mercredi 18 février 2026

Batman vs Trump : le combat du siècle ?

 

“Mr. Trump?” inquired the lens-wielding William.

“Yes?” said The Helicopter Don.

“Are you Batman?”

“I am Batman.”

#battrump

En 2015, lors d’un rassemblement politique en Iowa, Donald Trump, répondant à la question d’un enfant de 9 ans, a reconnu qu’il était le Batman… Un personnage comme Trump, aussi haut en couleurs que narcissique, se rêve bigger than life et ne peut que s’identifier à ce playboy millionnaire qui combat le crime la nuit venue. Avant même son entrée en politique, le golden boy a fait de nombreuses apparitions au cinéma ou à la télévision (Maman j’ai encore raté l’avion, Le Prince Bel-Air, Spin City…). Trump et la culture populaire ont une longue histoire commune. Son entrée en politique et son premier mandat présidentiel lui ont permis d’apparaître dans des comics. Pas à la manière d’un Barack Obama lorsque Joe Quesada était à la tête de Marvel Comics mais d’une manière plus… critique dirons-nous. Nous vous renvoyons à un précédent article sur The Dark Knight Returns – The Golden Child. Pour mémoire, Frank Miller et Rafael Grampa y font apparaître le candidat à un second mandat présidentiel sous les traits d’un agent du chaos manipulé par le Joker et le grand méchant Darkseid. Toute similitude avec des personnes existantes ou ayant existé n’est pas fortuite du tout !

 

Dans le petit monde des comics, la réélection de Donald Trump en novembre 2024 a été diversement accueillie. L’historique scénariste Mark Waid a fait part sur les réseaux sociaux de sa grande déception et de ses doutes quant à sa capacité à garder confiance en les idéaux super-héroïques que sont la Vérité, la Justice et l’American Way… Le lecteur attentif a pu noter que ça et là, dans les comics de l’éditeur de Batman, DC Comics, apparaissaient quelques formes de critiques ou de piques à l’encontre de la ligne gouvernementale trumpiste. Un petit propos sur l’importance du métier de journaliste dans une série de Superman qui vient contredire la haine affichée de Trump pour les « journalopes ». L’utilisation de l’intelligence artificielle et des médias sociaux par une antagoniste dans le but de dénigrer les superhéros et de les rendre détestables aux yeux du public peut raisonner avec les vidéos partagées par le POTUS qui se voit bien en train de déverser des excréments sur des manifestants qui s’opposent à sa politique…

 

Forcément, le « I am Batman » lancé par Trump en 2015 a marqué les esprits de certains créateurs de comics qui depuis 2024 entendent exprimer leur mécontentement ou leur opposition et faire réfléchir ou réagir leurs lecteurs. Dans un univers somme toute très conservateur comme celui des comics, ces prises de position sont aussi courageuses que notables. Le scénariste britannique Simon Spurrier est très direct dans sa préface à Hellblazer : Dead in America.

« Un candidat vient de remporter une élection présidentielle en se présentant ouvertement comme un conservateur de droite extrémiste, sans aucune nuance. Pour ceux qui constituent sa nette majorité, la simplicité prime sur la vérité. (…) On sent qu’il y a quelque chose dans l’air. Pour moi, cela sent la fumée. »

Et le scénariste jette après cela le désabusé John Constantine sur les routes états-uniennes à la recherche de grains de sable magiques dérobés à Oneiros/Sandman. Et au gré d’un roadtrip baignant dans la magie et la sorcellerie, Spurrier égraine les nombreux aspects de l’Histoire états-uniennes en cours de réécriture par l’administration Trump. Immigration, intégration, rêve américain, fables westerniennes… Tout y passe. Et alors du côté de Gotham-city ? Est-ce que ça bouge ? Est-ce que ça tabasse Trump ?

Chip Zdarsky (scénario), Jorge Jimenez & Tony S. Daniel (dessin), Batman Dark City Tome 6 : Cité mourante, Urban Comics, Paris, 2025.

La situation n’est pas glorieuse à Gotham ! Batman n’a plus la cote ! Un nouveau super-héros, tout étoilé et patriote comme personne, le supplante dans le cœur des citoyens et reçoit l’appui du nouveau commissaire de police. Le Commandant Star entend sauver la ville du chaos et lui rendre sa grandeur passée ! Le maire de Gotham a été assassiné et un oligarque russe manœuvre pour faire élire un homme de paille. Quant à Bruce Wayne, ses initiatives pour assurer un accès aux soins médicaux pour tous sont vivement critiquées par de violents manifestants qui l’accusent d’être un rouge œuvrant à la destruction de Gotham !

