C’est tout le parcours qui a mené à l’abolition de la peine
de mort qui est retracé de manière fidèle et dynamique dans ce roman graphique
scénarisé par l’historienne Marie Bardiaux-Vaïente et mis en dessins Malo Kerfriden.
Par un savant jeu de flashback à plusieurs échelles, les auteur.e.s mettent en
lumière le périple effectué par Robert Badinter pour réussir le projet de
supprimer la peine capitale, tout en éclairant son histoire personnelle qui a forgé
les convictions d’un des hommes les plus marquant de l’histoire politique de France.
Tout commence pourtant par un échec. En 1972, deux hommes, dont
un presque innocent, sont mis à mort « coupés en deux » pour avoir
commis un terrible double assassinat dans l’infirmerie d’une prison. Roger
Bontems qui avait assisté Claude Buffet, l’auteur de l’égorgement sauvage de
ses otages, devaient lui aussi mourir. Certainement pressé par la volonté des
masses qui criaient vengeance, le Président Pompidou venait de lui refuser la grâce
demandée par les avocats.
Au milieu des année 1970, c’est l’affaire Patrick Henry qui
marque un premier tournant dans l’univers judiciaire français. Robert Badinter
le sait, son client est coupable d’un meurtre odieux : celui d’un enfant.
Mais plus que de défendre l’assassin psychologiquement détraqué, il s’agit plutôt
pour l’avocat de faire en sorte que la justice française ne soit plus une justice meurtrière. Fort d’une première victoire dans ce procès (Patrick
Henry a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité), Robert Badinter
poursuit son combat.
Nommé Garde des sceaux sous la présidence fraichement
acquise par François Mitterrand, c’est cette fois devant l’hémicycle qu’il va
devoir persuader son auditoire. Devant lui, quelques centaines de députés peu
favorable à supprimer la peine de mort. Encore plus compliqué sera le passage
devant les sénateurs. Et pourtant, au-delà des partis, c’est chacun, en son for
intérieur, qui eut la lourde tâche de décider.
Mu par une profonde humanité et par un ardent humaniste, Robert
Badinter a , jusqu’à la fin de ses jours, était l’homme des combats pour la
liberté et la mémoire (on se souviendra de cette prise de parole si forte
contre Robert Faurisson qu’il qualifiait à juste titre de « faussaire de l’histoire ».
Cette lutte pour la liberté et le respect des victimes de la Shoah lui vient de
son expérience personnelle relatée en quelques belles planches inspirées des
photographies d’Auschwitz. Et peu importe qu’il n’y ait pas eu de telles
sélections à Sobibor où son père a été assassiné. L’essentiel et de faire
comprendre l’indicible aux lecteurs.
Pour raconter une histoire aussi forte, il fallait une scénariste
toute aussi forte. Qui de mieux que Marie Bardiaux-Vaïente pour occuper ce
rôle. Quand au dessin, le style graphique de Malo Kerfriden, à la fois efficace
et sans fioriture convient parfaitement. Un ouvrage qui prouve pourquoi il
était nécessaire et judicieux de panthéoniser ce grand homme.




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