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mercredi 29 juillet 2026

Samuel Paty. Un procès Pour L'Avenir par Valérie Igounet, Gaëlle Paty et Guy Le Besnerais, Flammarion, 2025



Valérie Igounet est une historienne et chercheuse. Elle contribue aux travaux de recherches et de veille sur le complotisme au sein de Conspiracy Watch, l’Observatoire du complotisme avec Rudy Reichstadt. Quand Samuel Paty est sauvagement assassiné par un terroriste d’origine tchétchène, elle est, comme tout enseignant, sidérée par l’évènement. Mais ce qui va la choquer, voire la mettre en colère, c’est le constat qu’elle fait sur les réseaux sociaux où se diffuse, quasi immédiatement après l’assassinat, les mensonges complotistes au sujet de ce drame.  Immédiatement, elle part à la recherche des proches de Samuel Paty et enquête sur cet attentat afin d’en reconstituer les faits et les mécanismes de haine qui ont poussé tout un ensemble de personnes à commettre l’irréparable. De ce premier travail est né un roman graphique génial intitulé Crayon noir, paru chez Studiofact en 2023. Guy Le Besnerais tenait le crayon pour son tout premier travail de grande ampleur en bande dessinée.

Près d’un an plus tard s’ouvrait le procès de celles et de ceux qui ont permis, par leurs actes, paroles ou relais logistiques, ce monstrueux acte criminel. Anzorov, abattu par les forces de l’ordre quelques minutes après avoir commis son crime, n’est pas dans le box des accusés. Mais ses proches, ses copains, ses fournisseurs et toutes celles et ceux qui ont relayé son discours et ont fait l’apologie de son crime doivent rendre des comptes devant la justice et aussi devant la famille de Samuel Paty, ses sœurs, ses parents, son ex-compagne et son fils.

En s’associant une nouvelle fois avec Guy Le Besnerais qui se mue pour l’occasion en dessinateur d’audience et avec Gaëlle Paty, une des sœurs de Samuel, Valérie Igounet rédige cet ouvrage à six mains. L’historienne relate la teneur des débats, contextualise de la manière la plus objective possible la parole des témoins qui passent à la barre ou des prévenus qui tentent tant bien que mal de se défendre, assistés d’avocats bien peu efficaces et peu vertueux pour certains. Gaëlle Paty, quant à elle, commente ce qu’elle entend. Entre tentative de comprendre et colère, elle reste digne et n’use jamais de violence à l’encontre des bourreaux de son frère. Quant au dessinateur, il croque les différents acteurs du procès, traduisant les gestes et les attitudes de chacun. Il dessine également les images de vidéo-surveillance projetées pendant l’audience.



Comme dans tout procès aux assises, parole est d’abord donnée aux parties civiles et aux professionnels qui déposent devant le tribunal. Ainsi, on peut lire des extraits des dépositions de la mère et de la sœur de Samuel Paty, mais aussi des policiers présents et particulièrement traumatisés par ce qu’ils ont vu et vécu. C’est aussi au tour de certains collègues du professeur qui ont travaillé aux cotés de Samuel Paty, de parler. Ils témoignent du professionnalisme de ce dernier, du climat très tendu à la suite des menaces reçus par leur collègue. La cheffe d’établissement particulièrement courageuse explique comment elle a tout fait pour tenter d’apaiser la situation jusqu’à ce qu’elle apprenne l’assassinat et qu’elle s’effondre dans son bureau, terrassée par une certaine forme d’incrédulité et par l’horreur et la violence de l’acte meurtrier. D’autres collègues qui ont moins soutenu, voire critiqué les démarches pédagogiques de Samuel Paty s’expliquent également et font part de leurs regrets. Certains ont demandé à être mutés, d’autres n’exercent plus au sein de l’éducation nationale.

C’est ensuite au tour des prévenus et des témoins de s’exprimer. Nous tairons ici leurs noms pour éviter de leur faire une énième publicité. Alors qu’ils se montraient plus que virulents pendant le lynchage du professeur, ils apparaissent ici petits, rabougris, pétris de remords, niant les faits, se dédouanant de leurs responsabilités et suppliant pour qu’on croie qu’ils ont été dépassés par les évènements, pleurant en présentant leurs excuses sans aucune gêne. Comment peuvent-ils ainsi implorer la pitié alors qu’on a livré à la folie terroriste un frère, un fils, un père ou un collègue se demande-t-on sur les bancs des parties civiles.

Vient enfin le temps des réquisitoires et des plaidoiries. Dure épreuve que celle-ci surtout quand on constate que les avocats généraux proposent des peines bien moindre à ce que méritaient les accusés. Quelle dure épreuve également d’entendre la litanie des avocats de la défense qui cherchent par tous les moyens à faire croire aux jurés que Samuel Paty a discriminé les musulmans. Mais nous sommes dans un état de droit et la justice à ses règles. Il faut encaisser et faire face.



