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mercredi 8 juillet 2026

Bienvenue chez les cannibales et surtout bonnes vacances !

 

« Tout ce que vous lirez dans ce livre n’est pas vrai mais il n’y a pas de mensonges non plus. »

Besoin de vacances ? Envie de découvrir de nouvelles contrées ? De partir à l’aventure dans des paysages idylliques ? Vous y réfléchirez à deux fois après avoir lu cet article qui parle essentiellement de cannibales mais évoque également toutes les mésaventures de malheureux vacanciers plus ou moins insouciants, mésaventures qui donnent furieusement envie de rester chez soi ! 

Bon appétit bien sûr !

Eugenio Ercolani et alii, Cannibal Worlds : le genre le plus controversé de l’histoire du cinéma, Pulse, Paris, 2026.

Ercolani, auteur et documentariste, livre avec cet ouvrage une étude approfondie et quasi-définitive d’un genre putrescent qui éclaboussa les cinémas et marqua les spectateurs entre 1972 et 1988. Ce livre explore avec beaucoup de soin l’apparition, la prolifération et l’extinction des films de cannibales en mettant en lumière les coulisses de leur fabrication et en bousculant au passage quelques a priori et idées reçues.

« Les titres les plus célèbres du cycle cannibale exploitent ce qu’ils dénoncent. Ils incarnent le problème qu’ils décrivent. Ils titillent les spectateurs tout en leur lançant un doigt accusateur qu’ils tournent rarement vers eux-mêmes. Le genre cannibale, comme le courant mondo qui l’a précédé, porte le sens de l’exploitation à un tout autre niveau, car il exploite non seulement les sources inépuisables que sont le sexe et la violence, mais aussi l’hypocrisie des valeurs occidentales, le tout dans un tourbillon de violence et de dépravation rarement effleuré par le cinéma grand public. (…) Les films de cannibales dont il est question ici sont sortis dans de grandes salles et ont été projetés quelques jours avant ou après des protoblockbusters américains inoffensifs produits par des piliers de l’industrie européenne et mettant en vedette des acteurs comme Stacy Keach, Claudio Cassinelli, Ursula Andress, Mel Ferrer et Massimo Foschi. »

Cet extrait de l’introduction pose les choses à merveille. Le film de cannibales n’est pas un genre confidentiel, vu par quelques agités du bocal dans d’obscures salles de quartier. C’est un genre de film qui a, pendant une bonne décennie, attiré un large public avide d’horreurs, d’immondices et d’images chocs. Il est le fait d’artisans souvent appliqués et doués. Il est loin d’être inoffensif et est également très critiquable et pas toujours défendable. Un genre controversé qui mérite bien que l’on s’y penche aujourd’hui pour mieux le comprendre et l’appréhender.


Ercolani et ses co-auteurs reviennent en détails sur douze films. Chacun des métrages est soigneusement analysé. Pour chacun des films, des interviews des réalisateurs, des acteurs, des assistants, des scénaristes ou des techniciens accompagnent l’étude. L’iconographie est abondante et constituée aussi bien de photos d’exploitation que de clichés de plateau. Pour chaque film, un point détaillé est fait sur les démêlés avec la censure. Une quinzaine de page reviennent de manière synthétique et brillante sur les années de plomb en axant bien le propos sur le cinéma. Une bonne dizaine de pages résument l’évolution du regard occidental sur les cannibales.

Le père des cannibales est Umberto Lenzi. Avec son Il paese del sesso selvaggio (1972), il crée accidentellement le genre du film de cannibales. Lenzi est un artisan plus qu’honnête dont le cinéma est marqué par une grande énergie et souvent une grande cruauté. Dans son film d’aventures exotiques un peu mou du genou, le dernier tiers du film met en scène des cannibales qui attaquent une tribu. Le réalisateur met en images la scène matricielle à multiples reprises reproduite dans les films de cannibale : le viol et le dépeçage d’une pauvre indigène par d’affamés cannibales. Point d’orgue d’un film par ailleurs paresseux, c’est cette scène qui reste dans la mémoire des spectateurs et des producteurs qui, satisfaits des recettes de ce petit film, souhaitent lui donner une suite ou du moins exploiter le filone naissant. Lenzi est trop cher ? Ils engagent un jeune réalisateur qui s’est fait remarquer en mettant en boite un polar particulièrement violent et cruel. Ruggero Deodato est sur le point d’entrer dans l’histoire du cinéma et de devenir à son corps défendant « monsieur cannibale » !

