconter son histoire cruelle et laisser libre cours à sa misanthropie galopante. Aucun des personnages n’est réellement sympathique ou à sauver. Le shérif est stupide. Le maire ne recule devant aucun coup bas pour mettre hors course son rival. L’ado auto-propulsée activiste est tout bonnement ridicule… Tout ce petit monde a l’air des plus imbéciles. Et tout ce petit monde se transforme en poudrière prête à exploser dans le dernier quart du film ! Et c’est bien internet qui accélère, aggrave et fait dégénérer la situation. La belle-mère du shérif est abreuvée de discours complotiste sur des sites conspirationnistes. Le shérif se sert de Facebook pour lancer sa campagne électorale et s’en prendre à son rival. Son épouse se fend d’une confession en postant une vidéo sur les réseaux sociaux, confession qui rend explosive les relations avec le maire Garcia… 

Aster clôt de manière apocalyptique son métrage. Le shérif pète littéralement les plombs, prend les armes (référence appuyée à Rambo-First Blood de Ted Kotcheff), s’en va affronter des antifas dont le spectateur ne sait pas trop s’ils sont réels ou surgis de l’esprit fiévreux et dérangé du pathétique héros du film… Sans trop en dévoiler sur la fin du métrage, Joe Cross finit en bien piètre état. COVID-19, internet, tensions, réseaux sociaux, complotisme, ce sont là pour Ari Aster les germes de la destruction et le terreau fertile sur lequel prospère un trumpisme triomphant.

Ne nous fourvoyons pas, Eddington est un commentaire cinglant et amer sur l’Amérique de Trump. Trop agressif et trop touffu pour convaincre et séduire entièrement son public bien que… Le réalisateur se soucie peu de séduire son public. Il cherche à le caresser à rebrousse-poil, à le secouer et à le faire frémir ou bondir.  Il y a quelque chose de génial dans cette peinture au vitriol des Etats-Unis qui n’épargne personne et pose comme catalyseurs de bien des maux la pandémie et les réseaux sociaux.

En arrière-plan, le film décrit la trajectoire d’un jeune-homme qui se trouve une vocation de militant-activiste des droits des Afro-américains pour plaire à une camarade de classe et achève le film en étant devenu important influenceur qui sur les réseaux sociaux propage sa haine de Michelle Obama avec l'acteur James Woods ! Tout le film évoque l’Amérique de Trump dans laquelle l’opposition est trop molle et auto-satisfaite ou caricaturée en milice paramilitaire antifasciste.

« Who are you talking to? There's nobody here. »

Le Nouveau Mexique, les Etats-Unis, Ari Aster ne les connaît que trop bien ! Il en est originaire. Que cherche-t-il à dire ou à transmettre à son public qui n'a pas déjà été dit ou montré ? Qu'il en a plus qu'assez des inepties, des réseaux sociaux et de la crétinerie ambiante ? Peut-être... Que par notre petite humanité, nous nous condamnons nous-mêmes en cherchant à assouvir notre besoin de reconnaissance et d'amour sur les illusoires réseaux sociaux ? Sans doute... Que si nous sommes aussi pathétiques et ridicules que les habitants d'Eddington nous ne méritons pas de vivre ? Gasp !?!  Peut-être pas !?! Mais il est sans doute du nombre de ces Etats-uniens qui ont fait le vœu de ne pas laisser la peur, la bêtise et la brutalité l'emporter sur la raison, l'intelligence et la réflexion ! Il est sans doute du nombre de ces Etats-uniens que les ouh-ouh ou autres signes de protestation bien vains de la part des Démocrates crispent et agacent alors que la politique américaine se radicalise et de durcit ! Il rejoint aussi tous ceux que cette administration Trump pour qui la simplicité du propos pèse davantage que sa vérité. Forcément, internet est un vecteur redoutable de propagation des fake news et autres faits alternatifs sans lesquels la réécriture de l'Histoire par les trumpistes ne pourrait se faire.