Bien heureusement, la cour a rendu sa décision et les peines sont lourdes, bien plus lourdes que celles requises. Et c’est tant mieux. Tant mieux pour la famille de la victime, tant mieux pour nos droits et libertés. De tels crimes ne peuvent rester impunis ou punis de façon trop faible.

Par ce livre, les trois auteurs font preuve d’histoire et remettent la vérité au centre des débats pollués par les récupérations de tous bords et par la moisissure complotiste qui se répand inexorablement sur les réseaux. Ils font preuve aussi d’humanisme et d’espoir dans ce monde violent où il serait bien plus facile d’appeler à la haine et à la vengeance. Le procès en appel est passé. Des peines ont été allégées certes, mais quoi qu’il en soit, retenons que la justice, en première instance a fait et bien effectué son travail et que Samuel Paty est devenu un symbole de la lutte pour la liberté.

jeudi 16 juillet 2026

Punk Rock Jesus par Sean Murphy, Urban Comics, 2023

 

« Allez tous vous faire foutre ! Jésus vous hait ! » les deux doigts du milieu dressés et les bras en croix, le jeune Chris, à peine devenu adolescent, arbore une crète et s’adresse ainsi à son public. Un destin bien différent était pourtant réservé à ce jeune rebelle puisqu’il était censé être le premier clone humain conçu sur terre, et pas n’importe lequel puisqu’il s’agissait de celui de… Jésus-Christ.

Nous sommes en 2019. Pour célébrer la fin d’année, et noël qui approche, Ophis, une société de production, veut frapper fort. Associée à Sarah Epstein, une généticienne de renom, le producteur Slate veut lancer une émission de télé-réalité complètement folle. Il s’agit d’inséminer une jeune femme, Gwen Fairling, avec l’embryon du clone de Jésus-Christ, réalisé à partir de traces génétiques retrouvées sur la Saint-Suaire de Turin. L’idée est de suivre la grossesse de la jeune vierge, son accouchement et l’enfance puis l’adolescence de Chris, le deuxième Jésus.

Mais bien sûr, les choses tournent mal. Tout d’abord, le projet doit faire face à l’opposition ultra-violente de chrétiens fondamentalistes qui voient en ce projet un véritable sacrilège.  La Nouvelle Amérique Chrétienne tente de saboter ce dispositif, puis réalisent des coups d’éclat violents dans le but de mettre un terme à J2, nom donné à cette émission.

Gwen sombre également dans une profonde dépression. Elle ne supporte ni l’isolement, ni le fait d’être perpétuellement sous les feux des caméras. Elle a besoin de retrouver sa liberté et sa famille, quitte à s’échapper de l’île sur laquelle elle est retenue quasi prisonnière par les membres de l’équipe de télé et par les scientifiques qui sont à l’origine de la naissance de son fils.

On découvre assez vite également que ce fameux « nouveau Christ » n’est pas venu au monde tout seul. Il a une sœur jumelle qu’on doit faire disparaitre par tous les moyens sous peine de décrédibiliser l’histoire qu’on a bien voulu monter pour lui. Avec le temps, ce dernier rejette également sa condition de messie. Il ne croit pas en cette vie qu’on veut lui imposer et ne supporte plus d’être téléguidé au bon gré de ses concepteurs.

A travers cette histoire tout aussi loufoque que particulièrement bien écrite, ce sont pas mal d’éléments de notre société qui sont mis en avant et critiqués par l’excellent dessinateur/scénariste Sean Murphy. A travers Thomas McKael, musculeux anti-héros à l’histoire tragique, devenu chef de la sécurité et garde du corps de Chris, c’est au terrorisme aveugle des fanatiques religieux qui a secoué l’Irlande que l’artiste s’en prend.

Certainement visionnaire, ou parce qu’Américain, Sean Murphy a une longueur d’avance sur la connaissance des médias. C’est aussi à eux et aux émissions de télé-réalité complètement abrutissantes que s’attaque l'auteur. En montrant des journalistes capables de tout, et surtout du pire, il dénonce cette presse avide du sensationnel, capable de provoquer des catastrophes humaines dans l'unique but d’avoir l’information qui fera le buz.


Ce sont enfin des dérives de la science et de la crédulité du grand public dont il est question ici. Que l’on soit favorable ou farouchement opposé au projet J2, nul ne se pose la question de l'authenticité du suaire de Turin et de la possibilité de cloner un être humain à partir de quelques fragments génétiques présents sur un morceau de tissu vieux de plusieurs dizaines de siècles.

Ce récit, paru en 2012 en six chapitres et réédité dans un seul volume dans la collection bon marché Nomad de Urban Comics, n’a qu’un seul défaut : être parfois difficilement lisible pour ceux qui ont la vue qui décline, tant les caractères sont inscrits parfois de façon trop petite. A part ce micro-détail, l’histoire est haletante et les épisodes s’enchainent à un rythme effréné. Au niveau graphique, le dessin (entre le comics et la BD underground) et le découpage sont exceptionnels et l’ensemble s’inscrit dans un univers sombre et violent. Véritable chef-d’œuvre !

mardi 7 juillet 2026

La Terreur Masculiniste par Stéphanie Lamy, Editions du Détour, 2024.

