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mercredi 6 mai 2026

Albin - Par Martin Harnicek - Monts Métallifères - 2026

 


L’histoire d’Albin commence par celle de ses parents, ou plutôt d’un idéal que formulent ces derniers. Vivant dans une dictature totalitaire dirigée par le Comité de dévitalisation, le Prédicateur, géniteur d’Albin, décide avec sa femme de braver l’interdit : avoir un enfant qui, espèrent-ils tous deux, devrait être celui qui libèrera la société du joug du terrible Comité.

Très vite après sa naissance, les espoirs du couple sont réduits à néant : Albin montre d’inquiétants signes de cruauté, d’abord avec les animaux qu’il torture de façon très sauvage avant de mettre fin à leur vie. Il faut se rendre à l’évidence : l’enfant n’est pas un sauveur de l’humanité, mais un horrible monstre pétri de haine et de violence.

Alors que les parents se morfondent et se disent qu’ils ont engendré la pire des créatures, le Comité, de son coté, remarque le jeune garçon, ravi de voir en lui un futur cadre qui devrait faire parfaitement l’affaire pour intégrer le petit groupe d’hommes qui dirigent le territoire. D’autant plus qu’Albin et doué dans tout ce qu’il entreprend de violent et qu’il est affublé d’un visage fin et d’une beauté hors-norme. Cette qualité intéresse tout particulièrement les cadres du parti où seules les relations sexuelles entre hommes sont autorisées parce qu’elles n’engendrent aucune naissance supplémentaire.

Albin gravit les échelons les uns après les autres, soit en montrant ses prouesses imaginatives pour trouver de nouveaux moyens de dévitaliser ceux qui ont atteint l’âge légal pour cesser de vivre, soit en écrasant ses adversaires au sein du parti, usant de ses charmes pour séduire les hiérarques juste au-dessus qu’ils éliminent les uns après les autres ses concurrents directs aux postes qu’il convoite.

Mais dans ces sociétés aussi hiérarchisées, bien souvent ceux qui sont trop carriéristes font peur et deviennent les cibles de ceux qui se sentent menacés. D’un autre côté, la société menace aussi de se soulever contre ceux qui les oppriment. Deux dangers pour Albin… mais est-on toujours sûrs de ceux qu’on installe à la place des dictateurs que l’on fait tomber ?

Cette dystopie écrite en 1974 dans une Tchécoslovaquie communiste ne peut que rappeler le système politique mis en place à l’époque dans le pays. Elle rappelle le fameux 1984 d’Orwell, en plus trash et plus sombre. Aucun espoir, aucune échappatoire ne sont proposés par l’auteur. Même quand les choses semblent s’être dénouées dans les scènes finales, c’est pour mieux retomber dans un cauchemar qu’on nous laisser entrevoir.

Le livre interroge également l’ambition et questionne sur l’être humain et jusqu’où il est capable d’aller pour satisfaire sa soif de pouvoir et de contrôle. Il pose aussi la question de l’acceptation, des effets de la propagande sur les consciences. Cruel, l’anti-héros qu’est Albin dérange par la violence qu’il est capable de produire, même contre ses proches. Un livre dérangeant qui s’inscrit dans son temps et qui, aujourd’hui, interroge tant il peut être compliqué à lire.

 

 

 

mercredi 1 avril 2026

Les Dents de la mer : un pamphlet antiaméricain et anticapitaliste ?

  

Du haut de son demi-siècle, le film de Steven Spielberg n’a pas à rougir : pour sa ressortie en salle en 2025, il s’est classé pendant quelques semaines dans les cinq premiers films du box-office et a raflé 16,2 millions de dollars de recettes ! Il semble que tout a été dit, redit, vu ou revu sur ce film ou sur le roman dont il s’inspire… Mais qui se rappelle que lors d’une interview, Fidel Castro confiait avoir lu Les Dents de la mer. Quoi ?!? El Caballo lit de la soupe commerciale étatsunienne ?!? Hé non ! Comme il le souligne lui-même : ce n’est pas un très bon livre mais c’est un livre marxiste ! Hein ?!?

Peter Benchley, Les Dents de la mer, Gallmeister, Paris, 2024.

Jerome Wybon (texte) et Toni Cittadini (dessin), Les Mâchoires de la peur, Huginn & Muninn, 2025.

Les Dents de la mer : les secrets d’un film culte (documentaire), Laurent Bouzereau, Etats-Unis, 2025.