Dans une interview donnée au magazine Slant, Ari Aster explique sa démarche :
« I wanted to make a film where I could pull back and describe what it feels like to live in a world where nobody agrees and less actually happens. The film is a western, I guess, but I wanted it to be inflected by a sort of modern realism. That’s to say, it’s a movie where everybody’s living on the internet; they’re all living in different realities and they’re unreachable to each other. »
La société humaine mondialisée et hyperconnectée est fracturée, fractionnée et isole plus qu'elle ne rapproche ses membres en les séparant toujours davantage. Dans le film, le shérif Joe Cross ne vit pas dans la même réalité que les autres. Tout dans son personnage renvoie à une version déformée de John Wayne mixée aux héros des films d'action hollywoodiens des années 1980 et 1990. Le maire Garcia vit dans un spot de campagne électorale permanent. Et lorsque toutes ces différentes réalités se téléscopent, la situation déraille et explose. C'est bien ce qu'Eddington montre au spectateur et c'est sans doute cette confusion qui profite à certains discours haineux, simplistes et radicaux dont le discours trumpiste est un bon exemple.

vendredi 21 février 2025

Sébastien Gayraud et Maxime Lachaud, Mondo movies : reflets dans un œil mort, Potemkine éditions, Paris, 2024.

 


Sébastien Gayraud et Maxime LachaudMondo movies : reflets dans un œil mort, Potemkine éditions, Paris, 2024.

Mondo Cane (1962) Paolo Cavara, Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, Potemkine éditions, Paris, 2024.

Adieu Afrique / Africa Addio (1966) Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, Potemkine éditions, Paris, 2024.

La Cible dans l’œil / L’Occhio selvaggio (1967) Paolo Cavara, Potemkine éditions, Paris, 2024.

The Killing of America (1981) Sheldon Renan et Leonard SchraderPotemkine éditions, Paris, 2024.

Les Négriers / Addio Zio Tom (1971) Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, Le chat qui fume, Paris, 2024.


En fin d'année 2024, les éditeurs Potemkine et Le Chat qui Fume se sont tous les deux fendus d'éditions magnifiques et exclusives d’œuvres rares, difficiles à voir, à digérer et à supporter pour diverses raisons. Des œuvres néanmoins d'une actualité et d'une  « fraîcheur » troublante !

"All the scenes you are about to see are real and were shot as they were taking place. If sometimes they seem cruel, it is only because cruelty abounds on this planet. And anyway, the duty of a reporter is not to make the truth seem sweeter, but to show things as they really are."


C’est sur cet avertissement que s’ouvre Mondo Cane, projeté à Cannes en 1962, le premier d’une longue lignée de films dits mondo. Un duo de roublards italiens est à l’origine de ce film et du sulfureux filone qu’il engendra. Franco Prosperi est un documentariste, sa formation initiale est celle d’un scientifique spécialisé dans l’ichtyologie. Son compère, Gualtiero Jacopetti est d’un autre tonneau. Fasciste puis Partisan et peut-être même au service secret de l’Oncle Sam, il se lance dans une carrière de journaliste dans les années 1950. Sa carrière éclaboussée de scandales divers, le bonhomme laisse dans son sillage une odeur de soufre et des histoires de pédophilie, pornographie, prostitution... 

Il convient de replacer ce métrage dans le contexte italien et européen des années 1960. La prospérité économique de l'après-guerre et les premiers soubresauts d'une mondialisation qui se met à trotter bouleversent et agitent les sociétés italienne et européenne. Se détachant du néo-réalisme ambiant, Prosperi et Jacopetti proposent une nouvelle forme de cinéma qui n'entend pas délivré la vérité mais une vérité. Ils tendent aussi à l'Italie et au monde en général un miroir déformant à même de restituer leur vision complètement grotesque du monde.

Ces deux roublards filment et montent ce curieux documentaire aux allures de faucumentaire ou chocumentaire racoleur qu’est Mondo Cane. Le concept est nouveau, audacieux et propre à générer buzz et scandale. Le métrage aligne de courtes séquences a priori sans lien entre elles et s’en va souligner l’absurdité du monde des hommes et leur cruauté certaine. Se succèdent ainsi des images de la célébration de l’icône virile Rudolph Valentino dans sa bourgade natale, une foule de femmes hystériques qui manque tailler en pièces Rossano Brazzi, des starlettes exhibant leur plastique sur la French Riviera et en regard de ces scènes très badines, celles plus exotiques d’une femme nourrissant au sein un porcelet en Nouvelle-Guinée, le gavage d’oies dans un élevage des environs strasbourgeoises, les déambulations sanglantes des pénitents de Nocera Terinese en période pascale…

Espèce de coq à l’âne outrancier porté par la musique lyrique de Riz Ortolani et la narration cynique de Stefano Sibaldi, ce métrage fait date. Le genre mondo est créé et paré à déferler sur les écrans et à contaminer le cinéma. Dès 1963, sort sur les écrans un attendu Mondo Cane 2, un Mondo Nudo, un Mondo Infame, un Malomondo, etc. Chocumentaire complaisant qui se doit d’aligner les scènes sensément réelles qui mêlent sexe, mort, exotisme de pacotille, cynisme mercantile, tel est le mondo movie. Par son essence même, le mondo est à la lisière du cinéma et au-delà des frontières du bon goût.