 


Le masculinisme est aujourd’hui la dérive radicale qui inquiète le plus les autorités au point qu’un rapport d’information a été rédigé par trois sénatrices. Leurs conclusions ont été rendues fin juin 2026. L’ouvrage proposé par Stéphanie Lamy montre comment est apparu ce phénomène qui irrigue aujourd’hui toutes formes de radicalités et abreuve de haine les extrémismes de tout bord. À la fois instructif et inquiétant, il met en lumière les origines et les idées de ceux qui se sentent attaqués dans leur identité d’homme, au point de réagir violemment contre les femmes et toutes les personnes qui soutiennent leur mouvement d’émancipation et de défense de leurs droits.

L’ouvrage débute par une mise à jour sémantique en précisant la différence de sens entre le sexisme, la misogynie et le masculinisme. Alors que le sexisme est un ensemble d’actes et de paroles visant à démontrer que les femmes sont inférieures aux hommes, la misogynie constitue une véritable haine contre le genre féminin, qui peut mener à des rejets et des violences. Le masculinisme franchit un degré supplémentaire. Il s’érige en un mouvement de défense qui vise à attaquer les femmes et ceux qui défendent leurs droits. C’est en quelque sorte une réaction identitaire au féminisme. Le masculiniste prône la violence pour « maintenir, voire renforcer la domination des hommes sur les femmes et les minorités de genre ».

La dangerosité des idées masculinistes n’est constatée que depuis peu, alors qu’elles existent depuis plusieurs décennies et sont à l’origine de faits de violences particulièrement graves, voire d’attentats terroristes meurtriers. La chercheuse explique cela par le fait que les services répressifs, policiers ou judiciaires qui sont chargés d’enquêter et d’instruire les affaires relevant du terrorisme sont essentiellement entre les mains d’hommes qui n’ont pas su, ou voulu, considérer l’idéologie masculiniste comme il se devait. En relisant des actes terroristes à travers le prisme de ses travaux, elle prouve qu’on n’a pas toujours su identifier les origines masculinistes de certaines tueries de masse.

Stéphanie Lamy constate aussi avec dépit que les vecteurs de diffusion des idées masculinistes sont complètement dérégulés et poursuivent leurs activités sans aucun frein ni aucune sanction. Ainsi la haine contre les femmes est diffusée sur les plateformes de jeux vidéo, par des influenceurs virils qui louent le culte du corps ou sur les réseaux sociaux. Comment peut-on continuer d’accepter cela alors que d’autres propos violents qui émanent d’autres radicalités sont interdits et condamnés ?

La dernière partie du livre est un panorama de la « masculinosphère ». On y découvre toutes les tendances et groupes nés des idées masculinistes. Certains groupes paraissent totalement excentriques (les chamaniques, les Hoteps), alors que d’autres sont plus connus (Incel, MGTOW). Classés en quatre grandes tendances, les primitifs, les tradis, les relationnistes les performatifs, tous ont en commun de promouvoir la haine et la violence verbale et physique à l’encontre des femmes. L’auteure présente pour chaque groupuscule les idées qui unissent ses membres, leurs moyens d’action (appels au viol, au meurtre), et les faits qui se sont produits depuis les années 1960. On ressort de la lecture de ce petit ouvrage avec la sensation d’urgence et la conviction qu’il faut agir vite tant à l’époque dans laquelle on vit, on sait que beaucoup de jeunes sont sensibles et sont en quête d’identité. Ils deviennent des proies faciles pour des « gourous » qui peuvent aisément les happer dans leur giron en mettant en avant leur qualité d’homme et le danger que les femmes représenteraient pour eux.  

mercredi 11 mars 2026

Arthur Dénouveaux, Vivre après le Bataclan, Les Edition du Cerf, Paris, 2025.

 


On se souvient encore de Fred Dewilde, rescapé du Bataclan et dessinateur de BD. On le revoit devant des classes, en train d’expliquer à des élèves comment il tentait de vivre depuis 2015 après être sorti du Bataclan. Il effectuait devant eux ce geste par lequel il se frottait constamment le torse et le ventre. On apprenait alors qu’il se sentait encore souillé, des années après avoir fait le mort. Durant de longues minutes allongé dans une flaque de sang qui provenait du corps d’une autre victime, il était resté étendu très (trop) longtemps avant de pouvoir sortir de l’enfer. Désespérément, il tentait depuis d’essuyer ce sang imaginaire. Son traumatisme a été plus fort. Fred n’est plus.

