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mercredi 12 août 2026

Un camp de concentration intégré dans son microcosme local. Le cas du Kl-Natzweiler. Interview de Michaël Landolt et Cédric Neveu


Michaël Landolt est directeur du Mémorial du Camp de concentration de Natzweiler-Struthof en Alsace. Archéologue, il a travaillé avec Cédric Neveu, professeur d’histoire et historien sur le fort Queuleu, lieu de détention de la Gestapo en Moselle annexée. De leur collaboration est né un ouvrage monumental. Cédric Neveu est aujourd’hui responsable du service recherche au Mémorial. Ensemble, ils renouvellent l’historiographie du Kl-Natzweiler. En septembre sortira le film La Ligne Bleue de la réalisatrice Marie Dumora. Ce film donne pour la première fois la parole aux « voisins » du camp de concentration. Toutes celles et tous ceux qui ont vu, croisé ou échangé avec des détenus et des SS mais qui n’avaient jusqu’à présent jamais raconté leur expérience. Les deux historiens réagissent à la sortie de ce film et apportent de précieuses informations pour remettre en contexte et encore mieux comprendre cette œuvre inédite.

Quelles sont les spécificités des relations entre le camp de concentration de Natzweiler avec son voisinage ?

Michaël Landolt : C’est assez intéressant parce que contrairement à d’autres camps de concentration où l’on trouve des cités ou des ilots réservés à la SS, à Natzweiler, les SS vivent avec la population. Il n’existe pas de zone d’intérêt ni de Siedlung. Ils logent dans les fermes, dans les maisons de maitres des patrons des industries. Les SS vivent au milieu de la population, leurs enfants vont à l’école avec les enfants des villageois. Un lien quotidien très important a été créé avec les SS. Des entreprises de la vallée venaient travailler régulièrement dans le camp.

Cédric Neveu : Le camp est inscrit dans le paysage local par la gare. Il s’agit d’une petite gare qui se trouve au milieu du village et qui dessert toute la vallée. Des convois y arrivent régulièrement. Et même si officiellement les gens ne doivent rien voir, fermer leurs volets ou leurs portes, ils voient des transports arriver. En 1944, c’est toutes les semaines que des convois arrivent ici. Le camp est présent dans le paysage, dans le quotidien des habitants qui s’y habituent d’une certaine manière. Il existait aussi des liens économiques. Les SS sont des personnes qui consomment, qui vont dans les commerces, qui ont des amitiés aussi. Dans un petit village comme Rothau qui ne compte que quelques centaines d’habitants, les deux cents SS qui vivaient et travaillaient au-dessus formaient une population importante.

Quels étaient les points de contacts entre la population civile et les détenus du camp de Natzweiler ?

Cédric Neveu : Il existait de nombreux Kommandos de travail. Celui de la gare par exemple. Des détenus allaient aussi chercher des colis. Ils étaient alors en contact avec des personnes. Tout le monde voyait quelques petits Kommandos de travail comme ce petit groupe de détenus chargés d’aménager la villa du commandant Kramer. Certains étaient affectés pour une semaine ou quinze jours effectuer des travaux de voierie. Les détenus étaient visibles tout le temps et tous les jours. Les entreprises faisaient des livraisons au camp, les déportés devaient charger et décharger des camions. Des mots étaient forcément échangés. De retour chez eux, les civils devaient en discuter dans les familles.

Michaël Landolt : A Wildersbach, Seuss possédait un groupe de détenus permanents qui lui faisait à manger et entretenaient son jardin. On a même des photos sur lesquelles on voit des détenus qui aidaient dans les fermes. Il existait plein de petits points de porosité sur lesquels les contacts étaient réguliers entre civils et détenus. La postière de Rothau par exemple récupérait tous les petits mots que les détenus jetaient le long du chemin et qu’elle récupérait pour les envoyer ensuite aux familles de manière clandestine.

Par quelles routes les détenus montaient-ils au camp ?

Michaël Landolt : Nous avons repris les cartes de la région avant l’installation du camp par les nazis. On constate qu’une voie d’accès au lieu-dit du Struthof sans passer par le village existait déjà avant leur arrivée. Elle était empruntée pour accéder à l’auberge ou à la villa. C’est vraisemblablement ce chemin qui était utilisé dès le début pour monter des prisonniers au camp. Une autre route existait effectivement. Elle traversait le village pour se rendre à Natzwiller. Un embranchement qui relie Natzwiller au camp a été ensuite aménagé par les détenus. Certains témoins disent avoir vu monter des convois de détenus par le village, mais ce sont surement des colonnes de détenus qui passaient par là pour réaliser des travaux.

Cédric Neveu : Des kommandos de détenus sont surement passés par cette route pour réaliser des travaux, mais il est peu probable que des convois d’arrivée l’aient prise pour monter au camp.

Pourquoi certains témoins voisins du camp ne parlent qu’aujourd’hui ?