« Attends qu’on expédie ces pignoufs tout droit sur les hauts fonds ! Va y avoir du sport moi j’te l’dis ! Ils en avaleront leur acte de baptême quand ça va râcler dans le fond du bateau et que ça cabrera de la proue p*tain ! »

Les Dents de la mer est un film admirable et admiré pour de très nombreuses raisons. Techniquement, il est très réussi et efficace. N’est-ce pas cette grande gueule de Quentin Tarantino qui dit qu’il appartient au nombre restreint des films parfaits ? C’est aussi un film ambitieux et réalisé dans des circonstances infernales par un très jeune réalisateur qui s’imagina un temps que ce serait le dernier film qu’il réaliserait à Hollywood… C’est un blockbuster qui cassa le box-office et inaugura auprès des grands studios la tradition des blockbusters estivaux. Ce n’est pas un modèle de production mais c’est un film qui a repoussé les limites de ce qu’une équipe de cinéma pouvait réaliser en pleine mer. C’est aussi un film dont le tournage a été documenté de manière inédite par Carl Gottlieb, ami de Spielberg, acteur sur le film mais surtout script-doctor et assistant personnel du réalisateur durant une bonne partie du tournage. Lors de la sortie sur les écrans, le film est accompagné du Jaws log, un journal de tournage qui détaille les coulisses du film.

« On va avoir besoin d’un plus gros bateau ! »

Forts de la masse documentaire existante sur le film Les Dents de la mer, Jerome Wybon et Toni Cittadini nous offrent un beau making-of en bande dessinée d’un film considéré comme culte. Qu’apporte cette nouvelle narration des coulisses du métrage ? Il s’agit d’une belle synthèse, graphiquement plaisante et travaillée mais surtout bien documentée et assise sur les archives du tournage. Le lecteur y retrouve avec plaisir les moments-clefs du tournage, les péripéties incroyables, les coulisses de la distribution et les secrets de fabrication d’un blockbuster… S’il subsiste quelques scories (notamment sur la création de l’affiche emblématique), le récit canonique est bien restitué. Et au fil des pages, le lecteur pourra s’étonner de lire que Spielberg n’a jamais pu approcher le grand Hitchcock qu’il adulait et à qui il pensait fortement en réalisant son film de requin… Il pourra tiquer en découvrant que le futur réalisateur John Landis est venu mettre la main à la pâte pour la construction de décors du film ! Il s’amusera aussi des âneries de la bande de copains de Spielberg, les Scorcese, Millius et autres George Lucas, qui auraient abimé le requin mécanique en jouant avec…

« Ils sont dans le jardingue, ils risquent riengue ils sont pas bien loingue. »

L’un des aspects du film et de son tournage qui nous semble le plus intéressant et remis en lumière par cette bande dessinée ou le documentaire de Laurent Bouzereau pour l’anniversaire du métrage, est la folie de vouloir tourner in situ et non en studio et le traumatisme de ce tournage pour Spielberg. Lorsqu’il se lance dans l’aventure d’adapter le roman de Peter Benchley, Steven Spielberg n’a pas trente ans, n’a tourné qu’un long-métrage de cinéma (Sugarland Express) et a surtout œuvré à la télévision (Columbo ou le téléfilm Duel). Sur son téléfilm et son premier long métrage de cinéma, le jeune homme a su imposer à la production ses critères et desiderata de cinéaste. Pas de studio, pas de rétroprojection et des acteurs non-professionnels pour faire couleur locale. Sur Les Dents de la mer, il s’en tient aux mêmes idées et il a diablement raison. Dans sa version remaniée du récit, les personnages centraux sont sympathiques et le spectateur frémit pour eux là où Benchley balançait des personnages quasiment tous haïssables en pâture au requin… Brody ? Un vieux schnock impuissant. Hooper ? Un sale type arrogant qui fait cocu le chef Brody en couchant avec sa femme ! Quint ? Un psychopathe qui appâte le requin avec des bébés dauphins ! Le maire Vaughn ? Un escroc en cheville avec la mafia ! Spielberg fait dégager tout ça et veut un petit groupe de héros sympathiques et attachants. Autour d’eux, des personnages secondaires tous recrutés sur place pour ancrer l’histoire dans le décor du Massachussetts. Le pêcheur Ben Gardner au langage fleuri, l’adjoint du shérif un peu benêt, la mère du jeune Alex dévoré par le requin… Tous d’authentiques insulaires parfaitement castés et dirigés !

Lorsqu’il lit le roman, Steven Spielberg sait que la seconde partie du récit, la traque du requin en pleine mer par les trois héros, est un grand moment de cinéma en devenir. Il veut les perdre en pleine mer, loin de tout et à la merci d’un léviathan monstrueux. L’un des moments dont le réalisateur est le plus fier, c’est ce moment de calme entre deux attaques du requin au cours duquel Brody, Quint et Hooper discutent et boivent un coup à bord de leur si petit rafiot. C’est LE grand moment de Quint qui raconte le naufrage de l’USS Indianapolis. Ce croiseur dont le naufrage reste aujourd’hui encore le plus meurtrier de l’histoire de la marine militaire américaine. Le 30 juillet 1945, après avoir livré des composants des bombes atomiques Little Boy et Fatman a la base de Tinian, l’USS Indianapolis est torpillé par la marine impériale japonaise. Le navire coule en moins de vingt minutes. Les survivants se retrouvent en pleine mer à la merci des requins pendant plusieurs jours… Quint raconte le sourire aux lèvres le traumatisme et l’horreur… Un très très grand moment de cinéma, idéalement interprété par un Robert Shaw touché par la grâce qui déclame un texte qu’il a lui-même retravaillé… Spielberg a raison : son film est plus une histoire d’hommes, dans toute leur fragilité, qu’une histoire de requin ! Et c’est bien cela qui rend le film unique dans la longue lignée de films de requins qui tentèrent de mordre à l’appât !