Le livre d’Arthur Dénouveaux, lui aussi rescapé de la tuerie, débute devant le cercueil de Fred. Certains ont eu le courage d’écrire sur les planches de bois : un dernier adieu, un ultime hommage sous forme de quelques mots, ou d’un dessin. Le suicide de Fred est une preuve : celle d’une illusion communément admise selon laquelle on peut se reconstruire après une telle expérience, après un tel drame. « Illusion du temps qui répare, des années qui adoucissent » l’horreur vécue ce soir du 13 novembre 2015, explique Arthur Dénouveaux. Car effectivement, on ne vit pas « avec » un traumatisme si violent, « on vit contre » et dans de trop nombreux cas, il est si fort qu’on ne le supporte plus.

Le témoignage que livre Arthur Dénouveaux est un véritable ensemble de « punch line », tant chaque phrase, chaque mot, chaque paragraphe et chaque chapitre interpelle et donne à réfléchir sur l’évènement, la société, l’Etat et sur soi-même. Il pose en filigrane la question qui est de savoir comment on en a pu en arriver là et comment on a géré l’évènement, individuellement et collectivement. L’auteur rencontre tout au long de son parcours personnel un ensemble d’acteurs qu’il interroge afin de tenter de se comprendre et de comprendre l’univers mental des assassins et celles des victimes d’évènements traumatiques. Plus que de chercher à se reconstruire, il semble à la quête de solutions à ses nombreuses questions pour mieux « Vivre après le Bataclan ». Il cherche aussi à combler ses interrogations sur les décisions qui ont été prises, immédiatement après l’attentat, et encore bien après. En ce sens, il met le doigt sur les failles de l’Etat, de la justice et, parfois aussi, fait voler en éclat les idées reçues et les pensées bien trop faciles.

Bien au-delà de la citation (devenue précepte pour certains) « Vous n’aurez pas ma haine », Arthur Dénouveaux mène une réflexion plus profonde et plus sensible. Il porte un regard distancié sur la mort. Il réagit avec hauteur sur le fait que l’on puisse dire que l’art et la création, vecteurs d’extériorisation du traumatisme, seraient des remèdes particulièrement efficaces pour sauver ceux qui ont vécu l’horreur. Mais « devenir un passeur vous éloigne de vos pairs » explique-t-il après la mort de Fred Dewilde.

Arthur Dénouveaux exprime son fort attachement à la démocratie et à la République. Il tacle ainsi les décisions prises lors du confinement, notamment quand on assénait sans cesse que les terrasses de café ne constituaient pas des lieux de vie indispensables. Pourtant ces lieux d’échanges, de liberté où l’on oublie les classes sociales et où l’on débat de tout et de rien à armes (intellectuelles) égales ne sont-ils finalement pas les vrais épicentres de nos démocraties ? Les djihadistes qui y firent un carnage juste avant de se rendre au Bataclan l’avaient bien compris.

Ces « cavaliers de l’Apocalypse », comme les avaient représentés Fred, pensaient avoir le monopole de la croyance et ont voulu l’imposer par la violence. Leurs gestes radicaux ont causé de très nombreuses victimes, mais ils ont aussi participé à la radicalisation progressive et insidieuse d’une société si avides de vengeance qu’elle ne se rend plus compte qu’elle est tombée dans leur piège. Les décisions d’exception, nécessaires à mettre en place au moment des faits, se sont prolongées bien trop longtemps sans que personne ne s’en offusque (état d’urgence) ; on exige de la justice qu’elle soit strictement punitive et violente et on juge les principes de l’état de droit comme étant de véritables obstacles à la l’efficacité de l’action publique.

Les actes cruels commis au nom de l’islam ont forcé les musulmans, tous les musulmans à se positionner. Celles et ceux qui n’avaient pas forcément d’avis sur les caricatures durent choisirent leur camp de façon claire et tranchée, au risque d’être considérés soit comme de mauvais croyants, soit d’entrer dans le jeu des assassins. La peur permet tout, la peur nourrit la peur, la société se radicalise. C’est la logique du terrorisme qui s’impose et qui nourrit la haine.

Selon Arthur Dénouveaux, la victime du terrorisme doit passer par trois deuils. Celui de ceux qui sont morts « à leur place » ; celui de la personne que vous étiez avant et le deuil de l’image que les autres avaient de vous-même. Un quatrième deuil attend au bout du chemin : celui de sa propre condition de victime. Le livre s’achève effectivement sur la dissolution de l’association créée dix ans auparavant, immédiatement après les attentats : Life for Paris. Elle avait pour missions, entre autres, de soutenir les victimes, de les accompagner dans les démarches judiciaires. A l’issue de tout ce parcours, les membres s’étaient jurés d’aménager un jardin du souvenir. Après les enquêtes, les procès, les compensations et autres reconnaissances, le jardin est prêt ; l’association, dissoute.

Justice est passée diront les uns. D’autres préfèreront, à raison, considérer que les coupables, morts pendant les différents assauts ou dans les missions kamikazes, n’auront jamais connu la justice des Hommes. De justice, il y en est justement question à la fin du livre. Arthur Dénouveaux rejette de façon assez virulente le concept de résilience, trop vite imposé aux victimes et surtout trop souvent dévoyé de son sens d’origine. Il prône plutôt la démarche efficace de la justice restaurative qui « refait monde commun » et qui « met en avant l’innocence des victimes, plutôt que la culpabilité des agresseurs ».