Jacopetti et Prosperi se sont toujours vus comme des documentaristes dont l’ambition est d’éclabousser le public et les écrans de ce qui leur semble être une vérité absolue : il n’y a pas de Dieu et le monde est cruel. D’où ce titre de Mondo Cane qui est une interjection exclamative qui pourrait maladroitement se traduire par un « miséricorde ! » de dépit…


Notre duo de documentaristes ne s’arrêta pas en si bon chemin. Assembler des séquences crapoteuses, c’est bien mais documenter la décolonisation de l’Afrique des années 1960, c’est mieux. Présents avec leurs équipe et caméra sur un continent africain en plein bouleversement politique, Jacopetti et Prosperi ne pouvaient pas passer à côté de l’occasion de réaliser un Africa Addio qui 55 ans après continue d’estomaquer, d’interroger, de choquer, de secouer et d’interpeler.

Le projet de ce film est bien différent de celui de Mondo Cane. D’ailleurs notre duo de documentaristes a peut-être consacré une grande partie du restant de leur vie respective à chercher à défendre ce mondo qui, comme son titre l’indique, dépeint la décolonisation comme une dégringolade des Etats africains nouvellement libérés du colonialisme. Au programme de ce nouveau « documentaire » : le départ des autorités britanniques du Kenya, la révolte des Mau-Mau, les carnages des braconniers sur les cheptels d’animaux sauvages, la révolution à Zanzibar, les violences au Rwanda, la rébellion Simba au Congo… 

Les images sont splendides et la réalisation extrêmement soignée. Tout sous l’œil de la caméra est très cinégénique.  Cette beauté formelle trahit d'ailleurs l'authenticité affichée des séquences capturées. Nos deux cinéastes du réel sont des fabricants de vérité qui prennent un soin scrupuleux à mettre en boite toutes les vignettes. Le montage est redoutable et rend presque dispensable le commentaire tranchant de la voix off. A la rigueur des parades militaires des troupes coloniales, à la dignité de ces colons blancs aux yeux clairs succèdent les faciès grimaçants et barbares d'Africains fétichisés par la caméra, les scènes de foule en délire et les séquences de destruction et de carnage.

Un autre aspect qui vient trahir la nature peu documentaire de l'entreprise cinématographique est l'absence de contextualisation des diverses séquences. Le film donne de l'Afrique une image amalgamée et chaotique bien peu flatteuse sans préciser vraiment où et quand les scènes ont été tournées. Le propos l'emporte sur le souci documentaire : l'Afrique décolonisée est un nouveau né turbulent et ingrat qui s'engouffre dans  un abime de chaos et d'autodestruction !

Jacopetti et Prosperi se posent en amoureux d’une Afrique coloniale qui part en lambeaux, s’auto-détruit, s’entre-dévore littéralement… Ils affirmèrent jusqu’à leur mort que l’Histoire leur a donné raison et que la décolonisation est l’un des plus grands malheurs de la deuxième partie du 20ème siècle. Le Rwanda ? ils étaient là avant tout le monde pour filmer et dénoncer les violences ! Catastrophe humanitaire, politique, économique et environnementale dûment documentée par leurs soins à travers ce triste Adieu l’Afrique.

L’accueil de Mondo Cane a été pour le moins mouvementé, celui d’Africa Addio l’est beaucoup plus ! Remonté pour sa distribution en Italie, en France ou aux Etats-Unis. Interdit en Allemagne de l’Ouest après des manifestations à Berlin, censuré en France sous De Gaulle, le film n’est pas épargné au grand dam de ses auteurs. Difficile de rester de marbre face à la chose… Jacopetti a été embêté par la justice en raison d’une séquence d’exécution qui aurait été mise en scèhe pour les besoins du tournage. Le discours réactionnaire, colonialiste, révisionniste et raciste de notre duo a de quoi laisser pantois ainsi qu’une collection d’images sanglantes et choquantes. Quant à la petite vignette sud-africaine qui illustre les bienfaits de l’apartheid, elle laisse songeur…