« Au revoir et adieu, jolie fille madrilène

Au revoir et adieu, jolie fille d’Espagne

J’ai reçu l’ordre de repartir à Boston

Et jamais plus je ne reviendrai en Espagne. »

 

Si Quint a été traumatisé par le naufrage d’un croiseur lourd pendant la guerre du Pacifique, Spielberg a été profondément traumatisé par le tournage du film Les Dents de la mer. Difficultés dès la préproduction avec un début de tournage avancé par la production alors que le scénario et les effets mécaniques ne sont pas au point. Les calamités du tournage en mer avec des requins mécaniques qui ne fonctionnent peu ou pas. Vrai naufrage de l’Orca, le bateau des héros. Tournage qui s’éternise plus que de raison. Scénario réécrit au jour le jour par Spielberg et Gottlieb. Equipes techniques et acteurs à bout de nerfs. Isolement sur l’île de Martha’s Vineyard. Descente des producteurs curieux de comprendre les dépassements de planning et de budget… Un vrai cauchemar très bien raconté dans la bande dessinée.

« J'aimerais que vous soyez conscient que Amity est une station balnéaire. Et que nous, on baigne dans le dollar. »

Et pourtant grâce aux talents conjugués de Spielberg, du directeur-photo Bill Buttler et de la monteuse de légende Verna Fields, le film est une grande réussite et un chef-d’œuvre boudé par les Oscars car trop commercial. Commercial ? Vraiment ? Le jeune réalisateur ne s’est-il pas défendu devant ses producteurs de vouloir passer pour un cinéaste sérieux ? Et alors cette lecture marxiste du film ou du livre ? Un poisson d’avril ou un serpent de mer ? 

 

En examinant le contexte de réalisation du film et en scrutant les éléments visuels ou narratifs que Spielberg place devant la caméra, il y a bien quelque chose à écrire sur Les Dents de la mer. 1975, le souvenir du scandale du Watergate est encore très présent. La manière dont le personnage du maire Vaughn est écrit n’est pas déconnectée des événements qui conduisent à la démission de Nixon. De même la défiance vis à vis de cette figure d’autorité fait très hippie ! Quant à toute cette paranoïa autour du requin, cette scène de panique sur la plage avec un hélicoptère en arrière-plan… Le film baigne dans les années 1970, le souvenir de la guerre du Viêtnam… Quant à tous ces élus ou membres respectables de la communauté d’Amity qui pensent davantage aux dollars qu’à la sécurité des baigneurs HA HA la voilà la critique marxiste ! Il va sans dire que si Benchley s’inspire de nombreux faits divers ou est sous l’influence de quelques films documentaires sur les requins, il trouve dans la pièce d’Ibsen, Un ennemi du peuple, un squelette narratif pour mettre en mots le combat du chef Brody contre une communauté sourde et aveugle à ses avertissements et mises en garde. A bien y regarder, le chef Brody et Quint sont de vrais workingclass heroes ! Leurs antagonistes, le maire, les commerçants ou l’effroyable journaliste campé par Carl Gottlieb sont tous des représentants d’une élite méprisante et méprisable qui ironise et plaisante après le tragique décès d’un petit garçon sur la plage. Les choix de Spielberg accentuent et cristallisent davantage ceci en recouvrant l’intrigue et ses acteurs d’un vernis tellement réaliste et concret.

« Ah c’est du bon, du beau, du rupin que vous avez emmené avec vous chef !! »

Toutefois, des esprits chagrins ou simplement attentifs pourraient nous dire que cette lecture marxiste entre grandement en conflit avec le caractère profondément commercial du film et surtout la stratégie marketing féroce des producteurs lors de la distribution du film. De plus, pour un film progressiste du début des années 1970, Les Dents de la mer manque cruellement de personnages féminins ou afro-américains d’envergure. Madame Brody est une brave maman. Les personnages de couleur sont relégués à l’arrière-plan. Et puis… Si le vrai héros populaire qu’est Quint se fait mastiquer par le requin, le brave chef de police et l’océanographe un peu aristo survivent. L’ordre est rétabli par une figure d’autorité un peu prolétaire mais pas tant que cela ! HA HA alors bon marxiste ou pas ? Peter Benchley aurait bien voulu pouvoir faire la promotion de son roman en citant Fidel Castro mais… Les Dents de la mer n’est pas un pamphlet marxiste ! Ce qui n’ôte rien à l’excellence de ce long-métrage qu’il faut découvrir ou redécouvrir et dont les coulisses méritaient bien l’édition d’un album de bande dessinée soigné et documenté !