La nécrologie de Deodato rédigée par Neil Genzlinger et publiée le 9 janvier 2023 dans le New York Times ne laisse pas de doute, les films de cannibales du réalisateur italien sont à la fois source de gloire et d’infamie. Il a œuvré dans de nombreux genres et a cherché à s’écarter rapidement du seul genre cannibalesque. Deodato est un réalisateur d’une autre stature qu’un Umberto Lenzi. Il a assisté Rossellini, Sergio Corbucci, Antonio Margheriti. De Rossellini, il conserve l’obsession de la recherche d’une certaine forme de réalisme. De Corbucci, il garde le goût d’une certaine cruauté tirant souvent vers la misanthropie. Jusqu’en 1977, il ne parvient pas réellement à briller. Son premier film important, Zenabel, pamphlet féministe et hommage au Madamigella di Maupin de Bolognini, sort sur les écrans en décembre 1969, au moment de l’attentat de la Piazza Fontana à Milan. Le film est un échec et l’Italie bascule dans les années de plomb. Deodato est contraint à œuvrer dans le purgatoire de la télévision et de la publicité en attendant on heure de gloire…


Ultimo Mondo cannibale (1977) est le film de cannibales qui va tout changer et en fixer les codes pour une bonne dizaine d’années. Ruggero Deodato engage deux acteurs vus dans Il paese del sesso selvaggio. Il se documente sur les us et coutumes des cannibales. Il s’intéresse au destin des survivants du crash du vol Fuerza Aérea Uruguaya 571 dans la cordillère des Andes. Il souhaite un tournage en décor naturel, en Malaisie. Son film ne sera pas un film d’aventures poussif. Il veut mettre en images le film de cannibales le plus réaliste et sombre possible. De l’aveu de l’assistant réalisateur, Lamberto Bava fils du prodigieux Mario, le tournage est un enfer. Tout est compliqué pour l’équipe de tournage : la mousson, les serpents, les problèmes de sécurité, les limites du matériel de prise de vue… De ce tournage cauchemardesque, le réalisateur tire un film chaotique dans lequel il filme une jungle indomptée, sombre et mortelle. L’acteur principal, Massimo Foschi, vient du théâtre et paie de sa personne. Il est impressionnant tout comme les indigènes affublés de perruques dirigés de main de maître par Deodato.

Le film de cannibales est né. Le cinéma de la dégueulasserie fait un pas en avant vers l’horreur qui estomaque, fascine et révulse. Ruggero Deodato a soigneusement préparé son tournage, dans sa tête sinon in situ. Des films américains comme La Proie Nue de Cornel Wilde ou Un Homme nommé cheval lui servent de boussole. Le pessimisme et la cruauté du film renvoie autant à l’apprentissage auprès de Sergio Corbucci qu’à la parenté entre film de cannibales et mondo. Ce cinéma pseudo-documentaire, fils illégitime et réactionnaire du néo-réalisme italien, engendré par Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, est l’un des parents tout aussi illégitime du film de cannibales. Violence, voyeurisme, cynisme, cruauté, ce sont là les ingrédients de base de ces deux cinémas qui n’entrent pas en concurrence parce que le mondo est en crise et en voie d’extinction depuis l’accueil compliqué du très conservateur et raciste Africa Addio…Le film de cannibales reprend à son compte un propos très réactionnaire sur l’opposition très violente entre sauvagerie et civilisation.

Ce qui rend le film de cannibales particulièrement controversé, outre sa violence, un certain racisme latent et une misogynie effroyable, ce sont les scènes de cruauté envers les animaux qui émaillent ces films. Et là aussi, ces scènes sont un héritage direct du mondo. Prétextant une pression des producteurs ou une demande des publics d’Asie, les réalisateurs expliquent que leur ont été imposées des scènes de tortures animales. Un singe dévoré par un serpent, un crocodile dépecé, une tortue découpée en morceaux… S’il s’agit parfois de stock-shots, d’autres fois, il est évident que le cinéaste a planté sa caméra pour filmer la mort d’une pauvre bête. Ce souci de donner à voir aux spectateurs quelque-chose de « vrai » vaut aux réalisateurs de nombreux soucis avec la justice. Ces massacres d'animaux sont aussi les préludes des massacres d'humains à venir dans les films. Dans un giallo plus inoffensif, La Tarantola del ventro nero, Paolo Cavara, réalisateur transfuge du cinéma mondo, utilise des images de documentaire animalier pour susciter l'horreur et apporter une touche de vérité à son récit. Cavara montre une guêpe qui pond ses larves dans le corps d'une tarentule. Il se sert habilement de cette courte séquence pour créer le malaise chez le spectateur.


