mardi 10 février 2026

L' Abolition. La Combat de Robert Badinter - Par Marie Bardiaux-Vaïente et Malo Kerfriden - Glénat - 2025



11 mai 1987. La cour d’assises de Lyon est pleine à craquer. Témoins, journalistes, victimes et simples spectateurs assistent à une audience médiatique. S’ouvre ce jour le procès de Klaus Barbie, le boucher de Lyon, assassin et tortionnaire nazi qui œuvra des années durant dans la ville. Robert Badinter aurait pu regretter à ce moment-là d’avoir combattu pendant si longtemps pour supprimer la peine de mort tant Barbie aurait mérité son passage sur l’échafaud pour les crimes qu’il a commis pendant l’occupation. Et pourtant, l’homme de loi n’a pas cillé et est resté fidèle à ses convictions.

C’est tout le parcours qui a mené à l’abolition de la peine de mort qui est retracé de manière fidèle et dynamique dans ce roman graphique scénarisé par l’historienne Marie Bardiaux-Vaïente et mis en dessins Malo Kerfriden. Par un savant jeu de flashback à plusieurs échelles, les auteur.e.s mettent en lumière le périple effectué par Robert Badinter pour réussir le projet de supprimer la peine capitale, tout en éclairant son histoire personnelle qui a forgé les convictions d’un des hommes les plus marquant de l’histoire politique de France.

Tout commence pourtant par un échec. En 1972, deux hommes, dont un presque innocent, sont mis à mort « coupés en deux » pour avoir commis un terrible double assassinat dans l’infirmerie d’une prison. Roger Bontems qui avait assisté Claude Buffet, l’auteur de l’égorgement sauvage de ses otages, devaient lui aussi mourir. Certainement pressé par la volonté des masses qui criaient vengeance, le Président Pompidou venait de lui refuser la grâce demandée par les avocats.

Au milieu des année 1970, c’est l’affaire Patrick Henry qui marque un premier tournant dans l’univers judiciaire français. Robert Badinter le sait, son client est coupable d’un meurtre odieux : celui d’un enfant. Mais plus que de défendre l’assassin psychologiquement détraqué, il s’agit plutôt pour l’avocat de faire en sorte que la justice française ne soit plus une justice meurtrière. Fort d’une première victoire dans ce procès (Patrick Henry a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité), Robert Badinter poursuit son combat.

Nommé Garde des sceaux sous la présidence fraichement acquise par François Mitterrand, c’est cette fois devant l’hémicycle qu’il va devoir persuader son auditoire. Devant lui, quelques centaines de députés peu favorable à supprimer la peine de mort. Encore plus compliqué sera le passage devant les sénateurs. Et pourtant, au-delà des partis, c’est chacun, en son for intérieur, qui eut la lourde tâche de décider.

Mu par une profonde humanité et par un ardent humaniste, Robert Badinter a , jusqu’à la fin de ses jours, était l’homme des combats pour la liberté et la mémoire (on se souviendra de cette prise de parole si forte contre Robert Faurisson qu’il qualifiait à juste titre de « faussaire de l’histoire ». Cette lutte pour la liberté et le respect des victimes de la Shoah lui vient de son expérience personnelle relatée en quelques belles planches inspirées des photographies d’Auschwitz. Et peu importe qu’il n’y ait pas eu de telles sélections à Sobibor où son père a été assassiné. L’essentiel et de faire comprendre l’indicible aux lecteurs.

Pour raconter une histoire aussi forte, il fallait une scénariste toute aussi forte. Qui de mieux que Marie Bardiaux-Vaïente pour occuper ce rôle. Quand au dessin, le style graphique de Malo Kerfriden, à la fois efficace et sans fioriture convient parfaitement. Un ouvrage qui prouve pourquoi il était nécessaire et judicieux de panthéoniser ce grand homme.

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