Patrick Zircher (scénario et dessin), Solomon Kane : l’anneau-serpent, Panini Comics France, Nice, 2026.
Par Crom, Mitra, Erlik et les dieux hyboriens ! Voilà qu’arrive Solomon Kane, surgi de l’esprit féroce de Robert E. Howard, le père littéraire de Conan le Cimmérien ou son hagiographe si l’on s’en tient à sa version de la genèse du personnage ! Solomon Kane est un aventurier puritain parcourant le monde à la fin du seizième siècle et au début du dix-septième siècle. C’est un grand personnage, sec, à l’air sévère entièrement vêtu de noir. Féroce bretteur et fanatique religieux, ses aventures relèvent davantage des cloack & daggers que des sword & sandals. Ce héros de pulps évolue dans le genre cape et épée. Le prolifique auteur texan lui fait vivre une série d’aventures publiées pour la plupart dans la revue Weird Tales entre 1928 et 1932. Le personnage est assez monolithique et en perpétuelle lutte contre le Mal de la France à l’Afrique en passant par l’Angleterre, le Saint-Empire…
“He was a man born out of his time — a strange blending of Puritan and Cavalier, with a touch of the ancient philosopher, and more than a touch of the pagan, though the last assertion would have shocked him unspeakably. An atavist of the days of blind chivalry he was, a knight errant in the somber clothes of the fanatic. A hunger in his soul drove him on and on, an urge to right all wrongs, protect all weaker things, avenge all crimes against right and justice.”
En 2009, ses aventures sont adaptées au cinéma dans un film qui n’a rien de honteux mais ne trouve pas réellement son public. Le rôle-titre est confié à James Purefoy, qui est plutôt crédible, entouré notamment de Max von Sydow, Pete Postlethwaite et Jason Flemyng. Pensé comme une origin story, le film de M.J. Bassett entend raconter comment le personnage est devenu l’aventurier que les lecteurs des pulps connaissent. Pourquoi pas ? Le récit est assez générique dans son approche mais surtout, le budget assez modeste ne permet pas de créer un cadre historique convaincant. Robert E. Howard était féru d’Histoire. Là, la trame se hasarde quelque part en Afrique du Nord puis quelque part en Angleterre vers 1600… Le film manque de panache et de flamboyant. C’est fort dommage…
La bande-dessinée est sans doute un médium plus indiqué pour adapter les aventures de Solomon Kane ! Pas de limites budgétaires, il ne tient qu’au talent du dessinateur de rendre crédible le cadre dans lequel évolue le héros ! Patrick Zircher est un très habile dessinateur repéré par les ayant droits des droits des créations de Robert E. Howard. Ceux-ci sont positivement impressionnés par son travail sur Savage Avengers, titre dans lequel Conan le Cimmérien apparaît aux côtés des héros Marvel. A leur demande, il écrit et dessine une aventure de Solomon Kane en quatre chapitres.
Lié par une promesse faite à un mourant lors de l’attaque d’une caravelle portugaise au large des côtes des Barbaresques, Solomon Kane doit se rendre dans le Ghetto de Venise pour apporter un curieux objet à un vieil érudit et à sa fille fine lettrée. L’aventurier va rapidement se retrouver embarqué dans la quête d’un objet mythique convoité par des aventuriers sans scrupules et par les membres fanatiques d’une secte dévouée au culte d’un antique dieu-serpent…
Le trait classique, soigné et détaillé de Zircher permet au lecteur de voyager des eaux agitées de la Méditerranée à la ville de Venise dont le Ghetto est soigneusement dessiné. Kane traverse le tunnel du Furlo creusé sous Vespasien. Il se bagarre l’épée à la main dans un bouge situé dans un comptoir portugais sur la Côte de l’Or. Il s’offusque du commerce d’esclaves… Le comic-book regorge de références historiques savamment dosées. L’intrigue est simple et linéaire mais se suit sans déplaisir. Les personnages sont assez attendus mais conformes à ceux d’un récit old school : malandrins portugais ou italiens, beauté vénitienne à la tête bien remplie, vieux sage versé dans la nécromancie, indigène serviable et dégourdi, traître dissimulant sa réelle apparence… Un authentique récit de cape et d’épée saupoudré d’une dose de magie et de fantastique à déguster sans se prendre la tête et en se laissant embarquer dans l’aventure !





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