Affichage des articles dont le libellé est Israel-Palestine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Israel-Palestine. Afficher tous les articles

samedi 28 avril 2018

Jean-David Morvan, Séverine Tréfouël, David Evrard, Walter, Irena tome 3. Varso-Vie, Glénat, Grenoble, 2018.




Jean-David Morvan, Séverine Tréfouël, David EvrardWalterIrena tome 3. Varso-Vie,
Glénat,
Grenoble, 2018.

C'est avec une triple satisfaction que nous avons lu ce troisième volet de la série Irena. La première est de retrouver un magnifique troisième tome d'une série qui ne baisse jamais en intensité; la seconde est de retrouver notre Irena bien vivante, alors qu'elle avait été laissée pour morte dans le second volume; enfin, alors que l'on s'attendait à un dénouement définitif à la fin du livre, les auteurs nous annoncent un quatrième album prévu pour septembre prochain. Tout est bon pour nous, lecteurs du 21ème siècle... pourtant Varso-Vie s'ouvre de façon bien tragique...

Nous sommes dans la capitale polonaise, ou de ce qu'il en reste à la suite de la défaite et de la fuite des nazis. Les Soviétiques contrôlent désormais le pays. Pour les quelques juifs rescapés, l'enfer n'est pas terminé: après les nazis, ce sont les communistes qu'il faut fuir. Un mystérieux commando frappe à la porte de l'appartement d'une famille catholique polonaise dans le but de récupérer une petite fille. Celle-ci n'a que quelques minutes pour découvrir brutalement que ceux qu'elle pensait être ses parents sont des justes qui l'ont accueillis et lui ont sauvé la vie après qu'elle ait été exfiltrée du ghetto par Irena, dont elle découvre par la même occasion l'existence. Cette découverte à peine digérée, elle doit faire ses bagages pour quitter définitivement sa famille de sauveurs qu'elle ne reverra plus jamais. 

Cette jeune fille c'est Astar Berkenbaum, et c'est elle qui devient la narratrice de la première partie de la BD quand elle raconte son histoire à sa propre enfant, quelques années plus tard, dans l'allée des justes du Mémorial de Yad Vashem. Sa fuite en zone américaine, les camps de transit, les tentatives de fuite en bateau et puis ce jour de 1948 où enfin, elle et les siens purent rejoindre les terres d'un nouveau pays où tous se sentiraient en sécurité: Israël.

La seconde partie de l'ouvrage est consacrée à la manière dont à pu survivre Irena que l'on pensait morte. On ne spoilera pas ici le périple incroyable de la Juste parmi les nations; mentionnons simplement les événements historiques qui constituent la toile de fond de son sauvetage: l'insurrection du ghetto de Varsovie et sa destruction totale par les nazis, et l'Aktion Reinhard visant à accélérer l'assassinat en masse des juifs d'Europe de l'est.

Par un jeu de flashback constant et parfaitement maîtrisé et une technique graphique et narrative sublime, le tout associé à de solides recherches historiques, les quatre auteurs réussissent une nouvelle fois à plonger leur lecteurs dans l'horreur du nazisme et cette fois en plus dans l'impossibilité de reconstruction d'un peuple dans une Europe de l'est qui passe d'un totalitarisme à un autre et où l'on veut dès l'après-guerre nier l'histoire de sa destruction.


samedi 10 mars 2018

Olivier Guez, La disparition de Josef Mengele, Grasset, Paris, 2017.




Olivier Guez, La disparition de Josef Mengele,
Grasset,
Paris, 2017.

La disparition de Josef Mengele a été certainement l'un des plus grands échecs de l'action des traqueurs de nazis après la Seconde Guerre mondiale. Le médecin qui a participé activement aux sélections sur la rampe de Birkenau et aux expérimentations scientifiques, notamment sur les jumeaux et sur les techniques de stérilisation, n'a jamais été attrapé de son vivant. C'est cette disparition, cette fuite en Amérique du sud, qu'a tenté de rendre vivante et concrète Olivier Guez dans ce roman qui se dévore d'une seule traite.

Pourtant Mengele avait bien été attrapé par les Américains à l'issue du conflit mondial, mais sa véritable identité dissimulée sous un faux nom, il avait pu échapper à la vigilance des autorités judiciaires et avait réussi à s'enfuir dans l'Argentine de Perón, destination privilégiée de tout nazi soucieux de poursuivre sa carrière aux cotés du dirigeant autoritaire sud-américain. Perón souhaitait effectivement affirmer son pouvoir en utilisant les compétences et les richesses des nazis, fascistes et tous autres collabos en fuite. C'est dans ce contexte que l'Ange de la mort coule des jours heureux avec sa famille, sans vraiment se cacher, adhérant au Cercle Dürer, réunion des adeptes du nazisme qui n'ont pas abandonné l'idée d'un Reich millénaire qui dominerait l'Europe. Sillonnant la campagne argentine et celle d'autre pays d'Amérique du sud, Mengele se fait le représentant de l'entreprise familiale, vendant ici ou là les machines agricoles de son père.