Pourquoi lire une étude de 352 pages sur d’atroces films italiens montrant des hommes, des femmes et des animaux se faire dépecer et torturer ? Parce que c’est avec le film de cannibales, et notamment le chef-d’œuvre du genre qu’est Cannibal Holocaust, que la manipulation du public par un cinéaste pervers et vicieux atteint son apogée. Le cinéma d'exploitation a cela de différent du cinéma classique que les réalisateurs sont absolument indignes de confiance et sont prêts à tous les coups bas ! En 1980, Ruggero Deodato livre au public affamé une œuvre ultime conçue comme un found footage. Brouillant les frontières entre vrai et faux, le réalisateur donne à voir un film dans le film. La pellicule de la caméra d’un groupe d’explorateurs est tout ce qu’il reste d’eux. Monsieur cannibale se déchaîne et doit prouver à la justice italienne qu’il n’a pas torturé et tué son casting comme il a torturé et tué de pauvres animaux ! Il n’est pas évident de savoir où se situe Deodato d’un point de vue moral ou idéologique. Néanmoins, les films de cannibales fonctionnent un peu comme des miroirs qui interrogent et critiquent le monde occidental. Le spectateur qui se repaît de supplice est autant dans le viseur de la caméra que les victimes des cannibales. C'est ainsi que fonctionne Cannibal Holocaust. Cinéma de la transgression et de l'agression, le film de cannibales se pose comme celui qui met mal à l'aise, qui choque et fait vomir.

Ce genre apocalyptique et chaotique capte également les circonvolutions d'une industrie cinématographique italienne en bout de course dans une société en proie aux violences, aux remises en cause et aux déchirements divers. Ouvrir les pages de ce Cannibal Worlds, c’est s’exposer à des visions d’horreur proprement dantesques mais c’est aussi s’interroger sur soi-même. « Nous les pouvons bien appeler barbares [...] nous qui les surpassons en toute sorte de barbarie. » De Michel de Montaigne à Ruggero Deodato, il n’y a pas qu’un pas mais il y a quand même des visées communes. L’érudit français dépeignait le monde comme une « branloire inconstante », n’est-ce pas aussi ce que suggère de manière plus crue « monsieur cannibale » ?

Claude Gaillard, Vacances d’enfer (au cinéma) : le guide ciné touristique qui donne envie de rester chez soi !, Omaké Books, Montreuil, 2022.

Si vous avez encore quelque appétit ou simplement pour vous remettre des émotions de votre périple au pays des cannibales, pourquoi ne pas jeter un œil à ce drôle de petit ouvrage ? Claude Gaillard est un spécialiste du cinéma de genre, auteur d’ouvrages thématiques aussi rigolos qu’essentiels et un sacré pourvoyeur de fous rires.


Il s’ingénie ici à chroniquer et lister les mille et uns dangers qui attendent les vacanciers insouciants : accidents de transport, baignades interrompues par des attaques animales, risques en forêt ou montagne… A grand renfort de statistiques effrayantes et références cocasses, ce petit guide vous donne effectivement envie de rester chez vous pour découvrir ou redécouvrir Les Zombies font du ski ou Avalanche sharks ou Death spa… De nombreux conseils ainsi qu’une chouette cartographie accompagnent le texte. Et pour ceux qui rechignent à se lancer dans la lecture de Cannibal Worlds, un cahier de quelques pages intitulé « Le cannibalisme expliqué aux enfants » peut faire l’affaire ! Pas sûr que les recettes proposées soient au goût de tous…

Et bonnes vacances surtout !


mercredi 15 avril 2026

Diabolik et les fumetti : le chaînon manquant italien entre les romans de gare à la française et les comics américains ?