Ce qui est détonant, en revanche, c’est que cet opus n’est qu’un exemple d’une avalanche de chocumentaires du même acabit qui rivalisent d’inventivité et de mauvais goût pour battre à plate couture les « parrains du mondo » à leur propre jeu : Ultima Grida della Savana, Savana Violenta, Dolce e Salveggio ou la malaisante série de films des frères Castiglioni pousse le genre mondo vers le death movie ou le snuff… Filmer la mort pour de vrai et la montrer au spectateur ! Le mondo movie dérape et cela, les spectateurs, critiques et cinéastes contemporains des faits en sont diablement conscients.

"They made the most disgusting, contemptuous insult to decency ever to masquerade as a documentary." (Roger Ebert 1972)



Filmé en 1967, L’Occhio Salveggio dévoile les coulisses du cinéma mondo. Paolo Cavara, son réalisateur, est un ancien collaborateur de Jacopetti et Prosperi. Dans son œuvre de fiction, il s’attache à suivre le cinéaste Paolo et son acolyte Valentino qui parcourent le monde à la recherche de séquences croustillantes à monter dans leurs chocumentaires. Cavara démonte la démarche pseudo-documentaire des cinéastes mondo. Il taille un costard à Jacopetti et Prosperi dont il condamne le cynisme et l’irresponsabilité. Il dénonce une spectacularisation à l’outrance de l’actualité politique internationale. Il filme aussi les réactions estomaquées de certains membres de l’équipe de tournage lors de la fabrication d’une vérité toute relative…

La séquence qui retient l'attention du spectateur attentif est celle de l'exécution d'un prisonnier dans un pays d'Asie du Sud-Est en proie aux troubles de la décolonisation. Dans le film de fiction, Cavara reconstitue une séquence tournée par Jacopetti en Arfrique pour Addio Africa,  lorsqu'il suivait une colonne de mercenaires commandée par Siegfried Kongo Müller, ancien soldat de la Wehrmacht. Dans L'Occhio Salveggio, le héros du film prend le temps de choisir son angle de prise de vue, demande au peloton d'exécution d'attendre que la lumière soit bonne, choisit un lieu d'exécution plus cinégénique... A se demander ce qui est le plus choquant : la falsification des faits ou l'effroyable cynisme du réalisateur ?

Film précieux que cette fiction qui interroge le média cinématographique ainsi que le geste du réalisateur. Nous sommes encore loin chronologiquement des propos d’un Umberto Eco sur la néo-télévision dans La Guerre du Faux et pourtant… Pourtant il est certain qu’une étude précise et contextualisée de la naissance et de l’évolution du genre mondo ne peut que donner des clefs d’analyse extrêmement précise sur le rapport d’un certain cinéma vérité à l’image. Et en termes d’analyse approfondie du genre cinématographique dont il est question ici, l’ouvrage Mondo movies reflets dans un œil mort de Sébastien Gayraud et Maxime Lachaud, est incontournable et indispensable. Ce livre est extrêmement scrupuleux dans son étude chronologique que dans la mise en évidence des traits si particuliers du cinéma mondo qui contaminent le cinéma ou le traitement des actualités filmées.

Car oui le mondo contamine et remue le cinéma. Werner Herzog, qui ouvre son Nosferatu Fantôme de la Nuit en filmant les momies de Guajanuto au Mexique, cède aux sirènes du mondo. Le très sage Sergio Martino, lorsqu’il signe sa relecture d’Alan Quartermain, La Montagne du dieu cannibale, pourrait se contenter de filmer la plastique d’une Ursula Andress peu avare de dévoiler ses charmes mais non, il doit truffer son métrage de séquences de mise à mort et de dépeçage d’animaux par des indigènes ! Et oui, l’un des autres grands films italiens sorti en 1980 et signé Ruggero Deodato, Cannibal Holocaust, est un commentaire sur le cinéma mondo, la spectacularisation outrancière des chocumentaires, une prise de pouls de l’Italie des « années de plomb » et une œuvre contaminée par les procédés du mondo (cf. l’infâme séquence de la tortue) !