Michaël Landolt : Ils n’ont effectivement pas témoigné après la guerre. Ceux qui témoignent aujourd’hui étaient enfants à l’époque. Les voisins ont parlé entre eux et certaines de leurs histoires étaient connues. La réalisatrice Marie Dumora nous a mis en relation avec des personnes qui, jusqu’à ce que je sois directeur du Mémorial, n’étaient pas en contact avec le site. Au contraire même, elles pensaient qu’on n’en avait rien à faire d’elles. Elles croyaient que leurs histoires n’intéressaient pas. Ce film a créé un lien. Le Mémorial a été longtemps considéré comme une institution parisienne qui n’en avait pas grand-chose à faire des gens de la vallée. Quelques personnes étaient même venues déposer des objets au Mémorial et avaient été renvoyées sous prétexte que ce qu’elles apportaient n’étaient pas intéressant. Un premier livre publié par l’Essor fait le lien entre le camp et son voisinage, mais les témoignages qui y sont recueillis ne sont pas sourcés, on ne sait pas qui parle. C’est donc un instrument difficilement utilisable pour un historien aujourd’hui.

Quelle crédibilité peut-on accorder aux témoignages des voisins ?

Michaël Landolt : L’historien doit effectuer son travail. Il doit se poser les questions habituelles face à un témoin : celui-ci a-t-il vu les choses lui-même ? Ou lui a-t-on raconté les évènements ? Tout doit être analysé et on doit croiser les témoignages avec d’autres sources.

Cédric Neveu : Il faut prendre un temps au début d’un entretien pour recontextualiser le témoignage. Il faut que le témoin nous réexplique ce qu’il faisait quand il a vu ou vécu des évènements. Il doit nous dire où il se trouvait, ce qu’il faisait, à quelle époque… Cela nous donne des éléments et des détails qui vont nous permettre de jauger de la fiabilité du témoignage. On ne doit pas prendre pour argent comptant chaque parole, mais il ne faut pas non plus la rejeter d’emblée comme on l’a trop souvent fait. C’est le même protocole qu’on met en œuvre pour chaque document historique. Quand on constate par exemple le nombre d’erreurs que les nazis commettaient dans les documents administratifs, on prend conscience qu’on doit tout soumettre à la critique historique et croiser chaque témoignage. L’idéal c’est effectivement d’avoir plusieurs témoins et les faire parler ensemble. La vérité va parfois sortir quand chacun apporte un détail et corrige l’autre.

Pouvez-vous parler des actes de résistance qu’auraient effectué les civils au profit des détenus ?

Cédric Neveu : Les témoignages constituent l’unique source qui racontent ces faits. Il n’existe aucun rapport allemand qui affirme avoir puni un détenu car il a reçu de la nourriture d’un civil. Mais on n’a pas encore dépouillé tous les rapports de sanction établis dans le camp. J’ai trouvé un seul de ces rapports pour le camp annexe d’Obernai qui raconte qu’un détenu était tombé amoureux d’une habitante locale. Elle lui apportait de la nourriture et ils se donnaient rendez-vous. Les SS ont rédigé de longs rapports à ce sujet car ils pensaient que toute une organisation a été mise en place pour permettre ces rencontres.

Michaël Landolt : Ce sont des sources à prendre avec précautions car ce sont des versions établies par les SS pour justifier une sanction.

Cédric Neveu : Les témoignages sur les échanges qui ont pu avoir lieu à la carrière peuvent être authentifiés à partir du moment où ils racontent comment étaient organisée la carrière. Si la description qui est faite correspond à la réalité, on peut se dire que le témoignage est juste. Si on a que les témoignages de civils, on les mentionne en utilisant le conditionnel.

Michaël Landolt : Le cas du détenu Mainz est très intéressant car un SS a autorisé les rencontres entre le détenu et une habitante de la vallée. Après-guerre, des déportés vont rédiger un courrier pour que ce SS soit libéré de prison parce qu’il s’était bien comporté au camp. Cela corrobore le témoignage d’origine.

Comment dans un tel lieu de détention aussi surveillé, des détenus ont pu produire des objets de façon clandestine et les faire sortir ?

Michaël Landolt : Les détenus travaillent dans des ateliers, des menuiseries, des forges. Ils sont en contacts permanents avec des matériaux. Il faut faire attention lorsqu’on parle de fabrication clandestine car les détenus échangent avec les SS. Certains d’entre eux leur demandent de fabriquer des boites de cigarettes par exemple. Cela ne doit pas être fait sur leur « temps de travail », mais leur vie était ponctuée de moment où ils ne travaillaient pas. C’est pendant ces périodes qu’ils fabriquaient ces objets. Certaines choses étaient connues et tolérées par les SS.

Cédric Neveu : Les prisonniers étaient toujours plus malins que les gardiens. Certains d’entre eux étaient rigides et ne laissaient rien passer alors que d’autres étaient plus tolérants et profitaient de certaines compétences. Ce qui serait intéressant ce serait de reconstituer les circuits : qui fait quoi ? Qui récupère et qui exfiltre ? Contre quoi un SS échangeait un objet… ?