L'histoire des plus chaotiques de ce film, qui connaît au final un succès inespéré, est aussi un message d'espoir pour toutes celles et tous ceux qui se démènent, s'investissent à fond dans des projets sans trop savoir s'ils s'égarent ou pas et qui doutent de leurs capacités ou de la pertinence de leurs actes. Si Spielberg avait baissé les bras et abandonné le tournage, sans doute parlerions-nous aujourd'hui du flop gigantesque de ce film de requin et d'une carrière prometteuse stoppée nette par un carcharodon carcharias récalcitrant...

jeudi 23 mars 2023

Collectif, 100 comics qui ont marqué l’Histoire, Ynnis éditions, Paris, 2022.

 

 
 Collectif, 100 comics qui ont marqué l’Histoire, Ynnis éditions, Paris, 2022.

En moins de vingt ans, les super-héros de comics ont envahi nos écrans, nos consoles et nos esprits. Partis des marges de la pop-culture, ils en occupent aujourd’hui le devant de la scène. Au point d’en devenir agaçants et insupportables pour certains ! Ce raccourci de vingt années d’invasion de la culture comics est lui-même un raccourci de l’histoire de ce médium bientôt centenaire, médium créé par de jeunes Américains issus de l'immigration envieux de trouver une vraie place dans la société et se servant des comics pour le dire et y parvenir. Mais il n’est pas question dans cet ouvrage de cette poussiéreuse histoire du médium comic-book.

De manière non-exhaustive et limpide, en cent chroniques s’étalant sur des doubles pages, une équipe d’experts et de passionnés opère un retour aux sources de la culture comics et invite le lecteur à lire ou relire cent comics incontournables. Il est vrai qu’à force de se laisser embarquer par les produits estampillés Disney et Marvel Studios, on en oublierait presque que les comics sont à l’origine des fascicules de papier bon marché aux couleurs criardes ! Et cette sélection de cent titres entend mettre en lumière la puissance de ces récits en images et en mots. Il s'agit également de souligner la richesse des comics et leur grande diversité.

Ce panorama des comics se découpe en six parties. Chaque partie couvre une décennie et ce guide balaie l’histoire des comics des années 1960 à aujourd’hui. Ce chouette ouvrage constitue une belle introduction à l’histoire des comics, même s’il écarte les premières décennies («l’ âge d’or » des décennies 1930 à 1950) de maturation du médium pour se concentrer sur les titres à retenir depuis « l’âge d’argent ».

L’ouvrage permet de découvrir la variété des comics : récits super-héroïques mais aussi de fantasy, d’horreur, polar, d’humour, etc. Le lecteur y croise des créateurs de légende : Jack Kirby, Neal Adams, Jim Steranko, Will Eisner, Art Spiegelmann, l’incontournable Alan Moore, Chris Claremont, Frank Miller, Don Rosa… La structure chronologique permet de réinscrire chaque titre ou artiste dans l’histoire du médium ou la Grande Histoire tout simplement. Les notices au format court synthétisent bien ce qui fait l’intérêt historique des titres chroniqués et en résument les caractéristiques majeures.

Aux côtés des comics attendus (Un pacte avec Dieu, Maus, Watchmen ou L’Art invisible), le lecteur relèvera de petites pépites ou surprises à feuilleter : l’underground et féministe Wimmen’s Comix, l’exceptionnel strip Calvin et Hobbes, l’indémodable Bone, le touchant récit initiatique Blankets, le parfaitement essentiel Punk Rock Jesus… Ce catalogue de plus de deux cents pages fait la part belle aux décennies 1980, 1990 et 2000. Le lecteur se souviendra, en effet, que le médium comic est arrivé à maturité au tournant des années 1980 et explore depuis lors des thèmes plus matures et variés que le seul affrontement super-héroïque des gentils contre les méchants !

L’introduction est signée par le génial Commis des comics alias Cédric Calas. Dans la team de rédacteurs se croisent les experts Jean-Michel Ferragatti, Fred Wullsch, Marceau Henault ou Sophie Bonadè. Ce panorama s’adresse tant aux passionnés qu’aux néophytes ou curieux n’ayant pas trop connaissance des racines de papier de nombre de films, séries ou jeux vidéos. Voilà un sésame commode pour se faire une idée des spécificités des comics anglo-saxons. La structure chronologique en fait un ouvrage facile d’accès et agréable à feuilleter.

D’aucuns rétorqueront qu’il manque à cette « comicothèque » idéale quelques titres mais ces cent comics ne sont qu’une porte d’entrée vers les milliers d’autres à feuilleter et découvrir par la suite ! Et comme le Commis des comics s’évertue hebdomadairement à le réciter sur sa chaîne youtube : lisez, lisez et lisez et faites vivre ce médium comic qui offre à ses lecteurs évasion, émotions, réflexion, lecture ou analyse du monde et ce depuis quasiment un siècle !

samedi 31 décembre 2022

Antonio Bido (réalisation et scénario), Il gatto dagli occhi di giada, Uncut Movies, Orléans, 2021 (édition limitée à 500 exemplaires).