Ce périple aux confins d’un certain cinéma extrême et même vomitif ne saurait être complet sans un dernier coup d’œil à The Killing of America. Ce chocumentaire sorti en 1981 pourrait sembler n’être d’un death movie de plus dans la veine des Faces of Death qui inondèrent les vidéo-clubs à partir de 1978. Complètement mondo dans sa manière complaisante de compiler un demi-siècle de massacres, tueries, barbaries commis aux Etats-Unis depuis l’assassinat de JFK jusqu’aux exploits sordides des Ted Bundy ou John Wayne Gacy, le métrage est porteur d’un discours alarmiste sur la prolifération des armes à feu, la multiplication des actes de violence liés à leur usage, etc. Cette vision cauchemardesque des Etats-Unis convoque à deux reprises les 26 secondes du film de Zapruder. L’éclaboussement et l’impact sur le cinéma et plus généralement la société américaine ont été très finement analysés par Jean-Baptiste Thoret. 

L'éclatement du crâne, l'enregistrement amateur comme élément d'enquête ou preuve, l'émergence du cinéma gore réaliste, l'émergence des thèses conspirationnistes, le meurtre lors d'une parade, le sniper, l'interprétation des images captées plus ou moins fortuitement... Tous ces éléments travaillent les Etats-Unis depuis les années 1960. Et dans la sphère du mondo movie, le film Zapruder  trouve une place de choix. Le délitement des Etats-Unis répond à celui de l'Afrique coloniale dans deux métrages qu'une décennie sépare. Le mondo a alors de beaux jours devant lui parce que rien ne semble pouvoir l'arrêter.

En 2025, les techniques du mondo semblent avoir contaminé le monde. Le swipe sur Tik-Tok ne permet-il pas de reproduire à l’infini le geste des Jacopetti et Prosperi qui consiste à assembler de manière anarchique et chaotique des scènes badines et des images chocs issues de l’actualité la plus brûlante ? Au-delà d’un certain « cinéma poubelle » qui n’est pas complètement déconnecté de l’émergence d’une « télévision poubelle » aujourd’hui obsolète, le mondo et son vœu pieux de montrer le monde tel qu’il est sans l’enjoliver peuvent faire songer aux discours de certains garants du freedom of speech (https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2025/01/restoring-freedom-of-speech-and-ending-federal-censorship/).

Ne perdons pas de vue que la dernière grosse collaboration de nos documentaristes italiens, Addio Zio Tom ou Les Nègriers, est un pseudo « documentaire de l’Histoire » hyper-violent et choquant qui entend rendre compte d’une manière définitive de l’esclavage aux Etats-Unis au 19ème siècle. Cette fois-ci, la caméra ne saisit pas sur le vif l'actualité mais elle capte une reconstitution minutieuse des faits. Enfin... Œuvre-testament de Jacopetti et Prosperi mise en boite en Haïti grâce à l’aide bienveillante du brave Papa Doc, Addio Zio Tom est une insulte à la décence pour certains, une œuvre exploitative cruelle et raciste ou un chef-d’œuvre de révisionnisme et de mauvais goût que ne renieraient pas les chantres de l’anti-wokisme le plus féroce et du freedom of speech ! Le sous-genre mondo, passablement oublié, semble furieusement d'actualité, en ce qu'il interroge les notions de vérité, réalité, histoire, falsification, révisionnisme...

En creux ou en filigrane, le duo Jacopetti-Prosperi livrait, au cours des années 1960 et 1970, une vision très blanche, mâle et même viriliste d'un monde fou dans lequel tous les repères étaient en train de changer ou de se briser. Et de film en film, leur propos s'affirmait toujours un peu plus. Un propos réactionnaire et révisionniste qui, dans Addio Zio Tom notamment, balaye d'un revers de caméra des décennies de lutte pour les droits civiques et rabaisse, infantilise ou animalise les populations noires africaines ou afro-américaines. Les méthodes très spectaculaires et critiquables de ces deux bateleurs italiens entrent curieusement en résonance avec celles de certains hommes politiques actuels, eux aussi adeptes des déclarations chocs, de la confrontation la plus brutale des points de vue voire de la propagation des alternative facts. Hé oui curieusement dans un monde passablement pazzo, la politique mondo a un bel avenir devant elle !

God bless America !

dimanche 25 juin 2023

Joseph Zito (réalisation) et Aron Norris & James Brunner (scénario), Invasion USA, ESC éditions, Paris, 2023.

 

Joseph Zito (réalisation) et Aron Norris & James Brunner (scénario), Invasion USA, ESC éditions, Paris, 2023.