C'est avec la capture d'Eichmann par le Mossad, que les choses vont prendre une tournure bien différente. Le procès et la condamnation à mort de l'architecte de la "Solution finale" ouvrent l'ère de la traque des criminels nazis. Dès lors Mengele commence sa troisième vie: celle d'un homme traqué, devenu paranoïaque, réfugié dans divers endroits de l'Argentine, puis du Paraguay et du Brésil, tapis dans un mirador, des fermes ou dans les maison insalubres des quartiers les plus sordides des villes dans lesquelles il se réfugie. Soutenu par les finances familiales qui lui parviennent par différents biais, et s'appuyant sur l'aide d'indéfectibles au régime nazi, Mengele échappe souvent de justesse à la capture.

Devenu peu à peu le fantasme des grands chasseurs de nazis, on le repère à peu près partout, pour ne le trouver finalement nulle part. Sa traque évolue en fonction du contexte géopolitique de la guerre froide et du conflit israélo-palestinien. Après un sublime passage narrant la dernière rencontre avec son fils, devenu adulte et écœuré par la découverte de l'histoire d'un père qui, même des années plus tard, justifie sa participation au projet nazi, l'homme mourra comme il le mérite: dans l'indifférence générale, déchu de tous ses titres universitaires.

Superbe roman qui initiera les moins au fait et les mènera à coup sûr à s'intéresser au sujet et qui redonnera aux autres l'envie de redécouvrir l'un de ceux qui a précipité Hippocrate aux enfers. 

vendredi 21 octobre 2016

Alfonso Zapico, Café Budaspest, Steinkis, Paris, 2016




Alfonso Zapico, Café Budaspest,
Steinkis,
Paris, 2016


La Palestine, Jérusalem, lieux de tous les espoirs pour ces juifs d'Europe de l'est, rescapés de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah, qui ont tout perdu: famille, proches, biens, logement... La "Terre promise" représente l'espoir d'une vie nouvelle, meilleure...Yechezkel et sa mère sont de ceux-là, de ces victimes qui ont survécu aux camps de la mort et qui tentent de survivre dans une Budapest détruite et occupée maintenant par l'armée rouge et les communistes. Par rapport à l'époque nazie, il n'y a que le drapeau qui leur semble avoir changé sur les bâtiments administratifs.

Mais pour Yechezkel, les choses vont s'avérer différentes. Différentes parce que Yechezkel a un don: il est un violoniste virtuose. Différentes aussi parce qu'il est le neveu de Yosef, l'oncle barman de Jérusalem. Et quand celui-ci invite son neveu et sa mère à venir le rejoindre à Jérusalem, c'est avec un enthousiasme débordant que le jeune violoniste accepte.

C'est au Café Budapest, lieu où se côtoient juifs, Palestiniens, Anglais, riches, moins riches et tous autres originaux du coin, que sont accueillis Yechezkel et sa mère. On s'y retrouve pour boire un café, discuter, débattre, jouer et surtout rire. Les dessins denses, en noir et blanc, fourmillent de détails et rendent compte de l'ambiance chaleureuse du lieu. Tout ce beau monde y vit en bonne intelligence, le café est le centre névralgique d'un quartier où se mêlent toutes les communautés, on s'entraide, on commerce, on négocie. Yechezkel s'y épanouit au fil des pages, y rencontrant, entre deux prestations de violon, l'amour en la personne de Yaiza, jeune livreuse arabe de fruits et légumes. Seule la maman, cloîtrée dès son arrivée dans sa chambre, ne profite pas de ce renouveau. Se laissant totalement mourir, on apprendra au moment de son dernier souffle de vie, dans les quatre planches certainement les plus terribles de l'album, pourquoi elle n'a pas réussi à s'accrocher à cette nouvelle existence.

Sauf que Yechezkel est loin de s'imaginer qu'en même temps, à des milliers de kilomètres de là, à New-York, au siège des Nations-unies, se prend une décision qui va durablement bouleverser le monde: le plan de partage de la Palestine. Dès lors, plus rien ne sera comme avant. Dans le Café Budapest, dans le quartier, à Jérusalem et dans toute la région, les anciennes amitiés se brisent, les relations se dénouent, les notes du violon juif d'Yechezkel ne sonnent plus comme avant aux oreilles musulmanes. Le café, la ville toute entière sombrent dans la décadence, dans la violence. Place est faite aux extrémistes de tous bords, aux actes terroristes de tous bords. On frappe, on tue des innocents, on s'acharne sur des civils.

Et lorsqu’Alfonso Zapico termine son ouvrage, c'est pour consacrer ses dernières planches au retrait des troupes anglaises de Palestine le 9 mars 1948, et pour représenter les premiers combats de la première guerre israélo-arabe sur les suivantes, prémices du conflit qui dure depuis maintenant 70 ans.

Parmi les 150 planches que compte cet ouvrage, les planches plus historiques sont réellement magnifiques et d'une grande clarté. L'ouvrage est une vraie leçon de tolérance à lui tout seul, mais il renseigne aussi sur l'absurdité d'une guerre qui du jour au lendemain fait d'anciens amis, les pires ennemis prêts à s'entre-tuer.