Antonio Bido (réalisation et scénario), Il gatto dagli occhi di giada, Uncut Movies, Orléans, 2021 (édition limitée à 500 exemplaires).

L’année 2022 a été funeste pour les fans de culture populaire : décès des dessinateurs de légende que sont Neal Adams, George Perez et Kevin O’Neill, de l’encreur non moins fameux Tom Palmer ou du scénariste inoubliable qu’est Alan Grant. L’année s’achève sur le départ d’une grande figure du cinéma de genre italien : Ruggero Deodato. Cet ancien assistant de Rossellini défraya la chronique avec son Cannibal Holocaust qui impressionna beaucoup Sergio Leone et valut à son réalisateur d’être arrêté et jugé pour obscénité et suspicion de meurtre des acteurs dudit film ! Le roublard cinéaste venait d’inventer le found footage film, d’entrer dans la légende du cinéma et de tendre aux spectateurs venus se repaitre d’un carnage cannibalesque un miroir pour les déranger et les questionner sur leur propre part de barbarie, de sauvagerie et sur leur voyeurisme si dérangeant. Le cinéma de « mauvais genre » est un moyen de sonder la société. Le génie de Deodato est d'être parvenu à saisir l'air du temps que furent les années de plomb en Italie. L'air de rien mais avec une grande force, son film de cannibales saisit le climat de peur et de tensions du tournant des années 1970-1980. Un certain cinéma de genre et certains très grands réalisateurs qui y oeuvrèrent ont pu cerner un contexte sociologique ou politique et en faire le tour sans donner l'impression de le faire. Le giallo est un genre de cinéma qui peut être décrit comme un tel révélateur sociologique, politique voire géopolitique.

Le giallo est un genre ou un filone typiquement italien assez malaisé à définir. Il doit son nom aux couvertures jaunes des romans policiers ou thrillers édités par la maison Mondadori dès les années 1920. Au cinéma, le genre est inventé et aussitôt abandonné par le génial Mario Bava entre 1963 et 1964. La fille qui en savait trop et Six femmes pour l’assassin jettent les bases du genre : suspense, soin particulier apporté au découpage, aux décors et à la photographie, extrême stylisation des meurtres, assassin ganté de noir et enveloppé dans un imperméable noir également, musique obsédante, victime féminine sexy et attirante, meurtres sauvages à l’arme blanche, psychologie de comptoir expliquant les agissements du tueur, etc. L’esthétique et le plaisir « scopique » l’emportent sur l’intrigue qui se doit d’être la plus torturée possible. Violence et érotisme s’acoquinent. La forme prime sur le fond, tout du moins en apparence.

Dario Argento s’empare des ingrédients du giallo pour transcender et réinventer le genre dans les années 1970-1971. Sa trilogie « animalière » composée de L'Oiseau au plumage de cristal, Le Chat à neuf queues et Quatre Mouches de velours gris engendre une effrayante ribambelle de rejetons plus ou moins inspirés ou réussis : La Tarentule au ventre noir de Paolo Cavara, La Queue du scorpion de Sergio Martino, Un papillon aux ailes ensanglantées de Duccio Tessari, L'Iguane à la langue de feu de Riccardo Freda, La Sangsue d'Alfredo Rizzo, Plus venimeux que le cobra de Bitto Albertini ou encore ce Il gatto dagli occhi di giada d'Antonio Bido.

Dans le paysage du cinéma italien des années 1960 et 1970, le giallo peut sembler n’être qu’un murder show récréatif et putassier. Sous des apparences tape-à-l’œil et fétichiste, certains métrages du filone n’en questionnent pas moins la société, la politique et même la géopolitique du moment. Dans certains gialli de Lucio Fulci par exemple, il n’est pas anodin que dans un cadre très roman-photo, le scénario s’emploie à mettre en exergue les vices et maux d’une certaine bourgeoisie. Des métrages comme Mais qu’avez-vous fait à Solange ou La Lame infernale sont prétextes à aborder les questions sensibles de l’avortement ou de la prostitution adolescente. De même qu’une certaine classe bourgeoise, la sacrosainte Eglise catholique passe également sous le hachoir du genre. Et un film comme Le Chat à neuf queues peut se lire comme un véritable réquisitoire de son auteur contre la société italienne toute entière, avec tous ses traumatismes post-1945 ou post-1968.

