Des statues qui représentent des corps nus, on en trouve
depuis longtemps. Aujourd’hui dans les musées, elles étaient à l’origine
disposées dans l’espace public, sur une agora ou dans la demeure d’un riche
notable. Mais bien avant ces œuvres antiques, déjà à la préhistoire, les
premiers hommes sculptaient des personnages dans des ossements d’animaux qu’ils
chassaient. Dans cette bande dessinée documentaire monumentale, Ulli Lust,
autrice germanophone, revient sur l’histoire des premières sociétés humaines et
tente de rétablir les organisations sociétales primitives en se débarrassant
des biais actuels.
Ces premières sculptures de Vénus préhistoriques aux formes
plantureuses ont été découvertes par dizaines depuis des décennies. Elles
représentent des femmes aux formes généreuses, sans pudeur, dévoilant leur
intimité. Elles sont le reflet des croyances de l’époque et certainement de la
place qu’occupaient les femmes dans les groupes humains préhistoriques. Malgré
cela, l’imagerie patriarcale occidentale a fortement trompé nos représentations
véhiculées par des livres montrant une répartition finalement très
contemporaines et sûrement très fausse des tâches au sein des premières
communautés humaines : les hommes sont des chasseurs dotés de la force
physique nécessaire pour s’adonner aux tâches les plus difficiles ; les
femmes quant à elles sont vouées à procréer, tanner les peaux de bêtes pour
confectionner les abris et les vêtements et s’occuper des enfants.
A l’aide des vestiges, fragments de statuettes, peintures
rupestres et sépultures, elle démontre que les femmes avaient une place bien
plus importante et fondamentale dans des société bien plus égalitaires
également que celle construite en Occident depuis la fin de l’antiquité.
Pour appuyer ses recherches, l’artiste consacre également
des passages entiers de son ouvrage à des sociétés contemporaines qui sont les
dernières à vivre selon les coutumes et les traditions les plus proches de nos
plus lointain ancêtres. Considérées à tort comme des peuples non civilisés, on
essaye de les faire disparaitre aujourd’hui. Or ces femmes et ces hommes qui
composent les population bushman africaines sont les derniers témoins et
portent en eux les dernières traces de la manière dont ont pu être organisées
les premières sociétés humaines. Force est de constater qu’une totale égalité y
règne entre les individus des deux sexes ?
Au niveau graphique, la dessinatrice a opté pour un style
simple et sans fioriture. Les traits sont fins et précis et la colorisation
sobre et symbolique, à l’image de l’ocre chargé de tant de signification. Les
planches s’apparentent d’ailleurs parfois à des vitrines d’un musée, ou à des
carnets de croquis d’explorateurs, tant elles fourmillent de croquis et de
petites représentations de vestiges qui viennent illustrer et donner corps au
propos. C’est une belle réussite une fois de plus et qui vient à point nommé,
dans une période envahie de propos misogynes, complotistes et masculinistes.




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