Michaël Landolt : Et puis il faut savoir ce qui était fabriqué. Une boite à cigarettes c’est plus facile, parce qu’on avait le droit de fumer dans le camp, mais fabriquer un objet interdit c’est différent. Un objet pour améliorer son quotidien de détenu comme une fourchette, ou un jeu c’était toléré, mais une production pour réaliser quelque chose d’interdit, ce n’est pas la même chose. Confectionner une scie pour scier un barreau c’était puni par exemple. Certains objets comme les boites à cigarettes sont réalisés au camp en série. Cela prouve qu’une organisation tolérée a été mise en place. Le coffre en bois est un cadeau clandestin qui est donné à une fillette par un déporté menuisier alors qu’elle est aux toilettes du camp. Il reste un travail à mener aujourd’hui, celui de contacter la famille de ce déporté qui vit en Bourgogne. Ce déporté est décédé en 2021, mais il faudrait interroger sa famille pour savoir si cet ancien détenu leur a raconté quelque chose au sujet de ce fameux coffre.

Cédric Neveu : Ce que raconte aussi l’histoire de ce coffre en bois, c’est que les SS n’ont pas fouillé des jeunes filles qui étaient tout de même entrées dans un camp de concentration. Cela prouve que tous les SS n’étaient pas aussi fiables que cela. Certains étaient de véritables fainéants, d’autres faisaient moins bien leur travail.

Quelles différences faites-vous entre histoire et mémoire ?

Cédric Neveu: Pour moi, histoire et mémoire son complémentaires. Il ne peut pas y avoir de mémoire sérieuse s’il n’y a pas eu de travail historique. Sans histoire, la mémoire peut être remise en cause. Et, l’inverse, faire de l’histoire sans une volonté de transmission, ça ne sert à rien. Le travail de l’historien doit pénétrer la société. La recherche permet la transmission pédagogique et doit réussir à faire entrer l’histoire dans la mémoire collective, qu’elle soit locale, familiale ou plus globale. Certaines associations ont parfois reproché aux historiens leur travail car elles se sont senties remises en cause. Des historiens ont aussi été très maladroits ou agressifs. La mémoire du STO est assez significative à ce sujet parce que les associations n’ont pas souhaité travailler avec les historiens ? De ce fait la mémoire du STO n’est pas présente dans la mémoire collective de la Seconde Guerre mondiale, ou, si elle l’est, c’est avec des aprioris très négatifs. On peut élargir cela aussi sur la question des incorporés de force. Il y a ensuite plusieurs moyens de transmettre. Les enseignants jouent un rôle très important car ils sont en contacts avec les jeunes et les incitent au travail de mémoire. Il existe aussi d’autres institutions : musées, mémoriaux qui œuvrent pour cela. La mémoire est évolutive et doit répondre à des attentes de la société. Si la mémoire est institutionnalisée et figée, elle peut être dangereuse car elle peut être manipulée.

Michaël Landolt : Le temps joue un rôle important. Tant qu’il y a des témoins qui ont vécu les évènements, on est dans une période de mémoire vive. Au bout d’un certain temps, les évènements entrent dans l’histoire, surtout après la disparition des témoins directs. Les actions mémorielles menées dans le camp aujourd’hui ne sont jamais déconnectées de l’histoire. Pour chacune d’elle, on a le souci d’y associer un travail historique et pédagogique. Chaque discours qu’on prononce s’appuie sur un travail historique dans lequel on recontextualise ce qu’on commémore. La mémoire peut surreprésenter des faits ou mettre en avant des phénomènes ponctuels pour les ériger en généralités uniques, alors que les choses doivent être nuancées. Dans les familles dans lesquelles les déportés n’ont rien raconté, leurs enfants se sont souvent imaginés des éléments de leur vécu ou en ont reconstituées d’autres par petites bribes. Cela est à l’origine ensuite de conflits. Quand on leur apporte la vérité historique, ce n’est pas toujours accepté, mais de plus en plus, les descendants arrivent à prendre du recul.

Quels sont les apports de l’archéologie pour l’histoire du camp ?

Michaël Landolt : On a pu enfin mettre en lumière l’évolution de la topographie du camp et la chronologie des aménagements. On reconstitue l’évolution des différents espaces. On a découvert des éléments sur le travail pour avoir une meilleure connaissance de la chaine opératoire. On en sait plus sur la vie quotidienne des détenus et des SS grâce aux objets qu’on découvre. L’histoire économique du camp est plus sûre également. Et puis, on a éclairé l’histoire du site après la période concentrationnaire. On sait comment les lieux ont été réutilisés une fois les nazis partis. On entre ainsi dans une démarche d’authenticité. Enfin, les découvertes archéologiques nous permettent de retracer l’histoire d’individus.

Quel est l’intérêt d’un film comme la Ligne Bleue ?

