vendredi 21 février 2025

Sébastien Gayraud et Maxime Lachaud, Mondo movies : reflets dans un œil mort, Potemkine éditions, Paris, 2024.

 


Sébastien Gayraud et Maxime LachaudMondo movies : reflets dans un œil mort, Potemkine éditions, Paris, 2024.

Mondo Cane (1962) Paolo Cavara, Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, Potemkine éditions, Paris, 2024.

Adieu Afrique / Africa Addio (1966) Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, Potemkine éditions, Paris, 2024.

La Cible dans l’œil / L’Occhio selvaggio (1967) Paolo Cavara, Potemkine éditions, Paris, 2024.

The Killing of America (1981) Sheldon Renan et Leonard SchraderPotemkine éditions, Paris, 2024.

Les Négriers / Addio Zio Tom (1971) Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, Le chat qui fume, Paris, 2024.


En fin d'année 2024, les éditeurs Potemkine et Le Chat qui Fume se sont tous les deux fendus d'éditions magnifiques et exclusives d’œuvres rares, difficiles à voir, à digérer et à supporter pour diverses raisons. Des œuvres néanmoins d'une actualité et d'une  « fraîcheur » troublante !

"All the scenes you are about to see are real and were shot as they were taking place. If sometimes they seem cruel, it is only because cruelty abounds on this planet. And anyway, the duty of a reporter is not to make the truth seem sweeter, but to show things as they really are."


C’est sur cet avertissement que s’ouvre Mondo Cane, projeté à Cannes en 1962, le premier d’une longue lignée de films dits mondo. Un duo de roublards italiens est à l’origine de ce film et du sulfureux filone qu’il engendra. Franco Prosperi est un documentariste, sa formation initiale est celle d’un scientifique spécialisé dans l’ichtyologie. Son compère, Gualtiero Jacopetti est d’un autre tonneau. Fasciste puis Partisan et peut-être même au service secret de l’Oncle Sam, il se lance dans une carrière de journaliste dans les années 1950. Sa carrière éclaboussée de scandales divers, le bonhomme laisse dans son sillage une odeur de soufre et des histoires de pédophilie, pornographie, prostitution... 

Il convient de replacer ce métrage dans le contexte italien et européen des années 1960. La prospérité économique de l'après-guerre et les premiers soubresauts d'une mondialisation qui se met à trotter bouleversent et agitent les sociétés italienne et européenne. Se détachant du néo-réalisme ambiant, Prosperi et Jacopetti proposent une nouvelle forme de cinéma qui n'entend pas délivré la vérité mais une vérité. Ils tendent aussi à l'Italie et au monde en général un miroir déformant à même de restituer leur vision complètement grotesque du monde.

Ces deux roublards filment et montent ce curieux documentaire aux allures de faucumentaire ou chocumentaire racoleur qu’est Mondo Cane. Le concept est nouveau, audacieux et propre à générer buzz et scandale. Le métrage aligne de courtes séquences a priori sans lien entre elles et s’en va souligner l’absurdité du monde des hommes et leur cruauté certaine. Se succèdent ainsi des images de la célébration de l’icône virile Rudolph Valentino dans sa bourgade natale, une foule de femmes hystériques qui manque tailler en pièces Rossano Brazzi, des starlettes exhibant leur plastique sur la French Riviera et en regard de ces scènes très badines, celles plus exotiques d’une femme nourrissant au sein un porcelet en Nouvelle-Guinée, le gavage d’oies dans un élevage des environs strasbourgeoises, les déambulations sanglantes des pénitents de Nocera Terinese en période pascale…

Espèce de coq à l’âne outrancier porté par la musique lyrique de Riz Ortolani et la narration cynique de Stefano Sibaldi, ce métrage fait date. Le genre mondo est créé et paré à déferler sur les écrans et à contaminer le cinéma. Dès 1963, sort sur les écrans un attendu Mondo Cane 2, un Mondo Nudo, un Mondo Infame, un Malomondo, etc. Chocumentaire complaisant qui se doit d’aligner les scènes sensément réelles qui mêlent sexe, mort, exotisme de pacotille, cynisme mercantile, tel est le mondo movie. Par son essence même, le mondo est à la lisière du cinéma et au-delà des frontières du bon goût.