« Sortir du Bataclan, mon corps l’a fait, mon esprit surement moins et mon pays j’en doute ». A l’heure où la société française semble se désagréger, où les oppositions d’idées mènent à des bagarres de rues entre factions rivales qui s’entretuent, où les discours extrémistes les plus haineux circulent sans plus aucune régulation, le livre d’Arthur Dénouveaux pourrait être considéré comme une goutte de bons sens et de citoyenneté éclairée dans un océan de haine. Peine perdue ? Peut-être pas quand on sait qu’une unique goutte de liquide colorée peut teinter et égayer un grand volume d’eau trouble.

mercredi 25 février 2026

Le Complotisme. Anatomie d'une Religion, par Christophe Bourseiller, Les Editions du Cerf, 2021.

 

Les complots existent. De nombreux évènements, bien souvent tragiques, résultent d’une conspiration entre un petit groupe d’individus, réunis pour nuire à une personne ou à un autre groupe de personnes. Nul ne peut nier ces faits tant ils sont clairement établis. Le complotisme, c’est autre chose. C’est la croyance selon laquelle un petit groupe d’hommes, ou de « non-hommes » agirait en secret pour nuire à l’humanité toute entière, pour élaborer en secret un plan pour dominer la planète.

Certains complotistes croient même que cette domination, établie déjà depuis bien longtemps, est à l’œuvre actuellement et que les faits et gestes des êtres humains sont régis partout dans le monde par une entité supérieure qui les guident, sans que personne n’en prenne conscience. Ces complotistes s’érigent eux-mêmes en quasi-sauveurs de cette humanité dominée, puisqu’eux-seuls savent ce qui se trament et le dénoncent haut et fort.

Dans cet ouvrage très simple à lire, donc accessible à tout le monde, Christophe Bourseiller, ancien acteur devenu historien, écrivain et journaliste, dresse d’abord une galerie de portraits de complotistes célèbres qu’il a choisis dans une période s’étendant de la toute fin du 18ème siècle à nos jours. L’auteur les a sélectionnés parce que chacun d’entre eux est à l’origine d’un mensonge complotiste encore bien vivant de nos jours. Ainsi des ponts se créent entre passé et présent et mettent en lumière les bases des idées complotistes actuelles. Augustin Barruel par exemple, aristocrate et jésuite, initié un temps à la Franc-maçonnerie, s’en détache assez rapidement et dénonce la Révolution française comme un coup d’état satanique organisé par des sociétés secrètes : les Francs-maçons, les Illuminati... Sa pensée irrigue encore aujourd’hui le catholicisme traditionnaliste.

D’autres idéologues ont posé les bases de certaines idées complotistes qui visent des groupes cibles ou des grands domaines de la vie de tous les jours. Des premiers qui accusent les Juifs, les protestants ou les étrangers, on peut retenir le nom de Lyndon Larouche qui accuse les Rockefeller et la couronne d’Angleterre de répandre en secret le chaos, la maladie et la famine dans le monde. Christophe Bourseiller met aussi en avant l’obscur néonazi d’origine allemand Ernst Zündel, négationniste bien connu, qui pensait dans les années 1980 qu’Hitler n’était pas mort et qu’il s’était réfugié au pôle Sud, d’où il poursuivait ses activités avec les extraterrestres. Pour les seconds, les maladies sont le fait de complots visant à détruire une partie de l’humanité : Boyd Graves pense que le Sida a été inventé et répandu dans cet objectif. Quant au célèbre Thierry Meyssan, son itinéraire particulier est retracé par le chercheur. Homme tout à fait respectable à l’origine, journaliste, libre-penseur et franc-maçon initié au Grand-Orient de France, combattant contre l’extrême droite, il a totalement vrillé dans les années 1990, d’abord en constatant les échecs de l’OTAN en ex-Yougoslavie, puis à partir du 11 septembre 2001, quand il affirme haut et fort avoir découvert les preuves de la machination des attentats qui, selon lui, sont organisés par Ben Laden et Al-Qaida, sous contrôle de la CIA.

La seconde moitié du livre est consacrée à des « récits complotistes ». Force est de constater que plus c’est gros et incroyable (au vrai sens du terme), plus le nombre de croyants est important. Les Illuminati, Pearl Harbor, le Rock et la drogue pour affaiblir les esprits des jeunes, les extra-terrestres, les attentats de 2015 et le réchauffement climatique, tout fait de société, tout fait politique ou géopolitique est récupéré, transformé, adapté pour diffuser des idées fausses, bien souvent au profit d’idéologies haineuses, racistes ou antisémites.