Cédric Neveu : Il replace le camp dans son environnement et dans son territoire et donne la parole à des personnes qu’on n’avait encore jamais entendues. Il met en avant les contacts avec les civils et replace pour la première fois le camp dans sa dimension locale. C’est très intéressant. On a l’habitude d’insérer les camps de concentration dans un système global et international, mais on ne les replace que très peu dans leur microcosme local. Depuis le tournage, on récupère des objets, des archives et on les sauvegarde.

Michaël Landolt : Le film a permis de renouer le contact entre le Mémorial et son secteur proche. Il montre comment le camp était en contact avec son territoire local. Il y a le film, mais également les rushs qui vont devenir des sources historiques essentielles. Et puis d’avoir quelqu’un d’un peu neutre dans la région en la personne de Marie Dumora, cela a permis de créer des contacts inédits. On a maintenant des témoins directs âgés qui figurent dans ce film qui nous ont raconté des choses surprenantes et totalement inconnues.

 

lundi 8 juin 2026

La Muette. Drancy, un camp aux portes de Paris, Par Valérie Villieu et Simon Géliot, La Boite à Bulles, 2025


« C’est loin Pitchipoi ? » demande la petite fille, tête rasée, à l’homme assis par terre. Ce dernier tente de distraire ces tout jeunes enfants arrivés dans le camp de Drancy, souvent seuls, leurs parents ayant déjà été déportés quelques semaines auparavant. Depuis les grandes rafles de l’été 1942, les nazis acheminent en effet les dizaines de petites filles et de petits garçons qu’on avait d’abord enfermés dans les camps du Loiret. On ne prend plus le risque désormais de recréer cette situation devenue ingérable pour les bourreaux : envoyer des parents à la mort sans se soucier du destin de leurs enfants. Désormais, ce sont des familles entières qui arrivent dans la cité de la Muette, reconvertie pour devenir l’antichambre des centres de mise à mort situés à l’Est de l’Europe.

Pitchipoi, c’est le nom d’un lieu où la vie est meilleure dans la tradition juive. Ne sachant ni pourquoi ils sont enfermés, ni jusque quand et encore moins ce qui va advenir d’eux, les Juives et Juifs parqués à Drancy tentent de se rassurer en imaginant qu’on va les emmener dans un ailleurs où tout ira mieux pour eux. Car depuis son ouverture le 20 août 1941, le camp de Drancy est devenu un véritable enfer. Cette cité, initialement aménagée pour offrir un nouveau confort aux ouvriers de la région parisienne au début des années 1930, n’a jamais été achevée. Ces immeubles disposés en U arrangent bien l’occupant : il suffit d’apposer une clôture pour fermer le lieu et en faire un espace de détention. Les appartements, sans aucune installation de chauffage ou d’eau courante feront de parfaites cellules dans lesquelles les gendarmes français, aux ordres des nazis, pourront enfermer et surveiller facilement des centaines de personnes.


Dès les premières rafles de 1941, l’arrivée de plusieurs milliers d’hommes dans ce camp entraine de dramatiques problèmes sanitaires. La malnutrition affaiblit les corps, les conditions d’hygiène absolument catastrophiques rendent malades et favorisent le développement de la vermine et des épidémies. Les mauvais traitements infligés par les gardiens, sous la direction de Dannecker, achèvent de meurtrir des corps déjà bien amochés par le froid.

Mais Drancy devient un camp de déportation. C’est d’ici que vont partir plus de 70 convois en direction d’Europe de l’Est et des chambres à gaz d’Auschwitz. Il faut atteindre les quotas fixés par les nazis. Au fil des jours, on sélectionne celles et ceux qui partiront le lendemain vers une destination inconnue. On assiste à des scènes déchirantes de séparation car les moins dupes savent qu’ils ne reviendront jamais vivants en France. Quand il faut accélérer la « solution finale », on fait venir des organisateurs plus efficaces : à Dannecker, succède d’abord Röthke, puis le terrible Aloïs Brunner qui s’est illustré dans la zone libre, finalement envahie par les nazis après le débarquement allié en Afrique du nord. A ces horreurs se superposent aussi celles liées à la politique des otages. Pour chaque acte résistant commis à l’extérieur, les nazis viennent prélever quelques dizaines d’hommes qu’ils fusillent entre autres dans la clairière du Mont Valérien.

Dans le camp, chacun tente de survivre, les uns en organisant une certaine solidarité, d’autres en participants aux cotés des nazis à son administration. Ainsi, on voit certains prisonniers devenir membres du service d’ordre, d’autres traducteurs, quant à ceux qui sélectionnent dans leur propre communauté ceux qu’on destine à alimenter les futurs convois…

Le personnage principal de ce magnifique roman graphique est bien évidemment le camp lui-même. On le voit se nourrir des prisonniers, on le voit évoluer, se transformer. Mais plein de personnages y évoluent au grès de micros épisodes de survie dans cet enfer. Beno, raflé en 1941 qui attend désespérément des nouvelles de sa femme ou Jean qui a eu l’idée folle de participer à la création de ce tunnel presque terminé et qui aurait permis une évasion. Par l’intermédiaire de ces hommes, de leurs discussions, de ce qu’ils apprennent sur « Radio chiotte » ou par la bouche des nouveaux arrivants, on devine l’évolution de ce qui se passe à l’extérieur du camp : port de l’étoile jaune obligatoire, situation militaire… Des lettres réelles sont également reproduites et permettent de comprendre les relations entre le camp et l’extérieur.