Jacopetti et Prosperi se sont toujours vus comme des documentaristes dont l’ambition est d’éclabousser le public et les écrans de ce qui leur semble être une vérité absolue : il n’y a pas de Dieu et le monde est cruel. D’où ce titre de Mondo Cane qui est une interjection exclamative qui pourrait maladroitement se traduire par un « miséricorde ! » de dépit…


Notre duo de documentaristes ne s’arrêta pas en si bon chemin. Assembler des séquences crapoteuses, c’est bien mais documenter la décolonisation de l’Afrique des années 1960, c’est mieux. Présents avec leurs équipe et caméra sur un continent africain en plein bouleversement politique, Jacopetti et Prosperi ne pouvaient pas passer à côté de l’occasion de réaliser un Africa Addio qui 55 ans après continue d’estomaquer, d’interroger, de choquer, de secouer et d’interpeler.

Le projet de ce film est bien différent de celui de Mondo Cane. D’ailleurs notre duo de documentaristes a peut-être consacré une grande partie du restant de leur vie respective à chercher à défendre ce mondo qui, comme son titre l’indique, dépeint la décolonisation comme une dégringolade des Etats africains nouvellement libérés du colonialisme. Au programme de ce nouveau « documentaire » : le départ des autorités britanniques du Kenya, la révolte des Mau-Mau, les carnages des braconniers sur les cheptels d’animaux sauvages, la révolution à Zanzibar, les violences au Rwanda, la rébellion Simba au Congo… 

Les images sont splendides et la réalisation extrêmement soignée. Tout sous l’œil de la caméra est très cinégénique.  Cette beauté formelle trahit d'ailleurs l'authenticité affichée des séquences capturées. Nos deux cinéastes du réel sont des fabricants de vérité qui prennent un soin scrupuleux à mettre en boite toutes les vignettes. Le montage est redoutable et rend presque dispensable le commentaire tranchant de la voix off. A la rigueur des parades militaires des troupes coloniales, à la dignité de ces colons blancs aux yeux clairs succèdent les faciès grimaçants et barbares d'Africains fétichisés par la caméra, les scènes de foule en délire et les séquences de destruction et de carnage.

Un autre aspect qui vient trahir la nature peu documentaire de l'entreprise cinématographique est l'absence de contextualisation des diverses séquences. Le film donne de l'Afrique une image amalgamée et chaotique bien peu flatteuse sans préciser vraiment où et quand les scènes ont été tournées. Le propos l'emporte sur le souci documentaire : l'Afrique décolonisée est un nouveau né turbulent et ingrat qui s'engouffre dans  un abime de chaos et d'autodestruction !

Jacopetti et Prosperi se posent en amoureux d’une Afrique coloniale qui part en lambeaux, s’auto-détruit, s’entre-dévore littéralement… Ils affirmèrent jusqu’à leur mort que l’Histoire leur a donné raison et que la décolonisation est l’un des plus grands malheurs de la deuxième partie du 20ème siècle. Le Rwanda ? ils étaient là avant tout le monde pour filmer et dénoncer les violences ! Catastrophe humanitaire, politique, économique et environnementale dûment documentée par leurs soins à travers ce triste Adieu l’Afrique.

L’accueil de Mondo Cane a été pour le moins mouvementé, celui d’Africa Addio l’est beaucoup plus ! Remonté pour sa distribution en Italie, en France ou aux Etats-Unis. Interdit en Allemagne de l’Ouest après des manifestations à Berlin, censuré en France sous De Gaulle, le film n’est pas épargné au grand dam de ses auteurs. Difficile de rester de marbre face à la chose… Jacopetti a été embêté par la justice en raison d’une séquence d’exécution qui aurait été mise en scèhe pour les besoins du tournage. Le discours réactionnaire, colonialiste, révisionniste et raciste de notre duo a de quoi laisser pantois ainsi qu’une collection d’images sanglantes et choquantes. Quant à la petite vignette sud-africaine qui illustre les bienfaits de l’apartheid, elle laisse songeur…

Ce qui est détonant, en revanche, c’est que cet opus n’est qu’un exemple d’une avalanche de chocumentaires du même acabit qui rivalisent d’inventivité et de mauvais goût pour battre à plate couture les « parrains du mondo » à leur propre jeu : Ultima Grida della Savana, Savana Violenta, Dolce e Salveggio ou la malaisante série de films des frères Castiglioni pousse le genre mondo vers le death movie ou le snuff… Filmer la mort pour de vrai et la montrer au spectateur ! Le mondo movie dérape et cela, les spectateurs, critiques et cinéastes contemporains des faits en sont diablement conscients.