La dernière partie est rédigée sous forme de conclusion. Une question est posée : pourquoi ça marche si bien ? La première réponse est liée à une sorte de dévoiement du principe démocratique de base : « La parole au peuple ». Ainsi les complotistes disent redonner la parole au commun des mortels, parole trop souvent confisquée selon eux par les puissants. En dénonçant les malversations de ces derniers, les théoriciens du complot donnent l’impression de contrer les « dirigeants du monde » et de rendre au peuple le pouvoir. Le web et les réseaux sociaux, en plein essor depuis deux décennies et complètement dérégularisés, sont aujourd’hui des vecteurs efficaces et sans limite à la propagation d’idées émanant de gens qui se disent spécialistes de tout. Sous couvert d’une pseudo scientificité, ils empilent les arguments et donnent l’impression de détenir le savoir.

Dans le contexte de crise mondiale actuelle, alors que des dirigeants adeptes eux-mêmes des idées complotistes gouvernent les pays les plus puissants de la planète, les théories complotistes sont en plein essor. Aveuglés par les méthodes des diffuseurs de mensonges, la plupart de ceux qui croient le font de bonne foi, sans se douter de ce qui se cachent derrière. Christophe Bourseiller qualifie le complotisme de religion, tant les croyants sont persuadés de détenir la vérité ultime, tant ils sacralisent leur unique crédo, celui du doute. Douter c’est bien, encore faut-il que le doute soit raisonné et raisonnable. Pour y arriver : l’éducation et le développement de l’esprit critique. Mais est-ce suffisant face à la déferlante des idées fausses qui polluent internet ? Permettez-nous d’en douter…

dimanche 25 juin 2023

Joseph Zito (réalisation) et Aron Norris & James Brunner (scénario), Invasion USA, ESC éditions, Paris, 2023.

 

Joseph Zito (réalisation) et Aron Norris & James Brunner (scénario), Invasion USA, ESC éditions, Paris, 2023.

Sam Firstenberg (réalisation) et James Booth (scénario), American Warrior II, The Ecstasy of Films, Saint-Eusoye, 2017.

Rambo II est un monument du cinéma reaganien. 1985 : John Rambo, symbole d’une Amérique régénérée, stéroïdée, superheroïque, invincible et surarmée, s’en va libérer à lui tout les derniers prisonniers américains détenus sur le sol vietnamien. Il en profite pour effacer le souvenir de la défaite et passer à la mitrailleuse toutes ces pourritures communistes qui défient l’hyper-puissance étatsunienne.

Dans l’ombre et le sillage de cette superproduction hollywoodienne, fleurissent dans les années 1985 à 1988 nombre de films d’action mettant en scène les infatiguables et invincibles champions américains en lutte contre le communisme mais aussi les terroristes de tous les bords. Invasion USA est du nombre de ces oeuvrettes et en plus d’être un pur produit des années Reagan, c’est un vestige des productions Cannon et des fous rêves poursuivis par deux cousins israeliens visant la domination du cinéma mondial...

“If you come back in, I'll hit you with so many rights you'll be begging for a left.”

Menahem Golan et Yoram Globus rachètent la compagnie de production Cannon pour un demi-million de dollars en 1979. Ils entendent transformer cette petite maison de production spécialisée dans les films d’horreur ou les films érotiques en une super-maison de production cinématographique. Golan est un vrai dingue de cinéma et Globus un magnat des affaires. Les « Gogo boys » pensent avoir trouver une formule à la « pierre philosophale » pour remplir les caisses de leur maison Cannon : racheter de vieilles franchises en perte de vitesse (les adaptations cinéma de Superman par exemple), embaucher des vieilles stars sur le retour (Charles Bronson…) ou des réalisateurs qui se cherchent un second souffle (Tobe Hooper…) et les inscrire dans des projets cinématographiques vendus à l’international à grands renforts de publicité et de posters aux punchlines marquantes et aux visuels tapageurs !

Mais la formule Cannon si elle utilise du « plomb » ne parvient pas vraiment à tout transformer en or ! L'aventure de Golan et Globus se finit très mal, sur fond de brouille entre cousins et de scandale du Crédit Lyonnais...
Dans les productions Cannon, le spectaculaire explosif un peu cheap quand même va de paire avec une certaine outrance voire un mauvais goût affiché et revendiqué ! Et certains films de la firme dont Invasion USA sont d’extraordinaires documents permettant d’aborder une certaine lecture des années Reagan, de la lutte contre les Rouges voire des menaces émergentes telles que le terrorisme international. D’une manière troublante, ce film d’action bourrin, pensé comme vaisseau pouvant mettre sur orbite la star maison Chuck Norris, peut paraître prémonitoire ou en avance sur son temps dans sa lecture des menaces pesant sur la scène internationale.

“You're beginning to irritate me.”

Une armée de guérilleros extrémistes communistes dirigée par Mikhail Rostov, d’origine soviétique, un vieil ennemi de l'ex-agent de la CIA Matt Hunter, débarque en Floride afin de provoquer le chaos aux États-Unis. Le pays est bientôt secoué par une vague de terrorisme. Hunter se voit confier la mission de localiser et d'éliminer Rostov afin de stopper ces attaques.