Le rôle de gendarmes français qui ont agi en tortionnaires dans cet endroit est raconté de façon crue et sans filtre : violences, dénonciations, marché noir, échange de conditions de vie à peine meilleures contre certaines faveurs sexuelles…

Pourra-t-on faire mieux sur le sujet ? C’est loin d’être sûr tant tout est soigné, que ce soit dans le scénario, ou dans le découpage et les choix graphiques. La teinte gris bleuté s’adapte parfaitement au propos des auteurs.

Quand Jean, violemment tabassé par un nazi pour le punir d’avoir tenté de récupérer une photo de sa compagne, raconte au petit Michel qu’il va retrouver ses parents à Pitchipoï, ce dernier le regarde dubitatif. « Pitchipoï ? », il semble ne jamais en avoir entendu parler. Pour cause, Pitchipoï n’existe pas. A l’autre bout du chemin de fer, à des milliers de kilomètres de Drancy, il n’y a pas de Pitchipoï. Là se trouvent des usines à tuer où périrent des dizaines de milliers de Juives et de Juifs français et des millions de leurs coreligionnaires européens.

mercredi 20 mai 2026

Beate et Serge Klarsfeld. Un combat contre l'Oubli par Pascal Bresson et Sylvain Dorange

 


« La montée de l’extrême droite dans certains pays de l’Union européenne est inquiétante ». Cette phrase placée dans la bouche de Serge Kalrsfeld à la toute fin de ce roman graphique par les auteurs résonne aujourd’hui de manière presque polémique. Les déclarations et actions de certains des membres de la famille Klarsfeld questionnent au point de cliver les commentateurs. Les traumatismes personnels ont ressurgi après les massacres du 7 octobre 2023 et d’autres enjeux politiques ont du passer par là, à tel point qu’on oublie parfois l’œuvre réalisée par Serge et Baete dans la construction de la mémoire des victimes de la Shoah et dans la dénazification de l’Allemagne et de l’Europe. Ce livre vient rappeler leur combat contre l’oubli.

Tout commence par une magistrale gifle assénée par Beate au visage du chancelier Kiesinger. Alors que ce dernier siège au 16ème congrès de la CDU en 1968, il prend la claque de sa vie, et certainement celle de la vie de Beate, qui a réussi à franchir tous les contrôles de sécurité. Depuis quelques temps, il lui était impossible d’accepter qu’un ancien responsable nazi puisse diriger l’Allemagne. Plus généralement, avec le rapprochement franco-allemand réalisé dans le cadre de la construction européenne, ce sont les grâces, les amnisties et l’impunité qui en découlent qui révoltent la jeune allemande.

Il faut dire que depuis quelques années, elle est en couple avec Serge, un Juif français rescapé de la Shoah, mais dont une grande partie de la famille a été assassinée. Ensemble il se sont donné des missions. Le premier, entretenir la mémoire des disparus français, assassinés dans les centres de mise à mort nazis ; la seconde, redorer l’image de l’Allemagne en regardant son passé en face et en empêchant d’anciens criminels d’échapper à la justice et d’accéder à des postes politiques.

Tous deux consultent les archives et instruisent des enquêtes pour retrouver les chefs nazis qui ont fui en Amérique du Sud, ou qui sont restés en Allemagne sans y être inquiétés. Après avoir réuni suffisamment de preuve pour les confondre devant un tribunal, il s’agit de retrouver les nazis exilés, les ramener légalement ou illégalement sur les lieux de leurs méfaits pour les juger. 

C’est ainsi qu’ils purent traquer Kurt Lischka, ancien chef de la Gestapo de Paris, Leguay, Bousquet, Touvier et autre Papon. Mais leur meilleure prise, car pour certains la mort avait frappé avant le procès, fut certainement celle de Klaus Barbie, enfui au Pérou et en Bolivie. Celui qui a été surnommé le Boucher de Lyon, responsable de la déportation et de l’assassinat des enfants de la colonie d’Izieu ou de la torture et de l’assassinat de Jean Moulin, a été ramené en France pour être jugé et condamné à la prison à vie par le tribunal de Lyon.