"They made the most disgusting, contemptuous insult to decency ever to masquerade as a documentary." (Roger Ebert 1972)



Filmé en 1967, L’Occhio Salveggio dévoile les coulisses du cinéma mondo. Paolo Cavara, son réalisateur, est un ancien collaborateur de Jacopetti et Prosperi. Dans son œuvre de fiction, il s’attache à suivre le cinéaste Paolo et son acolyte Valentino qui parcourent le monde à la recherche de séquences croustillantes à monter dans leurs chocumentaires. Cavara démonte la démarche pseudo-documentaire des cinéastes mondo. Il taille un costard à Jacopetti et Prosperi dont il condamne le cynisme et l’irresponsabilité. Il dénonce une spectacularisation à l’outrance de l’actualité politique internationale. Il filme aussi les réactions estomaquées de certains membres de l’équipe de tournage lors de la fabrication d’une vérité toute relative…

La séquence qui retient l'attention du spectateur attentif est celle de l'exécution d'un prisonnier dans un pays d'Asie du Sud-Est en proie aux troubles de la décolonisation. Dans le film de fiction, Cavara reconstitue une séquence tournée par Jacopetti en Arfrique pour Addio Africa,  lorsqu'il suivait une colonne de mercenaires commandée par Siegfried Kongo Müller, ancien soldat de la Wehrmacht. Dans L'Occhio Salveggio, le héros du film prend le temps de choisir son angle de prise de vue, demande au peloton d'exécution d'attendre que la lumière soit bonne, choisit un lieu d'exécution plus cinégénique... A se demander ce qui est le plus choquant : la falsification des faits ou l'effroyable cynisme du réalisateur ?

Film précieux que cette fiction qui interroge le média cinématographique ainsi que le geste du réalisateur. Nous sommes encore loin chronologiquement des propos d’un Umberto Eco sur la néo-télévision dans La Guerre du Faux et pourtant… Pourtant il est certain qu’une étude précise et contextualisée de la naissance et de l’évolution du genre mondo ne peut que donner des clefs d’analyse extrêmement précise sur le rapport d’un certain cinéma vérité à l’image. Et en termes d’analyse approfondie du genre cinématographique dont il est question ici, l’ouvrage Mondo movies reflets dans un œil mort de Sébastien Gayraud et Maxime Lachaud, est incontournable et indispensable. Ce livre est extrêmement scrupuleux dans son étude chronologique que dans la mise en évidence des traits si particuliers du cinéma mondo qui contaminent le cinéma ou le traitement des actualités filmées.

Car oui le mondo contamine et remue le cinéma. Werner Herzog, qui ouvre son Nosferatu Fantôme de la Nuit en filmant les momies de Guajanuto au Mexique, cède aux sirènes du mondo. Le très sage Sergio Martino, lorsqu’il signe sa relecture d’Alan Quartermain, La Montagne du dieu cannibale, pourrait se contenter de filmer la plastique d’une Ursula Andress peu avare de dévoiler ses charmes mais non, il doit truffer son métrage de séquences de mise à mort et de dépeçage d’animaux par des indigènes ! Et oui, l’un des autres grands films italiens sorti en 1980 et signé Ruggero Deodato, Cannibal Holocaust, est un commentaire sur le cinéma mondo, la spectacularisation outrancière des chocumentaires, une prise de pouls de l’Italie des « années de plomb » et une œuvre contaminée par les procédés du mondo (cf. l’infâme séquence de la tortue) !

Ce périple aux confins d’un certain cinéma extrême et même vomitif ne saurait être complet sans un dernier coup d’œil à The Killing of America. Ce chocumentaire sorti en 1981 pourrait sembler n’être d’un death movie de plus dans la veine des Faces of Death qui inondèrent les vidéo-clubs à partir de 1978. Complètement mondo dans sa manière complaisante de compiler un demi-siècle de massacres, tueries, barbaries commis aux Etats-Unis depuis l’assassinat de JFK jusqu’aux exploits sordides des Ted Bundy ou John Wayne Gacy, le métrage est porteur d’un discours alarmiste sur la prolifération des armes à feu, la multiplication des actes de violence liés à leur usage, etc. Cette vision cauchemardesque des Etats-Unis convoque à deux reprises les 26 secondes du film de Zapruder. L’éclaboussement et l’impact sur le cinéma et plus généralement la société américaine ont été très finement analysés par Jean-Baptiste Thoret. 