Sam Firstenberg (réalisation) et James Booth (scénario), American Warrior II, The Ecstasy of Films, Saint-Eusoye, 2017.

Rambo II est un monument du cinéma reaganien. 1985 : John Rambo, symbole d’une Amérique régénérée, stéroïdée, superheroïque, invincible et surarmée, s’en va libérer à lui tout les derniers prisonniers américains détenus sur le sol vietnamien. Il en profite pour effacer le souvenir de la défaite et passer à la mitrailleuse toutes ces pourritures communistes qui défient l’hyper-puissance étatsunienne.

Dans l’ombre et le sillage de cette superproduction hollywoodienne, fleurissent dans les années 1985 à 1988 nombre de films d’action mettant en scène les infatiguables et invincibles champions américains en lutte contre le communisme mais aussi les terroristes de tous les bords. Invasion USA est du nombre de ces oeuvrettes et en plus d’être un pur produit des années Reagan, c’est un vestige des productions Cannon et des fous rêves poursuivis par deux cousins israeliens visant la domination du cinéma mondial...

“If you come back in, I'll hit you with so many rights you'll be begging for a left.”

Menahem Golan et Yoram Globus rachètent la compagnie de production Cannon pour un demi-million de dollars en 1979. Ils entendent transformer cette petite maison de production spécialisée dans les films d’horreur ou les films érotiques en une super-maison de production cinématographique. Golan est un vrai dingue de cinéma et Globus un magnat des affaires. Les « Gogo boys » pensent avoir trouver une formule à la « pierre philosophale » pour remplir les caisses de leur maison Cannon : racheter de vieilles franchises en perte de vitesse (les adaptations cinéma de Superman par exemple), embaucher des vieilles stars sur le retour (Charles Bronson…) ou des réalisateurs qui se cherchent un second souffle (Tobe Hooper…) et les inscrire dans des projets cinématographiques vendus à l’international à grands renforts de publicité et de posters aux punchlines marquantes et aux visuels tapageurs !

Mais la formule Cannon si elle utilise du « plomb » ne parvient pas vraiment à tout transformer en or ! L'aventure de Golan et Globus se finit très mal, sur fond de brouille entre cousins et de scandale du Crédit Lyonnais...
Dans les productions Cannon, le spectaculaire explosif un peu cheap quand même va de paire avec une certaine outrance voire un mauvais goût affiché et revendiqué ! Et certains films de la firme dont Invasion USA sont d’extraordinaires documents permettant d’aborder une certaine lecture des années Reagan, de la lutte contre les Rouges voire des menaces émergentes telles que le terrorisme international. D’une manière troublante, ce film d’action bourrin, pensé comme vaisseau pouvant mettre sur orbite la star maison Chuck Norris, peut paraître prémonitoire ou en avance sur son temps dans sa lecture des menaces pesant sur la scène internationale.

“You're beginning to irritate me.”

Une armée de guérilleros extrémistes communistes dirigée par Mikhail Rostov, d’origine soviétique, un vieil ennemi de l'ex-agent de la CIA Matt Hunter, débarque en Floride afin de provoquer le chaos aux États-Unis. Le pays est bientôt secoué par une vague de terrorisme. Hunter se voit confier la mission de localiser et d'éliminer Rostov afin de stopper ces attaques.


Le scénario réduit à l’os par le remontage à la hache imposé par les « Gogo boys » transforme l’actionner de Zito en un comic-book live iconisant à mort le personnage de Matt Hunter et ses ennemis tout autant que lui. Chuck Norris est taiseux, imperturbable, filmé en contre-plongée, surgissant de l’ombre pour massacrer ses ennemis, invincible, infatiguable… C’est un vrai super-héros américain qui vit dans le bayou avec son tatou domestique (sic)…Face à lui, Richard Lynch incarne sans retenue aucune l’infâme Rostov, véritable pourriture communiste qui ravage au lance-roquettes les banlieues états-uniennes et les malls quand il ne glisse pas son arme à feu dans les pantalons de ses victimes (sic)…


Le film surjoue du début à la fin la carte de l’excès et de la surenchère. Norris est aussi inébranlable que Rostov est cruel et dément. Les terroristes de tout poil (communistes sud-américains ou asiatiques, membres de la Rote Armee Fraktion, palestiniens ou arabes à keffieh…) rejouent le D-Day sur les plages de Floride en piétinant bruyamment un malheureux couple de teenagers. Sont détruits un luna-park, une banlieue typique, un mall et tous leurs occupants ou clients. Le film s’achève sur un duel aux lance-roquettes entre Chuck Norris et l’immonde Rostov… 