 

Ingérence russe, patriotisme exacerbé, discours haineux contre les rouges ou gauchistes… Tout cela fait furieusement référence à l’actualité politique états-unienne. Alors bien entendu, le Batman va parvenir à faire triompher la vérité. Les manœuvres du méchant Russe vont être stoppées. Les émeutiers vont être calmés. Les manipulations vont être dévoilées. Le Commandant Star va être démasqué : il s’agit de KGBeast ! Super-vilain russe lui aussi qui sous couvert de discours patriotiques ne désire que semer le chaos !

La fiction imite et reflète la réalité et Zdarsky invite le lecteur à se montrer prudent face à certains discours. Jack Kirby et Joe Simon expriment leur souhait de voir les Etats-Unis entrer en guerre contre Hitler en 1941 et pour cela créent et mettent en image un Captain America qui cogne Hitler. La démarche de Chip Zdarsky est comparable. Les souvenirs de l’assaut du Capitole de 2021 et des désordres causés par les partisans de Trump sont toujours présents. La menace russe se précise. Clairement Batman se pose comme adversaire des conservateurs de droite extrémistes ! Mais le Dark Knight peut frapper plus fort encore !

Daniel Warren Johnson (scénario et dessin), Absolute Batman Annual 1, DC Comics, Burbank CA, 2025.

Le scénariste Scott Snyder est à l’origine de la création d’un nouvel univers super-héroïque DC en 2024. La ligne Absolute réinvente les grands héros de l’éditeur en les transformant en outsiders ou carrément en working-class superhero pour le justicier de Gotham. Superman est un alien réfugié issu d’une caste de travailleurs kryptoniens qui lutte secrètement pour les masses opprimées et exploitées. Wonder-Woman est la dernière des Amazones élevée aux Enfers par Circé. Le Martian Manhunter parasite l’esprit d’un agent du FBI et combat la mauvaise influence d’un Martien Blanc télépathe dans des quartiers populaires où vivent des minorités. Bruce Wayne est un ingénieur du BTP qui utilise son intellect et sa force physique pour mettre au pas de riches oisifs criminels. Le changement de paradigme est intéressant. Les réinventions sont astucieuses et cette relance des superhéros rencontre un grand succès auprès du public comme des critiques.

Et là, DC Comics marque un grand coup en cette fin d’année 2025. Dans un numéro spécial d’Absolute Batman confié aux bons soins de l’artiste vedette Daniel Warren Johnson, l’éditeur entend raconter les débuts de ce working-class superhero. Comment a-t-il acquis son Bat-truck mais surtout comment a-t-il affronté une milice d’extrême-droite raciste et suprémaciste ? Les luttes entre superhéros et Ku Klu Klan sont aussi vieilles que le genre super-héroïque. Des dessinateurs et scénaristes issus des minorités ne pouvaient que prendre position contre les discours haineux suprémacistes. Superman, Black Panther, Batman ou Mister Terrific ont déjà eu maille à partir avec des racistes encagoulés. Le projet très punchy de Daniel Warren Johnson est sans doute un peu plus engagé et militant.

 

Confier un numéro spécial du best-seller de l’année à une star montante des comics de moins de quarante ans est une chose qui se défend d’un strict point de vue éditorial. C’est un bon coup marketing. Laisser à ce fan de catch la possibilité de jouer avec un très lefty héros opposé à de très MAGA antagonistes relève du geste politique. Et franchement la double page montrant le Batman brisant le bras d’un facho faisant un salut suprémaciste vaut son pesant de cacahuètes ! Mais surtout cette double page est un écho et une réponse brutale au geste d’un certain techno-milliardaire lors d’un meeting de janvier 2025 peu après la seconde investiture de Trump. 

La Batman de Daniel Warren Johnson est large d’épaules, badass en diable, bien énervé et clairement antifasciste. Lors de la dernière New-York Comic-con, l’artiste a été plus loin en croquant son Absolute Batman en train de tordre le cou à l’un des membres de l’I.C.E., l’United States Immigration and Customs Enforcement. Ce geste de l’artiste n’a pas été du goût de tous. Le légendaire scénariste Chuck Dixon (Punisher War Zone) a demandé au très chrétien et conservateur dessinateur Sergio Cariello de montrer un Batman castagnant un antifa pour répondre à cette « provocation » de Daniel Warren Johnson… Hé oui ça tabasse dans les comics et en coulisses dans le petit monde des comics ! 

Mais si nous nous en tenons aux comics publiés par DC, à savoir Absolute Batman ou la série Batman historique, le justicier de Gotham n’est pas vraiment un soutien de Trump. N’en déplaisent à de vieux réacs comme Chuck Dixon ! Nous ne nous étonnerons pas de savoir que la petite-fille du géant Joe Kubert, Katie, est dans le staff éditorial de DC Comics. Batman semble être en de bonnes mains et bien décidé à rappeler que Donald Trump n’est pas Batman bien au contraire !


 

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