Le roman graphique de Pascal Bresson et Sylvain Dorange met en lumière, par un savant jeu de flashbacks, la manière dont se sont rencontrés Serge et Beate ; l’histoire tragique de l’arrestation et de l’assassinat du père de Serge, la manière dont ils ont enquêté sur les nazis, les prises de risque de Beate qui n’hésite pas à se rendre dans les dictatures sud-américaines pour accuser et tenter de demander l’expulsion des criminels nazis qui s’y cachaient. Le rôle de la presse est bien mis en avant aussi, ainsi que les liens avec des politiques ou futurs hommes politiques engagés dans les combats pour la dénazification de la France, de l’Allemagne et de la vie politique en général. C’est baigné dans les couleurs des années 1960/1970 qu’on suit l’itinéraire atypique de ce couple qui n’a jamais baissé les bras, même quand les situations pouvaient s’avérer particulièrement dangereuse.

Est-ce que la lecture de cet ouvrage ferra oublier les tristes épisodes ou phrases de ces dernières années ? Peut-être pas, mais en tout cas, il remet en lumière les actions du couple Klarsfeld qui ont été pendant de très longues années des justiciers, des chasseurs de nazis, des historiens et des passeurs de mémoire.  

mercredi 14 janvier 2026

Struthof. Un camp pour épurer l'Alsace, par Frédérique Neau-Dufour, La Nuée Bleue


S’il y avait un livre nécessaire, c’était bien celui-ci. Depuis tant d’années circulent les rumeurs, les fausses informations et les contre-vérités sur cette si complexe période de l’épuration. C’est essentiellement dans les milieux autonomistes que se sont répandues ces fake-news sans qu’aucun contre-discours ne leur était jusqu’alors apporté. C’est enfin chose faite par l’historienne Frédérique Neau-Dufour qui s’est plongée pendant de longues années dans les archives de l’épuration, celles de la gendarmerie et dans des archives privées, confiées par les descendants de celles et ceux qui ont été enfermés au Struthof entre 1944 et 1945. C’est pendant cette année que le camp de concentration de Natzweiler est devenu le camp d’internement administratif du Struthof.

 En réutilisant quelques anciens décrets, le gouvernement provisoire de la République française a voulu sécuriser le territoire français et épurer l’ancienne région annexée, fraîchement libérée, alors que la guerre était encore loin d’être terminée. En insistant sur ce fait, et sans en nier les dérives, l’historienne retrace dans un premier temps la dure transition qui s’est faite pour reconvertir le camp nazi en instrument d’épuration. Des décennies plus tard, il est aisé de remarquer que l’idée n’était peut-être pas la meilleure. Cependant, c’est parce que les combats continuaient à faire rage que le pragmatisme primait sur le reste. Cette installation carcérale était bien pratique pour enfermer ceux qu’on considérait comme de dangereux ennemis.

Mais dans une région annexée et rattachée au Reich hitlérien, les choses n’allaient pas se faire sans encombre. Les Allemands venus peupler le territoire alsacien devaient être les premiers internés. Hommes, femmes, enfant, nourrissons et vieillards remplissaient des baraquements en attendant leur extradition vers leur pays d’origine. Dans cette masse de personnes, comment distinguer les vrais nazis des Allemands qui étaient là par simple volonté ou opportunité ? Quelques semaines plus tard, arrivent plus d’un millier d’Alsaciens considérés, à tort ou à raison, comme trop proches des Allemands. Dès lors coexistent ici deux mondes qui ne s’entendent pas forcément et qui sont encadrés par un personnel peu formé.

Quatre commandants se succèdent à la tête du camp. Tous doivent faire face à des difficultés de gestion du lieu : manque de personnel qualifié pour assurer la surveillance honnête des internés, manque de nourriture et d’approvisionnement en matériel, violences, vols et abus entous genres. L’alcoolisme et les désirs de vengeance touchent certains des gardiens. En tout, ce sont près de 8000 détenus qui ont été enfermés dans des conditions souvent difficiles dans un camp ou règne un ennui sans borne.

Le commandant Rofritsch est celui qui a laissé le plus de traces dans l’imaginaire collectif. Et pourtant c’est lui qui, sous une poigne de fer certes, a amélioré les conditions d’existence dans ce lieu. Frédérique Neau-Dufour dépeint un militaire acharné et brutal, mais qui réussit tout de même à faire venir du matériel, des médecins et de la nourriture au camp.

Après un an d’existence, le camp d’internement laisse place à un centre pénitentiaire, une prison, dans laquelle ce sont cette fois des personnes dont la collaboration a été avérée qui y purgent leur peine ou qui attendent leur procès. Les innocents, enfermés ici auparavant par erreur ou après une fausse dénonciation, sont censés avoir été libérés. Mais l’expérience de l’internement leur colle durablement à la peau et leur image est dégradée pour longtemps. Certains, pour qui cela est devenu insupportable, se suicident quelques temps après leur libération.

Un imaginaire fait de mythes, de fantasme et d’erreurs est né. Il est récupéré et amplifié par une frange assez importante de militants qui, jusqu’à nos jours, colportent et amplifient cette légende qui vise à faire croire qu’au Struthof, les Français se sont comportés de façon encore pire que les nazis. Un épisode reste gravé dans les esprits, celui qui a eu lieu le 27 janvier 1945, où, pour la première fois, des Alsaciens intègrent le camp, sous les violences des FFI. Frédérique Neau-Dufour consacre une part importante de la dernière partie du livre à remettre de la vérité et à contrer « les bobards » de ceux qui instrumentalisent les erreurs et les mensonges du passé à des fins haineuses (négationnisme, terrorisme…).