Joseph Zito avait signé avant ce métrage un épisode assez épicé de la saga des slashers Vendredi 13. Il retrouve ici la mécanique scénaristique massacreuse mais substitue le Chuck Norris triomphant au boogeyman masqué et armé de sa machette. Le spectateur contemporain peut néanmoins s’émouvoir du nombre de victimes et de la violence débridée des super-méchants comme de Chuck le superhéros !

 

Mais où est donc l’intérêt historique des prouesses martiales du grand Chuck ?

L’affiche originale est en elle-même très révélatrice. Au centre de celle-ci, Chuck Norris, le poitrail à l’air, armé de deux uzis (pistolet mitrailleur de facture israélienne) prend la pose. A sa droite et à sa gauche, les cibles visées par les terroristes : le Capitole et les tours du World Trade Center. De part et d’autre de l’inamovible super-Chuck : les militaires de la Garde Nationale veille au grain.


En 1985 dans cette production Cannon, se dessine de manière prophétique (?) le spectre d’une attaque terroriste de grande ampleur qui vise les symboles états-uniens et son mode de vie jugé dégénéré par les gros méchants de l’histoire. A travers le discours sur la mollesse des Américains ainsi que le filmage de la décadence de la Floride (sexe, drogue, prostitution…), s’affirme aussi un certain discours extrémiste et virulent ultra-conservateur.

Menahem Golan dirige lui-même Chuck Norris l’année suivante dans Delta Force. Il s’inspire alors du détournement du vol TWA 847 par l’organisation des Opprimés de la Terre mais imagine et met en images une résolution autrement plus musclée et pétaradante ! Le cinéma d’action des années 1980 peut être lu et ausculté à travers le prisme de la géopolitique. Il regorge de stéréotypes et raccourcis fascinants à analyser.

L'iconique Chuck Norris érigé par la Cannon en star du genre est en lui-même assez emblématique de l’ère Reagan et d’un certain type de productions cinématographiques à forte coloration politique. Le glissement de la menace rouge vers une menace terroriste internationale relève autant de la clairvoyance que de la paranoïa d’une certaine frange de la sphère politique américaine !


L’utilisation et le détournement de certaines images ou séquences de blockbusters du cinéma américain (G.I. Joe par exemple) dans la propagande de groupes terroristes des années 2000 ne doivent pas faire oublier l’importance de la pop-culture comme arme ou vecteur idéologique au temps de la Guerre Froide et au-delà de celle-ci. Top Gun, Delta Force et tous leurs dérivés ont grandement contribué à faire la promotion de la superpuissance américaine dans la seconde moitié de la décennie 80. Le film documentaire britannique Chuck Norris vs Communism met en lumière l’incidence des cassettes vidéos pirates des films de Chuck Norris sur les spectateurs roumains au temps de la Guerre Froide. Une certaine forme de magie du cinéma qui s'exprime avant tout à grands coups de tatane !

Hé ouais Chuck a sans doute joué un plus grand rôle dans la lutte contre le communisme que nombre d’intellectuels et de philosophes…

“Your fight is my fight. You just remember that.” 

Après le beau succès d’Invasion USA au box-office international, les « Gogo boys » proposent au grand Chuck de remettre le couvert. Ils lui proposent le scenario d’Avenging Force. Dans cette suite des aventures de Matt Hunter, le super-Ricain affronte une milice d’Extrême-Droite qui organise des chasses dignes du Comte Zaroff et des attentats sur le sol des Etats-Unis. Bizarrement (?), le grand Norris aux idées très conservatrices affichées n’est pas emballé…


Pas de problème, la Cannon fait les fonds de tiroirs et propulse Michael Duddikoff remplaçant de Chuck Norris. Sam Firstenberg, autre réalisateur maison spécialiste du film de ninjas, emballe cette séquelle retitrée chez nous American warrior II pour surfer sur le succès d’American ninja du même Firstenberg avec le même Duddikoff… Cette séquelle partage avec le film de Zito ses audaces, ses méchants très méchants qui massacrent hommes, femmes et enfants en ricanant, sa cruauté...

