Valérie Igounet est une historienne et chercheuse. Elle
contribue aux travaux de recherches et de veille sur le complotisme au sein de
Conspiracy Watch, l’Observatoire du complotisme avec Rudy Reichstadt. Quand Samuel Paty est sauvagement assassiné par un terroriste
d’origine tchétchène, elle est, comme tout enseignant, sidérée par l’évènement.
Mais ce qui va la choquer, voire la mettre en colère, c’est le constat qu’elle
fait sur les réseaux sociaux où se diffuse, quasi immédiatement après l’assassinat,
les mensonges complotistes au sujet de ce drame. Immédiatement, elle part à la recherche des
proches de Samuel Paty et enquête sur cet attentat afin d’en reconstituer les
faits et les mécanismes de haine qui ont poussé tout un ensemble de personnes à
commettre l’irréparable. De ce premier travail est né un roman graphique génial
intitulé Crayon noir, paru chez Studiofact en 2023. Guy Le Besnerais tenait le
crayon pour son tout premier travail de grande ampleur en bande dessinée.
Près d’un an plus tard s’ouvrait le procès de celles et de ceux
qui ont permis, par leurs actes, paroles ou relais logistiques, ce monstrueux
acte criminel. Anzorov, abattu par les forces de l’ordre quelques minutes après
avoir commis son crime, n’est pas dans le box des accusés. Mais ces proches,
ses copains, ses fournisseurs et toutes celles et ceux qui ont relayé son
discours et ont fait l’apologie de son crime doivent rendre des comptes devant
la justice et aussi devant la famille de Samuel Paty, ses sœurs, ses parents,
son ex-compagne et son fils.
En s’associant une nouvelle fois avec Guy Le Besnerais qui
se mue pour l’occasion en dessinateur d’audience et avec Gaëlle Paty, une des
sœurs de Samuel, Valérie Igounet rédige cet ouvrage à six mains. L’historienne
relate la teneur des débats, contextualise de la manière la plus objective
possible la parole des témoins qui passent à la barre ou des prévenus qui
tentent tant bien que mal de se défendre, assistés d’avocats bien peu efficaces
et peu vertueux pour certains. Gaëlle Paty, quant à elle, commente ce qu’elle
entend. Entre tentative de comprendre et colère, elle reste digne et n’use
jamais de violence à l’encontre des bourreaux de son frère. Quant au
dessinateur, il croque les différents acteurs du procès, traduisant les gestes
et les attitudes de chacun. Il dessine également les images de
vidéo-surveillance projetées pendant l’audience.
C’est ensuite au tour des prévenus et des témoins de
s’exprimer. Nous tairons ici leurs noms pour éviter de leur faire une énième
publicité. Alors qu’ils se montraient plus que virulents pendant le lynchage du
professeur, ils apparaissent ici petits, rabougris, pétris de remords, niant
les faits, se dédouanant de leurs responsabilités et suppliant pour qu’on croit
qu’ils ont été dépassés par les évènements, pleurant en présentant leurs
excuses sans aucune gêne. Comment peuvent-ils ainsi implorer la pitié alors
qu’on a livré à la folie terroriste un frère, un fils, un père ou un collègue
se demande-t-on sur les bancs des parties civiles.
Vient enfin le temps des réquisitoires et des plaidoiries.
Dure épreuve que celle-ci surtout quand on constate que les avocats généraux
proposent des peines bien moindre à ce que méritaient les accusés. Quelle dure
épreuve également d’entendre la litanie des avocats de la défense qui cherchent
par tous les moyens à faire croire aux jurés que Samuel Paty a discriminé les
musulmans. Mais nous sommes dans un état de droit et la justice à ses règles.
Il faut encaisser et faire face.
Par ce livre, les trois auteurs font preuve d’histoire et
remettent la vérité au centre des débats pollués par les récupérations de tous
bords et par la moisissure complotiste qui se repend inexorablement sur les
réseaux. Ils font preuve aussi d’humanisme et d’espoir dans ce monde violent ou
il serait bien plus facile d’appeler à la haine et à la vengeance. Le procès en
appel est passé. Des peines ont été allégées certes, mais quoi qu’il en soit,
retenons que la justice, en première instance a fait et bien effectué son
travail et que Samuel Paty est devenu un symbole de la lutte pour la liberté.

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