Un livre nécessaire, disait-on, qui participe d’une série de recherches fiables et objectives et qui renouvellent l’historiographie du camp de concentration de Natzweiler et qui éclaire sur la période qui a suivi la période nazie. Plus généralement c’est aussi sur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale en Alsace et sur l’épuration en France que le lecteur est renseigné.

mercredi 16 avril 2025

Cédric Apikian et Denis Rodier, La 3ème Kamera, Glénat, Paris, 2024





Cédric Apikian et Denis Rodier, La 3ème Kamera,
Glénat, Paris, 
2024

Au printemps 1945, l’Allemagne nazie est défaite. Berlin est en ruines. Des monceaux de gravas bordent des rues cabossées dan lesquels les alliés circulent au péril de tomber sur quelques embusqués qui n’acceptent pas la défaite et sont prêts à se battre jusqu’à la mort pour un Führer qui est en passe de se suicider dans son bunker.

C’est dans ces ruines qu’un officier nazi se planque avec sa bande d’acolytes. Il n’en n’a pas fini avec ceux qu’ils considèrent comme ses ennemis et avec les Werwolf, ces irréductibles qui refusent de rendre les armes, il poursuit le combat à son échelle, entrainant des militaires dans les bas-fonds berlinois pour leur régler leur compte. Mais si Strauss se cache, c’est aussi parce qu’il a, comme de nombreux SS, du sang d’innocent sur les mains et il craint d’être attrapé par l’armée ennemie qui prépare le procès de Nuremberg.

                                       

Dans ce monde sauvage où règlement de compte et loi de la jungle règnent, Krabe, un autre allemand, déambule, un appareil photo en bandoulière. Il tient à ce précieux objet qui intéresse les alliés. Il s’agirait peut-être de la 3ème Kamera, comme on avait tendance à surnommer ce troisième appareil avec lequel les membres du service de la propagande nazie prenaient des clichés inofficiels. Contiendrait-il des documents susceptibles d’apporter les preuves indiscutables de la culpabilité des chefs nazis qui allaient comparaitre devant la justice internationale ?

Dans un époustouflant théâtre postapocalyptique de fin de Seconde Guerre mondiale, Cédric Apikian au scénario et Denis Rodier au dessin (qui s’était déjà illustré dans l’excellent roman graphique La Bombe qui retrace l’histoire de l’arme atomique), entrainent le lecteur dans une enquête pleine de suspens et de rebondissements, jusqu’au dénouement final assez inattendu. Une version couleur existe, mais l’édition collector noir et blanc donne une vraie profondeur et une immense force à l’ensemble.


                                      

Trois grandes thématiques historiques émergent de ce roman graphique. La première, et peut-être la plus connue, est celle de la traque des chefs nazis alors que la guerre n’est pas encore totalement finie. Des commissions d’enquête cherchent des preuves accablantes afin de préparer un procès inoubliable qui était censé donner une leçon d’humanité au monde pour que de telles horreurs ne puissent se reproduire. Moins connues, est celle des photographies inofficielles prises par des membres de la SS sur les lieux d’assassinat en Europe de l’Est. Ces photographies, très largement diffusées et utilisées dans toutes les classes de France et d’ailleurs sont souvent exhibées sans qu’on en explique l’arrière du décor au sens propre du terme, à savoir qui est derrière l’objectif, et quelles sont les circonstances et les raisons de ces prises de vues.

                                       

Les Werwolf enfin sont mis en avant, non pas pour être glorifiés, mais pour montrer à quel point de fanatisme et de manipulation ils ont été soumis pour donner leur vie à un Führer, qui, même mort, continuait de soumettre ces jeunes garçons à son idéologie mortifère dont personne dans son camp n’est ressorti vainqueur.

dimanche 13 avril 2025

Robert Morales (scénario) & Kyle Baker (dessin), Captain America : la vérité, Panini Comics, Nice, 2025.


 

Robert Morales (scénario) & Kyle Baker (dessin), Captain America : la vérité, Panini Comics, Nice, 2025.

La vérité, en Histoire, est une notion pour le moins discutée et éparpillée pour le dire d'une manière simple.

La vérité ? L’histoire contemporaine des Etats-Unis n’a pas été écrite que par de « vrais » Américains Blancs Anglo-saxons et Protestants. John Basilone, sergent du corps des Marines, véritable Captain America de la bataille de Guadalcanal, mort au combat à Iwo Jima et récipiendaire de la Médaille d’Honneur et de la Navy Cross, ce brave gars est le sixième d’une famille de dix enfants dont le père est un immigré italien et la mère issue de l’immigration italienne.