L'éclatement du crâne, l'enregistrement amateur comme élément d'enquête ou preuve, l'émergence du cinéma gore réaliste, l'émergence des thèses conspirationnistes, le meurtre lors d'une parade, le sniper, l'interprétation des images captées plus ou moins fortuitement... Tous ces éléments travaillent les Etats-Unis depuis les années 1960. Et dans la sphère du mondo movie, le film Zapruder  trouve une place de choix. Le délitement des Etats-Unis répond à celui de l'Afrique coloniale dans deux métrages qu'une décennie sépare. Le mondo a alors de beaux jours devant lui parce que rien ne semble pouvoir l'arrêter.

En 2025, les techniques du mondo semblent avoir contaminé le monde. Le swipe sur Tik-Tok ne permet-il pas de reproduire à l’infini le geste des Jacopetti et Prosperi qui consiste à assembler de manière anarchique et chaotique des scènes badines et des images chocs issues de l’actualité la plus brûlante ? Au-delà d’un certain « cinéma poubelle » qui n’est pas complètement déconnecté de l’émergence d’une « télévision poubelle » aujourd’hui obsolète, le mondo et son vœu pieux de montrer le monde tel qu’il est sans l’enjoliver peuvent faire songer aux discours de certains garants du freedom of speech (https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2025/01/restoring-freedom-of-speech-and-ending-federal-censorship/).

Ne perdons pas de vue que la dernière grosse collaboration de nos documentaristes italiens, Addio Zio Tom ou Les Nègriers, est un pseudo « documentaire de l’Histoire » hyper-violent et choquant qui entend rendre compte d’une manière définitive de l’esclavage aux Etats-Unis au 19ème siècle. Cette fois-ci, la caméra ne saisit pas sur le vif l'actualité mais elle capte une reconstitution minutieuse des faits. Enfin... Œuvre-testament de Jacopetti et Prosperi mise en boite en Haïti grâce à l’aide bienveillante du brave Papa Doc, Addio Zio Tom est une insulte à la décence pour certains, une œuvre exploitative cruelle et raciste ou un chef-d’œuvre de révisionnisme et de mauvais goût que ne renieraient pas les chantres de l’anti-wokisme le plus féroce et du freedom of speech ! Le sous-genre mondo, passablement oublié, semble furieusement d'actualité, en ce qu'il interroge les notions de vérité, réalité, histoire, falsification, révisionnisme...

En creux ou en filigrane, le duo Jacopetti-Prosperi livrait, au cours des années 1960 et 1970, une vision très blanche, mâle et même viriliste d'un monde fou dans lequel tous les repères étaient en train de changer ou de se briser. Et de film en film, leur propos s'affirmait toujours un peu plus. Un propos réactionnaire et révisionniste qui, dans Addio Zio Tom notamment, balaye d'un revers de caméra des décennies de lutte pour les droits civiques et rabaisse, infantilise ou animalise les populations noires africaines ou afro-américaines. Les méthodes très spectaculaires et critiquables de ces deux bateleurs italiens entrent curieusement en résonance avec celles de certains hommes politiques actuels, eux aussi adeptes des déclarations chocs, de la confrontation la plus brutale des points de vue voire de la propagation des alternative facts. Hé oui curieusement dans un monde passablement pazzo, la politique mondo a un bel avenir devant elle !

God bless America !

lundi 17 février 2025

Frank Margerin, Dans les petits papiers de Margerin, Robinson, Hachette Livre, Paris, 2024.


Frank Margerin, Dans les petits papiers de Margerin
Robinson, Hachette Livre,
Paris, 2024.

Comment mieux entrer dans l’intimité d’un auteur, et surtout d’un auteur de BD, qu’en se plongeant dans ses carnets de croquis ? Cette étape préparatoire aux œuvres définitives fait état de la réflexion et des techniques de travail propres à chaque artiste.

Il en est ainsi de ce très beau recueil qui nous fait entrer Dans les petits papiers de Margerin. L’auteur qu’on ne présente plus livre ici des centaines de feuilles griffonnées de silhouettes et d’esquisses de ses principaux personnages : Lucien, le rockeur à la banane gominée, Manu et Momo, le coursier maghrébin qui parcourent les rues parisiennes sur son scooter.

Sur papier blanc ou sur feuilles à petits carreaux, sur des carnets publicitaires (Maif) ou de croquis,  sont jetées de façon nerveuse les idées des futures planches des bandes dessinées de Margerin. Elles sont régulièrement accompagnées de textes raturés, de remarques et de petits bouts de scénarios.

L’ouvrage est chapitré selon les passions et les intérêts de l’auteur : la bécane, la musique, le sport et surtout un amour de la vie quotidienne. C’est dans cette vie de tous les jours que sont a[e]ncrées toutes les histoires de ses héros ordinaires. Chacun des chapitres est introduit par Frank Margerin qui exprime son point de vue sur les sujets traités.