 

Les grandes nations de la bande-dessinée que sont la France, la Belgique, les Etats-Unis ou le Japon oublient parfois que dans l’ombre, de petites nations se tiennent prêtes à frapper lorsque l’on s’y attend le moins. L’Italie est de celles-ci ! Terre natale des fumetti, la péninsule italienne héberge un certain nombre de talents de grand renom (Hugo Pratt, Milo Manara…), de revues mythiques (Topolino, Tex Willer, Dylan Dog…) et de héros plus ou moins hauts en couleurs. Diabolik est un anti-héros qui a traversé les années et les frontières et doit autant aux super-héros de comics qu’à la littérature populaire française. Enquête sur les traces d’un super-criminel très clip crap bang vlop zip wizzz swiissss !

Danger Diabolik, Mario Bava, Italie, 1968.

Reflet dans un diamant noir, Hélène Catet et Bruno Forzani, France, 2025.

A l’aube des sixties, dans la très industrieuse Milan, Angela et Luciana Giussani créent Diabolik, criminel qui suit son propre code moral des plus ambigu. Angelina est une jeune-femme émancipée et indépendante. Dans une Italie en plein boom économique, cette ancienne mannequin fonde sa propre maison d’édition, Astorina. Après la publication de comics américains traduits et adaptés au marché italien, elle cherche à créer un héros cent pour cent italien. En piochant ici et là dans la culture populaire, elle confectionne un personnage trouble de criminel fortement inspiré de Fantômas mais évoquant aussi Moriarty, Judex, Arsène Lupin. Diabolik doit beaucoup à la personnalité de sa créatrice, furieusement indépendante et volontiers anarchiste. Il est taillé sur mesure pour venir animer les pages de fumetti de petit format que les masses d’employés qui empruntent quotidiennement les transports en commun peuvent glisser dans une poche et lire sur les trajets aller-retour du domicile au travail et vice-versa. Diabolik est un pur produit du capitalisme triomphant et du miracle économique italien avec un petit twist à la Robin Hood. Le criminel s’en prend aux riches et aux puissants. Il est impitoyable, cruel, doué de facultés quasi-surnaturelles. Luciana Giussani vient prêter main forte à sa sœur pour l’écriture des scenarii. La partie graphique est confiée à divers artistes plus ou moins doués : Angelo Zarcone, Enzo Facciolo... 

 

Dans un décor de roman-photo qui évoque aussi bien la Côte-d’Azur que la Californie, Diabolik et sa compagne Eva Kant tuent, volent, torturent, massacrent, manipulent. Diabolik est impitoyable alors qu’Eva est plus prompte à prendre le parti des faibles ou des femmes. Les politiciens corrompus, les riches délinquants, les trafiquants de tous les bords sont les adversaires et victimes du duo diabolique. Les pendolari apprécient le ton violent, sexy et anticapitaliste des aventures de Diabolik. Quelque-part entre un héros de roman de gare et un super-vilain, ce curieux personnage se pose comme une figure fascinante et la face cachée d’une Italie en plein essor économique et en pleine reconfiguration sociale. Il y a nécessairement quelque-chose d’un Robin Hood dans cette silhouette encagoulée et moulée dans son justaucorps noir.

Ce fumetto nero rencontre le succès, entre dans l’histoire et dans la culture populaire italienne et est largement imité par les Kriminal, Satanik et autres émules rivalisant de violence et de cruauté pour surpasser leur modèle. Quatre ans après son apparition dans les pages des magazines, des producteurs de cinéma se penchent sur une adaptation filmique des aventures de Diabolik. Au milieu des années 1960, les Fantômas d’André Hunebelle sont passés par là et James Bond explose le box-office. Dino De Laurentiis, géant de la production italienne, est prêt à mettre les petits plats dans les grands pour porter à l’écran les exploits de Diabolik. C’est là que tout se complique pour le criminel masqué !