Antonio Bido ne connaît pas grand-chose au filone lorsqu’il se lance dans la réalisation de son film en 1977. Sa carrière est encore naissante. Le giallo est d’ailleurs déjà en train d’expirer de sa belle mort après une grosse décennie de surexploitation et le point final (?) apporté par Argento avec Profondo Rosso en 1975. Difficile pour un réalisateur pas trop confirmé ni expert de dynamiser le genre après le coup de maître d’Argento. Et c’est peut-être ce manque d’expérience et ce contexte de fin d’un genre qui confèrent au métrage une partie de sa singularité et de son originalité. Bido s’applique à donner une coloration animalière au titre de son œuvre, s’adjoint les services d’un groupe de musiciens qui marchent dans les pas du rock progressif des Goblin et brode son scénario autour de l’enquête de citoyens ordinaires sur une série de meurtres que rien ne semble lier entre eux.

De facture a priori traditionnelle, le film et l’intrigue empruntent cependant des chemins qui le rendent plus original et intéressant que nombre de métrages génériques de l’époque. Le cahier des charges giallesque semble respecté et l’intrigue est alambiquée à souhait mais… Bido n’aligne pas les jolies filles telles que Barbara Bouchet, Edwige Fenech, Marisa Mell ou Anita Strinberg devant sa caméra. Les victimes sont quasiment toutes masculines, âgées et pas trop sexy. Un vieux pharmacien, une femme plus toute jeune… Singulier choix qui s’explique par les motivations du tueur et la teneur de la machination mise en œuvre par ses soins. Le spectateur comprend rapidement qu’il n’est pas embarqué dans n'importe quel thriller. L’assassin s’emploie à tourmenter ses futures victimes non à l’aide d’une ritournelle enfantine ou des messages menaçants habituels mais des sons d’un train et de chiens qui aboient. Les enquêteurs improvisés remontent la piste des meurtres et mettent en lumière une sombre et honteuse histoire qui remonte à la Seconde Guerre Mondiale. Et au cœur de l’intrigue, il est question de dénonciation, de collaboration et de spoliation des biens juifs.

C’est en prenant cette coloration mémorielle que ce bon petit giallo apparaît pour ce qu’il est : un miroir tendu vers le spectateur pour l’interroger sur lui-même, son identité, son histoire, sa mémoire et pour questionner son geste ou statut de spectateur ou voyeur. Il n’est pas anodin de noter que l’âge d’or du giallo coïncide avec le début des années 1970 en Italie. Certes, le filone s’engouffre dans la brèche d’une « nouvelle vague » du cinéma d’horreur et d’épouvante impulsée par Alfred Hitchcock et son Psychose et sublimée par les œuvres de George A. Romero, Wes Craven et Tobe Hooper au tournant des années 1960-1970. Même si par son esthétique le giallo ne se coupe pas des racines du cinéma gothique, dans les intrigues des thrillers italiens, le tueur n’est pas un monstre mythologique, un vampire ou un loup-garou. Dans les gialli, le tueur peut être un voisin, une voisine, une cousine, un frère, une sœur…

Chez Dario Argento ou Lucio Fulci, le thème du double, du miroir ou celui du regard sont assez essentiels. Le réalisme sociale ou psychologique n’est pas une priorité des réalisateurs qui pourtant bousculent le spectateur. Les anni di piombo perturbent et ébranlent les fondements très « démocratie chrétienne » de l’Italie d’après-guerre. La violence stylisée des gialli entre en résonnance avec celle bien réelle du quotidien des Italiens. Il n’est pas innocent de souligner que souvent dans les films, la police et les « autorités » sont montrées comme incompétentes. Il n’est pas incongru de constater qu’en cette fin de décennie 70, Bido remue le couteau dans la plaie d’une sortie de guerre très compliquée dans la péninsule italienne. Renversement des alliances de 1943, guerre civile, répression sanglante, République Sociale Italienne… De noirs souvenirs…

Comme dans de nombreux pays du « Monde Libre » d’alors, les années 1970 sont marquées en Italie par des avancées historiographiques majeures dans l’étude de la Seconde Guerre Mondiale ainsi que par une circulation des thématiques dans la culture populaire. Il gatto dagli occhi di giada échappe fort heureusement aux dérives crapoteuses de la nazisploitation et entre, sans doute très fortuitement, en résonnance avec l’une des premières évocations sérieuses bien que très maladroite de la Shoah dans les comics, à savoir le numéro 237 du comic-book Batman de décembre 1971. La référence aux crimes de guerre, les idées de justice ou vengeance… De nombreux éléments sont voisins. Dans le cas du film de Bido cependant, s’ajoute cette dimension de miroir qui questionne les spectateurs italiens. Quel rapport entretiennent-ils avec le fascisme dont la page n’a jamais vraiment été tournée ? Quel est leur sentiment quant au devenir des Juifs sous le régime mussolinien ?  