La vérité ? Jacob Kurtzberg AKA Jack Kirby l’un des deux pères du Captain America des comics est issu d’une famille juive immigrée et a également servi dans l’US Army en Europe pendant la Seconde Guerre Mondiale. Comme de nombreux artistes de comics de l’âge d’or ou de l’âge d’argent, il est enfant d'immigrés et cela transparaît dans ses créations. Si le wokisme existe, les comics ont toujours été woke parce que pensés, conçus et réalisés par des créateurs qui cherchent à montrer leur attachement à leur terre d’adoption. Siegel et Schuster en sont les exemples les plus parlants avec leur « Super-immigré » rescapé de Krypton qui porte haut la vérité, la justice et les valeurs si chères aux Américains !

La vérité ? Le très aryen Steve Rogers n’est pas le premier Captain America. Dans ce récit en sept chapitres, en 1942, un régiment de soldats afro-américains sert de cobayes à l’armée américaine qui cherche à mettre au point un sérum du super-soldat afin de pouvoir déployer sur les champs de bataille des super-soldats à même de vaincre les nazis ou les Japonais. Isaiah Bradley est l’un de ces soldats envoyés au camp Cathcart dans le Mississippi. Au quotidien, il est victime du racisme ordinaire de la société américaine des années 1940. Patriote et volontaire, il se soumet aux tests opérés sur lui et ses camarades. Nombre d’entre eux meurent après injection du sérum. Isaiah survit et son corps se transforme. Il devient un super-soldat, super-fort, super-agile, super-motivé. Il vole le costume de Captain America et gagne l’Europe où il combat les nazis, découvre l’horreur des expérimentations médicales dans les camps de concentration ainsi que les chambres à gaz…



 La vérité ? Laissé pour mort et abandonné aux mains des nazis, Isaiah est incarcéré par l’administration Eisenhower pour avoir volé le costume bariolé du héros américain non sans avoir été conduit devant Hitler et Goebbels lors de son emprisonnement en Allemagne. Souffrant des séquelles liées aux expérimentations médicales, Isaiah est proprement jeté à la poubelle par Uncle Sam et condamné à être oublié… Jusqu’en 2003 !

La vérité ? Publiée initialement en 2003 sous le titre Truth : Red White & Black, cette série écrite par le journaliste Robert Morales s’inspire de l’étude de Tuskegee sur la syphilis et des expérimentations illégales pratiquées sur des patients afro-américains par le Service de Santé publique des Etats-Unis à partir des années 1930. Ce scandale sanitaire est révélé dans les années 1970. Il n’est qu’un des nombreux mauvais souvenirs qui pèsent sur la conscience états-unienne. Kyle Baker, cartooniste et dessinateur, met son trait caricatural au service de cette histoire certes fictive mais qui s’applique à illustrer de manière très vivante le racisme de la société des Etats-Unis au cours des années 1940. Le trait très expressif tranche avec la couverture très super-héroïque signée Joe Quesada mais elle ne gâche pas la lecture du présent ouvrage. En fin d’album, pour chaque chapitre, des notes viennent expliciter les sources et références historiques et permettent d’ancrer le récit dans le contexte très discriminant de la Seconde Guerre Mondiale.

   

La vérité ? Le Marvel Cinematic Universe (MCU) n’a rien d’une pierre philosophale et ne parvient pas à transcender le matériau comic-book pour en faire des métrages d’exception à même de secouer le public et de l’amener à se questionner. Isaiah Bradley apparait dans le tout récent Captain America Brave New World, métrage qui n’a pas atteint les sommets espérés au box-office. La réédition du présent ouvrage n’est pourtant pas une mauvaise chose en 2025. Alors que l’administration Trump s’est lancée dans une grande entreprise de « purification » du récit national états-unien, ce grand et bel ouvrage est un très beau et bienvenu rappel des racines beaucoup plus bigarrées et métissées de la société américaine que celles tant vantées et fantasmées par tous ces mâles alphas blancs plus ventripotents qu’autre chose ! Réinjecter un peu de Rouge ou de Noir dans l’Histoire des Etats-Unis ne semble pas complètement insensé par les temps qui courent !

La vérité ? Où est l’Axe du Mal dans ce récit dans lequel les expérimentations du gouvernement américain sur les soldats afro-américains ne diffèrent pas trop de celles menées par les nazis sur les juifs d’Europe !?! Bonne question... Sous ses apparences parfois grossières et cartoonesques, le présent récit pointe plus de choses du doigt qu’il n’y paraît et invite son lecteur à réfléchir, s’interroger, se renseigner sur nombre de choses.

Make America Red, White and Black Again ? Yep ! Gommer de l'Histoire des Etats-Unis les récits dits clivants pour ne conserver qu'un récit célébrant l'unité, c'est refuser de se confronter à des épisodes douloureux et à des clivages bien présents aujourd'hui encore, c'est aussi se renier soi-même et s'enfermer dans une sorte de fable mensongère sur ses origines et sur l'histoire de son pays... Pas forcément un choix très heureux... Et certainement pas un modèle à suivre !