D’écriture en réécriture, les aventures de Diabolik deviennent plus légères et comiques. Il perd de son mordant. Sa compagne, Eva Kant, qui est son égale dans les fumetti, devient un peu plus un love interest qu’une aventurière. Une première tentative d’adaptation capote en cours de tournage au Royaume-Uni. Le français Jean Sorel, le réalisateur britannique Seth Holt et l’ensemble des équipes sont remerciés. Dino De Laurentiis aurait-il torpillé le projet pour mieux le récupérer ? Peut-être…

Mais quel réalisateur choisir pour porter à l’écran les aventures de Diabolik ? Le génie du cinéma qu’est Mario Bava bien entendu ! Caméraman et technicien virtuose héritier d’une longue lignée d’artistes, inventeur et innovateur génialissime, il est également un grand lecteur de fumetti dont il comprend les subtilités, les techniques narratives et les spécificités. Le cinéaste se retrouve à la tête d’un budget comme il n’en a jamais obtenu. Il est maître du calendrier et termine son film en avance. Il bataille pour préserver au mieux ce qui fait le sel du personnage de Diabolik et de son univers. Danger Diabolik ! est un film absolument prodigieux et bourré d’inventivité, d’images folles et d’une énergie toute sixties. Le film est un monument de la pop culture qui a tout compris au matériau qu’il adapte.

Là où Roger Vadim s’est complètement vautré en adaptant Barbarella au même moment, Bava crée un authentique fumetto qui bouge et qui respecte les codes de la bande dessinée en les adaptant au médium cinématographique. Conscient de ce que le neuvième art est avant tout une affaire de séquençage et de découpage, il se contraint à découper ses plans à la manière d’une page de bande dessinée. Il place sa caméra derrière les étagères d’une bibliothèque de manière à créer des cases dans lesquelles s’inscrivent les personnages filmés. Il se sert du reflet dans un rétroviseur pour insérer un gros plan sur les yeux du personnage dans un séquence. Il filme l’action à travers des éléments de décor, de manière à scinder ses plans. La grande maîtrise technique et le courage de Bava qui ne choisit jamais la facilité sont remarquables. Le film est bluffant et respecte le ton résolument anarchiste du fumetto. Le plutôt sage Mario Bava se laisse aller à des poussées hédonistes dans sa représentation de l'idylle entre Diabolik et Eva Kant.

John Philip Law joue très bien du sourcil sous le masque du super-criminel. Marisa Mell est sublimée par la caméra de Bava qui souvent la filme en contre-plongée ce qui renforce son côté puissant et furieusement indépendant. Michel Piccoli campe un tenace inspecteur Ginko. La musique d’Ennio Morricone est particulièrement inspirée, sensuelle et pétillante. L’ingéniosité de Mario Bava permet à Dino De Laurentiis d’économiser des centaines de milliers de dollars. Et le film est... une grande déception au box-office !

Pourquoi ce chef-d’œuvre du cinéma comic booky ne trouve-t-il pas son public ? Tout rapide et efficace qu’il est, Bava ne parvient pas à battre en vitesse les équipes des adaptations des Kriminal, Satanik ou autres Phénoménal et le trésor de Toutânkhamon du débutant Ruggero Deodato qui n’est pas encore versé dans le cannibalisme cinématographique… Danger Diabolik ! arrive sur les écrans avec une longueur de retard. Et c’est fort dommage parce qu’avec le temps, le film est devenu culte et assure au super-criminel italien une renommée mondiale ! Les adaptations plus récentes des frères Manetti certes appliquées et fidèles manquent de fougue et de fureur et font pâle figure à côté de l’œuvre de Mario Bava !

La publication des aventures du criminel se poursuit en Italie. Le clip des Beastie Boys Body Movin s’inspire et rend largement hommage au film de Mario Bava. Pour ce qui est des comics américains, il n'est interdit de percevoir Diabolik comme le prédécesseur avec plus de vingt ans d'avance de tous ces anti-héros très dark and gritty qui apparaissent dans le sillage des travaux de Frank Miller et Alan Moore à la fin des années 1980.  L’hommage le plus remarquable et notable est cependant français ou belgo-italo-franco-luxembourgeois. Le duo de cinéastes Hélène Cattet et Bruno Forzani s’est rendu célèbre par des réalisations maniéristes extrêmement travaillées et sous très forte influence giallesque ou italienne. Le très fou et virtuose Reflet dans un diamant mort, dont il serait vain d’essayer de résumer l’histoire, est une lettre d’amour et une évocation émue de tout un pan de la culture populaire et de Diabolik en particulier. Les réalisateurs renouent avec la folie visuelle du métrage de Bava et la pulsion scopique est jouissive !

Voilà pour ce film, ces fumetti et cette chronique qui donnent furieusement envie de faire des clip crap bang vlop zip wizzz swiissss !!!