Je vous l’accorde : on s’y perd entre tous ces retitrages et recasting ! Où est Chuck bon sang ?!? Et quel est l’intérêt d’une pareille séquelle ?

Hé bien une fois encore, le scénario est étrangement visionnaire dans sa dépiction des idées d’une certaine frange de l’extrême-droite étatsunienne. Le discours virulent du gros méchant Elliott Glastenbury, interprété sans retenue mais avec truculence par John P. Ryan, n’est pas sans faire songer à certains discours de Donald Trump du temps de sa présidence…


“My dear friends, fellow countrymen, Americans, we're living in dangerous times.

They call us paranoid because we love our country, because we want to survive the economic collapse of our land. You know what's coming, don't you? Civil disorder everywhere. Dope-crazed savages.

- Gangs of n*gger rapists! (…)

Snivelling politicians trying to enforce gun control. Commie guerrillas in Central America pointing their guns north, just waiting to cross the Rio Grande, just waiting to terrorise your mama and your children and your neighbourhood and your churches.

First they'll take Mexico. Then what? Then what? More than 20 million Mexicans live in California, Texas and Arizona alone. What happens when they all decide that they too want to join the People's Republic of Mexico? Then what? Then what? Then New Orleans. Yes, New Orleans.

- Chicago. Boston. New York.

- No one will stand for that!

No, no, gentlemen, it is our constitutional right to bear arms. It is our sacred duty to do so as  efficiently as we know how.”

Difficile de ne pas rapprocher ces mots de ceux prononcés par Donald Trump en 2019 lors de l’assez infâme « border wall speech » dans lequel il dépeint les Latinos comme des violeurs et des criminels et les Démocrates comme leurs complices…

“Every day, customs and border patrol agents encounter thousands of illegal immigrants trying to enter our country. We are out of space to hold them, and we have no way to promptly return them back home to their country. (…)

Our southern border is a pipeline for vast quantities of illegal drugs, including meth, heroin, cocaine, and fentanyl. Every week, 300 of our citizens are killed by heroin alone, 90% of which floods across from our southern border. More Americans will die from drugs this year than were killed in the entire Vietnam war. (…)

(…) Democrats in Congress have refused to acknowledge the crisis. And they have refused to provide our brave border agents with the tools they desperately need to protect our families and our nation. (…)

Some have suggested a barrier is immoral. Then why do wealthy politicians build walls, fences, and gates around their homes? They don’t build walls because they hate the people on the outside, but because they love the people on the inside. The only thing that is immoral is the politicians to do nothing and continue to allow more innocent people to be so horribly victimized. (…)

In Maryland, MS-13 gang members who arrived in the United States as unaccompanied minors were arrested and charged last year after viciously stabbing and beating a 16-year-old girl.

Over the last several years, I’ve met with dozens of families whose loved ones were stolen by illegal immigration. I’ve held the hands of the weeping mothers and embraced the grief-stricken fathers. So sad. So terrible. I will never forget the pain in their eyes, the tremble in their voices, and the sadness gripping their souls.

How much more American blood must we shed before Congress does its job?”

Les spin doctors et autres conseillers des présidents s’abreuvent-ils de pop culture et de cinéma d’exploitation ? Les discours de certains extrémistes plongent-ils leurs racines dans une certaine culture populaire ? En tous les cas, la culture populaire se doit d’être scrutée et analysée de près ! L'exemple des productions Cannon pourrait faire penser que la culture populaire est autant témoin et commentateur qu'acteur de l'Histoire... Tous ces films, aussi mauvais ou insipides soient-ils, disent quelque chose sur le contexte géopolitique, politique ou social des années 1980.

Peut-être bien que le film Invasion USA reste dans les mémoires de certains cinéphages français pour les traductions... mémorables et pitoresques de certaines répliques :

« Si tu te pointes encore, tu peux être sûr que tu repars avec la b*te dans un tupperware !»

« Toi tu commences à me baver sur les rouleaux !»

Mais il faut toujours savoir aller au-delà des apparences pitoresques et grotesques du cinéma d'exploitation pour en saisir ce qui fait sa valeur !
Les plus curieux et téméraires iront regarder avec délectation les documentaires Electric Boogaloo: The Wild, Untold Story of Cannon Films et la réponse The Go-Go Boys: The Inside Story of Cannon Films afin d'en apprendre davantage sur Golan, Globus et cette époque qui fleurait bon le bis, la VHS et le nanar...