Le scénario réduit à l’os par le remontage à la hache imposé par les « Gogo boys » transforme l’actionner de Zito en un comic-book live iconisant à mort le personnage de Matt Hunter et ses ennemis tout autant que lui. Chuck Norris est taiseux, imperturbable, filmé en contre-plongée, surgissant de l’ombre pour massacrer ses ennemis, invincible, infatiguable… C’est un vrai super-héros américain qui vit dans le bayou avec son tatou domestique (sic)…Face à lui, Richard Lynch incarne sans retenue aucune l’infâme Rostov, véritable pourriture communiste qui ravage au lance-roquettes les banlieues états-uniennes et les malls quand il ne glisse pas son arme à feu dans les pantalons de ses victimes (sic)…


Le film surjoue du début à la fin la carte de l’excès et de la surenchère. Norris est aussi inébranlable que Rostov est cruel et dément. Les terroristes de tout poil (communistes sud-américains ou asiatiques, membres de la Rote Armee Fraktion, palestiniens ou arabes à keffieh…) rejouent le D-Day sur les plages de Floride en piétinant bruyamment un malheureux couple de teenagers. Sont détruits un luna-park, une banlieue typique, un mall et tous leurs occupants ou clients. Le film s’achève sur un duel aux lance-roquettes entre Chuck Norris et l’immonde Rostov… 



Joseph Zito avait signé avant ce métrage un épisode assez épicé de la saga des slashers Vendredi 13. Il retrouve ici la mécanique scénaristique massacreuse mais substitue le Chuck Norris triomphant au boogeyman masqué et armé de sa machette. Le spectateur contemporain peut néanmoins s’émouvoir du nombre de victimes et de la violence débridée des super-méchants comme de Chuck le superhéros !

 

Mais où est donc l’intérêt historique des prouesses martiales du grand Chuck ?

L’affiche originale est en elle-même très révélatrice. Au centre de celle-ci, Chuck Norris, le poitrail à l’air, armé de deux uzis (pistolet mitrailleur de facture israélienne) prend la pose. A sa droite et à sa gauche, les cibles visées par les terroristes : le Capitole et les tours du World Trade Center. De part et d’autre de l’inamovible super-Chuck : les militaires de la Garde Nationale veille au grain.


En 1985 dans cette production Cannon, se dessine de manière prophétique (?) le spectre d’une attaque terroriste de grande ampleur qui vise les symboles états-uniens et son mode de vie jugé dégénéré par les gros méchants de l’histoire. A travers le discours sur la mollesse des Américains ainsi que le filmage de la décadence de la Floride (sexe, drogue, prostitution…), s’affirme aussi un certain discours extrémiste et virulent ultra-conservateur.

Menahem Golan dirige lui-même Chuck Norris l’année suivante dans Delta Force. Il s’inspire alors du détournement du vol TWA 847 par l’organisation des Opprimés de la Terre mais imagine et met en images une résolution autrement plus musclée et pétaradante ! Le cinéma d’action des années 1980 peut être lu et ausculté à travers le prisme de la géopolitique. Il regorge de stéréotypes et raccourcis fascinants à analyser.

L'iconique Chuck Norris érigé par la Cannon en star du genre est en lui-même assez emblématique de l’ère Reagan et d’un certain type de productions cinématographiques à forte coloration politique. Le glissement de la menace rouge vers une menace terroriste internationale relève autant de la clairvoyance que de la paranoïa d’une certaine frange de la sphère politique américaine !


L’utilisation et le détournement de certaines images ou séquences de blockbusters du cinéma américain (G.I. Joe par exemple) dans la propagande de groupes terroristes des années 2000 ne doivent pas faire oublier l’importance de la pop-culture comme arme ou vecteur idéologique au temps de la Guerre Froide et au-delà de celle-ci. Top Gun, Delta Force et tous leurs dérivés ont grandement contribué à faire la promotion de la superpuissance américaine dans la seconde moitié de la décennie 80. Le film documentaire britannique Chuck Norris vs Communism met en lumière l’incidence des cassettes vidéos pirates des films de Chuck Norris sur les spectateurs roumains au temps de la Guerre Froide. Une certaine forme de magie du cinéma qui s'exprime avant tout à grands coups de tatane !

Hé ouais Chuck a sans doute joué un plus grand rôle dans la lutte contre le communisme que nombre d’intellectuels et de philosophes…

“Your fight is my fight. You just remember that.” 