Cette irruption d’une mémoire complexe et douloureuse à évoquer en 1977 rend le métrage d’Antonio Bido particulièrement intéressant. Les révélations finales font davantage appel à la sensibilité ou aux émotions du spectateur qu’à son envie d’être choqué ou « baladé ». L’œuvre de Bido est une belle réussite dans la catégorie giallesque. Même si la carrière du réalisateur n’a jamais vraiment décollé, il poursuit dans le filone et réalise l’année suivante un Solamente Nero de très bonne tenue. Au programme de ce thriller se déroulant sur l’île de Murano : une machination où se croisent une fausse médium, une infirmière faiseuse d'anges, un vieil aristocrate aux penchants pédophiles et un film qui délivre une charge en bonne et due forme contre les autorités catholiques.

Le film est disponible dans un beau médiabook produit par le petit éditeur Uncut Movies, spécialiste des films déviants, dérangeants voire « vomitifs ». En supplément du film, David Didelot, passionné de cinéma, fondateur et rédacteur en chef du fanzine Vidéotopsie et professeur de lettres à ses heures, s’emploie à borner le genre giallo dans un copieux bonus vidéo. Un livret richement illustré s’attarde sur l’histoire du cinéma de genre italien des années 1960 aux années 2000. Le lecteur désireux d’en apprendre plus sur le filone giallesque se penchera sur l’étude signée par Frédéric Pizzoferrato, Une étude en jaune : giallo et thrillers européens parue chez Artus films en 2021.

vendredi 11 juin 2021

Fernando Di Leo (réalisation et scénario), Avoir vingt ans, Artus Film, Alignan du vent, 2021

 

Fernando Di Leo (réalisation et scénario), Avoir vingt ans, Artus Film, Alignan du vent, 2021.

« Noi siamo giovani, belle e incazzate. » Tina

L’Histoire peut apporter un éclairage ou un angle de lecture tout à fait nouveau sur certaines œuvres boudées, conspuées et vomies comme ce métrage de Fernando Di Leo, sorti en 1978 en Italie et jamais distribué, jusqu’à aujourd’hui en France, sous quelque forme que ce soit.

Au moment de sa sortie, le film a été très très mal accueilli par le public et par la critique. La carrière de Di Leo a marqué le pas et il n’a plus signé aucun film mémorable avant de disparaître dans le sillage de cette œuvre unique, dérangeante, choquante et néanmoins sincère et lucide.

Pour vendre Psychose, Hitchcock avait orchestré tout une campagne de marketing autour de la fin du film à ne surtout pas dévoiler. La fin de Avere vent’anni est absolument atroce et difficile à ne pas dévoiler. Elle vient secouer le spectateur comme aucun autre dénouement et donne un sens très singulier à cette chronique qui paraît juxtaposer des scènes légères à la lisière de la sexy comédie estivale transalpine à un final odieux et sans espoir. La construction du film est autrement plus mûrie qu'une simple juxtaposition de segments déséquilibrés et en rupture de ton.

On a, à tort, voulu ranger ce film aux côtés des imitations du film-choc de Wes Craven, La Dernière Maison sur la Gauche. Si familiarité il y a, c’est davantage avec San Babila : un crime inutile de Carlo Lizzani (dont il est question quelque part sur ce blog) ou Comme des chiens enragés de Mario Imperolli (dont il pourrait être question quelque part sur ce blog). En premier lieu parce que Di Leo s’attache à dépeindre avec un grand soin les années 1970 en Italie, les fameuses « années de plomb ». Ensuite parce qu’un même fait divers atroce sert de catalyseur à ces œuvres sombres, noirs et pessimistes sur le « mai 68 rampant » italien.

Dans la nuit du 29 au 30 septembre 1975, à San Felice Circeo dans le Latium, Donatella Colasanti et Rosaria Lopez sont séquestrées, frappées et torturées pendant trente-six heures par trois militants néofascistes issus de la bourgeoise romaine. Rosaria meurt sous les coups des bourreaux et Donatella survit en feignant la mort. Elle est retrouvée dans le coffre d’une voiture le lendemain.

L’horreur de ce massacre relayée par la presse et des intellectuels comme Italo Calvino et Pier Paolo Pasolini n’est qu’une partie du puzzle de ce que sont les années 1970 italiennes mais synthétise tous les problèmes d’une société particulièrement violente hantée par les spectres du fascisme et d’un moment 68 putrescent et violent comme nulle part ailleurs.

Il est évident que Di Leo s’inspire de ce macabre incident pour construire et réaliser Avere vent’anni. Son film narre la balade désenchantée de deux jeunes filles, issues des milieux populaires, Tina (Lilli Carati) et Lia (Gloria Guida). Libres, émancipées, court vêtues, les deux jeunes femmes arrivent à Rome et intègre une comune hippy gérée par le Nazariota, personnage haut en couleurs campé par Vittorio Caprioli. Devant s’acquitter d’un loyer et participer aux finances de la communauté, Lia et Tina doivent notamment s’improviser vendeuse d’encyclopédies au porte-à-porte ! Elles croisent de bien curieux personnages : des toxicomanes, des jeunes désœuvrés semi-clochardisés, des bourgeoises et bourgeois toujours prompts à les juger mais tout aussi prompts à vouloir profiter de leurs charmes, etc.

