Le masculinisme est aujourd’hui la dérive radicale qui inquiète
le plus les autorités au point qu’un rapport d’information a été rédigé par
trois sénatrices. Leurs conclusions ont été rendues fin juin 2026. L’ouvrage proposé
par Stéphanie Lamy montre comment est apparu ce phénomène qui irrigue aujourd’hui
tout forme de radicalités et abreuve de haine les extrémismes de tout bord. A
la fois instructif et inquiétant, il met en lumière les origines et les idées
de ceux qui se sentent attaqués dans leur identité d’homme, au point de réagir
violemment contre les femmes et toutes les personnes qui soutiennent leur
mouvement d’émancipation et de défense de leurs droits.
L’ouvrage débute par une mise à jour sémantique en précisant
la différence de sens entre le sexisme, la misogynie et le masculinisme. Alors
que le sexisme est un ensemble d’actes et de paroles visant à démontrer que les
femmes sont inférieures aux hommes, la misogynie constitue une véritable haine
contre le genre féminin, qui peut mener à des rejets et des violences. Le
masculinisme franchit un degré supplémentaire. Il s’érige en un mouvement de
défense qui vise à attaquer les femmes et ceux qui défendent leurs droits. C’est
en quelque sorte une réaction identitaire au féminisme. Le masculiniste prône la
violence pour « maintenir, voire renforcer la domination des hommes sur
les femmes et les minorités de genre ».
La dangerosité des idées masculinistes n’est constatée que
depuis peu, alors qu’elles existent depuis plusieurs décennies et sont à l’origine
de faits de violences particulièrement graves, voire d’attentats terroristes
meurtriers. La chercheuse explique cela par le fait que les services
répressifs, policiers ou judiciaires qui sont chargés d’enquêter et d’instruire
les affaires relevant du terrorisme sont essentiellement entre les mains d’hommes
qui n’ont pas su, ou voulu, considérer l’idéologie masculiniste comme il se devait.
En relisant des actes terroristes à travers le prisme de ses travaux, elle prouve
qu’on n’a pas toujours su identifier les origines masculinistes de certaines
tueries de masse.
Stéphanie Lamy constate aussi avec dépit que les vecteurs de
diffusion des idées masculinistes sont complètement dérégulés et poursuivent
leurs activités sans aucun frein ni aucune sanction. Ainsi la haine contre les
femmes est diffusée sur les plateformes de jeux vidéo, par des influenceurs
virils qui louent le culte du corps ou sur les réseaux sociaux. Comment peut-on
continuer d’accepter cela alors que d’autres propos violents qui émanent d’autres
radicalités sont interdits et condamnés ?
La dernière partie du livre est un panorama de la « masculinosphère ».
On y découvre toutes les tendances et groupes nés des idées masculinistes.
Certains groupes paraissent totalement excentriques (les chamaniques, les
Hoteps), alors que d’autres sont plus connus (Incel, MGTOW). Classés en quatre
grandes tendances, les primitifs, les tradis, les relationnistes les
performatifs, tous ont en commun de promouvoir la haine et la violence verbale
et physique à l’encontre des femmes. L’auteure présente pour chaque groupuscule
les idées qui unissent ses membres, leurs moyens d’action (appels au viol, au
meurtre), et les faits qui se sont produits depuis les années 1960. On ressort
de la lecture de ce petit ouvrage avec la sensation d’urgence et la conviction
qu’il faut agir vite tant à l’époque dans laquelle on vit, on sait que beaucoup
de jeunes sont sensibles et sont en quête d’identité. Ils deviennent des proies
faciles pour des « gourous » qui peuvent aisément les happer dans
leur giron en mettant en avant leur qualité d’homme et le danger que les femmes
représentent pour eux.

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