Après le beau succès d’Invasion USA au box-office international, les « Gogo boys » proposent au grand Chuck de remettre le couvert. Ils lui proposent le scenario d’Avenging Force. Dans cette suite des aventures de Matt Hunter, le super-Ricain affronte une milice d’Extrême-Droite qui organise des chasses dignes du Comte Zaroff et des attentats sur le sol des Etats-Unis. Bizarrement (?), le grand Norris aux idées très conservatrices affichées n’est pas emballé…


Pas de problème, la Cannon fait les fonds de tiroirs et propulse Michael Duddikoff remplaçant de Chuck Norris. Sam Firstenberg, autre réalisateur maison spécialiste du film de ninjas, emballe cette séquelle retitrée chez nous American warrior II pour surfer sur le succès d’American ninja du même Firstenberg avec le même Duddikoff… Cette séquelle partage avec le film de Zito ses audaces, ses méchants très méchants qui massacrent hommes, femmes et enfants en ricanant, sa cruauté...

Je vous l’accorde : on s’y perd entre tous ces retitrages et recasting ! Où est Chuck bon sang ?!? Et quel est l’intérêt d’une pareille séquelle ?

Hé bien une fois encore, le scénario est étrangement visionnaire dans sa dépiction des idées d’une certaine frange de l’extrême-droite étatsunienne. Le discours virulent du gros méchant Elliott Glastenbury, interprété sans retenue mais avec truculence par John P. Ryan, n’est pas sans faire songer à certains discours de Donald Trump du temps de sa présidence…


“My dear friends, fellow countrymen, Americans, we're living in dangerous times.

They call us paranoid because we love our country, because we want to survive the economic collapse of our land. You know what's coming, don't you? Civil disorder everywhere. Dope-crazed savages.

- Gangs of n*gger rapists! (…)

Snivelling politicians trying to enforce gun control. Commie guerrillas in Central America pointing their guns north, just waiting to cross the Rio Grande, just waiting to terrorise your mama and your children and your neighbourhood and your churches.

First they'll take Mexico. Then what? Then what? More than 20 million Mexicans live in California, Texas and Arizona alone. What happens when they all decide that they too want to join the People's Republic of Mexico? Then what? Then what? Then New Orleans. Yes, New Orleans.

- Chicago. Boston. New York.

- No one will stand for that!

No, no, gentlemen, it is our constitutional right to bear arms. It is our sacred duty to do so as  efficiently as we know how.”

Difficile de ne pas rapprocher ces mots de ceux prononcés par Donald Trump en 2019 lors de l’assez infâme « border wall speech » dans lequel il dépeint les Latinos comme des violeurs et des criminels et les Démocrates comme leurs complices…

“Every day, customs and border patrol agents encounter thousands of illegal immigrants trying to enter our country. We are out of space to hold them, and we have no way to promptly return them back home to their country. (…)

Our southern border is a pipeline for vast quantities of illegal drugs, including meth, heroin, cocaine, and fentanyl. Every week, 300 of our citizens are killed by heroin alone, 90% of which floods across from our southern border. More Americans will die from drugs this year than were killed in the entire Vietnam war. (…)

(…) Democrats in Congress have refused to acknowledge the crisis. And they have refused to provide our brave border agents with the tools they desperately need to protect our families and our nation. (…)

Some have suggested a barrier is immoral. Then why do wealthy politicians build walls, fences, and gates around their homes? They don’t build walls because they hate the people on the outside, but because they love the people on the inside. The only thing that is immoral is the politicians to do nothing and continue to allow more innocent people to be so horribly victimized. (…)

In Maryland, MS-13 gang members who arrived in the United States as unaccompanied minors were arrested and charged last year after viciously stabbing and beating a 16-year-old girl.

Over the last several years, I’ve met with dozens of families whose loved ones were stolen by illegal immigration. I’ve held the hands of the weeping mothers and embraced the grief-stricken fathers. So sad. So terrible. I will never forget the pain in their eyes, the tremble in their voices, and the sadness gripping their souls.

How much more American blood must we shed before Congress does its job?”

Les spin doctors et autres conseillers des présidents s’abreuvent-ils de pop culture et de cinéma d’exploitation ? Les discours de certains extrémistes plongent-ils leurs racines dans une certaine culture populaire ? En tous les cas, la culture populaire se doit d’être scrutée et analysée de près ! L'exemple des productions Cannon pourrait faire penser que la culture populaire est autant témoin et commentateur qu'acteur de l'Histoire... Tous ces films, aussi mauvais ou insipides soient-ils, disent quelque chose sur le contexte géopolitique, politique ou social des années 1980.

Peut-être bien que le film Invasion USA reste dans les mémoires de certains cinéphages français pour les traductions... mémorables et pitoresques de certaines répliques :

« Si tu te pointes encore, tu peux être sûr que tu repars avec la b*te dans un tupperware !»

« Toi tu commences à me baver sur les rouleaux !»

Mais il faut toujours savoir aller au-delà des apparences pitoresques et grotesques du cinéma d'exploitation pour en saisir ce qui fait sa valeur !
Les plus curieux et téméraires iront regarder avec délectation les documentaires Electric Boogaloo: The Wild, Untold Story of Cannon Films et la réponse The Go-Go Boys: The Inside Story of Cannon Films afin d'en apprendre davantage sur Golan, Globus et cette époque qui fleurait bon le bis, la VHS et le nanar...