Di Leo tend à l’Italie un miroir déformant et livre une critique très pertinente et acide des travers de la société italienne des années 1970. Rien n’échappe à l’œil impitoyable de sa caméra : des hippies rattrapés par la loi du marché, des bourgeois hypocrites et méprisants, des policiers qui tapent dur sur des rossi terroristes qui n’en sont pas, des pseudo-artistes contestataires adeptes d’un cinéma-vérité de pacotille et au final, malheureusement pour les deux héroïnes, des avventori aussi maffieux que fascistes qui les traquent, molestent et tuent d’une manière abominable et insupportable.

La conclusion est atroce, brutale et insoutenable. Pourtant, toute la chronique qui précède prépare cet inéluctable dénouement. Le film est surprenant dans sa réalisation passe-partout. Di Leo a mis en boite quelques polars très travaillés et stylisés comme Milan Calibre 9 ou Le Boss. Ses films sont adulés par des réalisateurs hollywoodiens, au premier rang desquels est le très bavard et à la limite du supportable Quentin Tarantino. Peu d’effets, pas d’efforts particuliers de mise en scène mais une frontalité et une simplicité qui orientent toute la sympathie du spectateur vers ces deux protagonistes finalement bien innocentes en regard du reste du « bestiaire » présenté. Elles sont peut-être court vêtues, bien provocantes et facilement taxées d’être des prostituées par quelques esprits bien-pensants qu’elles croisent mais… Leur désinvolture, leur jeunesse et leur indépendance sont écrasées et étouffées par l’incompréhension et les préjugés de la plupart des personnages du film.

Le film est dur, en raison de son final mais aussi en raison de cet amer constat quant à l’impossibilité pour ces deux jeunes filles d’être libérées, autonomes et heureuses dans l’Italie de la fin des années 1970. Elles, qui sont venues à Rome pour s’amuser, ne prennent aucun plaisir dans la comune comme en-dehors. Avec une grande amertume, Di Leo assène au spectateur la dure réalité de ces « années de plomb » qui oblitèrent les espoirs et souhaits d’une jeunesse broyée par l’hypocrisie des classes dominantes et d’une police féroce.

C’est la police qui, après une descente dans la comune, jette, involontairement, les deux jeunes filles en pâture à une bande de malfrats odieux qui d’emblée ne les considèrent comme rien d’autres que des putains. Non Di Leo n’est pas misogyne comme certains ont pu l’affirmer, bien au contraire ! Tina et Lia, il les aime, leur accorde un unique moment de tendresse et de plaisir sincère auprès d’un petit fonctionnaire à la retraite, veuf et au moins aussi dégoûté qu’elles par la société et l’hypocrisie des autres. Le réalisateur prend également le temps de sonder le passé des deux jeunes filles. Avec beaucoup de tact, plus que les adeptes du cinéma-vérité qu'il met à l'écran au moment où les deux jeunes-filles révèlent leur histoire sans détour...

Dans La Dernière Maison sur la Gauche, Wes Craven livrait sa relecture trash et très « Vietnam-trauma » de la fable de Bergman, Jungfrukällan. Il donnait aussi au genre rape and revenge, l’un de ses opus les plus féroces. Di Leo arrête son film sur le viol et la mort de ses deux héroïnes et livre une oeuvre sombre, unique, lucide et sans espoir aucun. Point de revenge possible pour Tina et Lia. Leur histoire s’arrête brutalement... Comme si la réalité de l’Italie des années 1970 rattrapait les deux petites starlettes... Une réalité qu’annonce la citation de Paul Nizan mise à l’exergue du film : « Avevo vent'anni... Non permetterò a nessuno di dire che questa è la più bella età della vita. »

Di Leo, analysant l’échec de son film, affirma que le public ne lui a jamais pardonné d’avoir réservé à deux actrices aussi jolies que populaires une fin atroce et inattendue. C’est surtout que son film projetait à la face du public italien l’horreur du temps et l’hypocrisie maladive d’un pays travaillé par la Démocratie Chrétienne, le néo-fascisme ou les Brigades Rouges. Cette oeuvre unique et nihiliste est éditée dans une copie restaurée qui, si elle ne respecte pas le montage d’origine du film, l’enrichit de nombreuses images inédites.

S’il est âpre et malaisant de regarder le final abominable du film, ce témoignage ou cette analyse du flétrissement des idéaux de 1968, que Pierre Bourdieu ne renierait pas, vaut la peine d’être découvert ! Parce que sous ses dehors de video-nasty et  de pellicule-poubelle, Avere vent’anni donne à voir, de la plus crue des manières, ce sombre moment de l’Histoire italienne au cours duquel se téléscopent enlèvement d’Aldo Moro, attentats à la bombe, embuscades, meurtres, etc.  Une analyse sociologique et historique précieuse pour comprendre les temps troublés que furent les années 1977 et 1978 en Italie.