Lire Margerin, c’est s’immerger dans la société des années 1970-1980, se plonger dans l’ambiance des milieux populaires dans lesquels le lecteur ne peut que se reconnaitre. Les histoires se déroulent au bas de la rue, dans le troquet du coin, dans la salle de répèt du petit groupe de rock local. Lire Margerin c’est retourner dans une France insouciante et qui osait, dans laquelle les espoirs et les possibilités n’étaient pas entravés par des politiques sécuritaires et les esprits n’étaient pas encore sclérosés et abrutis par les réseaux sociaux. Les jeunes, et les moins jeunes, discutaient entre eux et n’étaient pas rivés sur leur portable. Le loubard en blouson noir du quartier était en rébellion contre les injustices de ce monde et non contre son voisin.

C’est bien évidemment de Lucien qu’on parlera plus dans ce livre. Le héros évolue au fil des pages, gagne en maturité et s’assagit en fondant une famille. Lucien, incarnation dessinée peut-être de son auteur, est devenu père de famille et transmet ses passions à sa progéniture, devenue elle aussi personnage clef des récits plus récents.

Outre des croquis tirés des cartons de Frank Margerin, le livre offre à ses lecteurs une histoire inédite et non terminée de Lucien qui cherche un nouveau véhicule auprès d’un concessionnaire qui n’a pas bien compris le caractère traditionnel du rockeur. Des affiches de films et de festivals de musique, ainsi que des dessins réalisés pour des pochettes de disques ou pour des coffrets (Renaud) viennent compléter un ensemble qui constitue un « parfait cadeau pour les fans du dessinateur mythique".

mardi 8 octobre 2024

Surzhenko et Yann, Thorgal - Shaïgan, Le Lombard, Bruxelles, 2024

 


Surzhenko et Yann, Thorgal - Shaïgan,  
Le Lombard, 
Bruxelles, 2024

Thorgal, ce nom ne lui dit plus rien. Pourtant il l’entend parfois de la bouche de sa cruelle compagne Kriss de Valno. Amnésique, il ne se souvient de quasi rien de son passé. Seul de vieilles réminiscences parcourent ses songes. Il est devenu Shaïgan, le terrible et très craint Shaïgan-sans-merci qui tire son surnom de ses actes de violence qu’il commet partout où il passe. 
Mais est-il réellement responsable des massacres qui lui sont associés ? N’est-ce pas plutôt l’influence de la sanguinaire Kriss qui le guide. Elle que n’hésite pas à passer au fil de son épée les marins qu’elle croise ou les nonnes qu’elle kidnappe pour les vendre comme esclaves sexuelles à un quelconque maitre scandinave ?  
Car Shaïgan se pose des questions. Qui est-il vraiment ? D’où vient cette violence qui l’habite et qu’il juge tout à fait anormale ? En proie a une terrible dépression, il sait que Kriss n’est pas celle avec qui il devrait faire sa vie. La paume de sa main marquée de trois runes, il sait qu’il doit connaitre son passé pour sortir du tourment qui l’habite. 



Shaïgan décide alors de se rendre auprès d’un vieil ermite devin. Les deux hommes scellent un pacte : en échange de Fiskhkryggr, l’épée légendaire en forme d’arrêtes de poisson, Shaïgan connaitra sa véritable identité et lui seront transmis les solutions aux mystères qui le hantent.
Alors Shaïgan part en quête de la précieuse relique. S’ouvre un épisode où le fantastique prend le pas sur le caractère semi-historique de l’œuvre. Les obstacles sont nombreux sur la route qui mène au sarcophage de Halvdan-le-noir où repose l’arme qui donnera à son possesseur une force incroyable. 
Troisième tome de la saga consacrée au héros viking, cette fois ce sont Yann et Surzhenko qui s’approprient le personnage et son univers pour en proposer une histoire qu’ils inscrivent dans la série d’origine initiée par Van Hamme et Rosinski, comme un prélude au tome 22 intitulés Géants paru en 1996.


Par un scénario teinté de mythologie nordique dans laquelle se mêlent les caractéristiques typiques des grands classiques de l’heroic fantasy  (un objet mythique, un héros amnésique, une quête, des guerriers fantomatiques qui ressuscitent …) et un dessin fidèle au précurseur, les deux auteurs comblent certains vides laissés par les créateurs de Thorgal. Une œuvre plutôt réussie qui nous invite à nous replonger dans les albums dont le premier tome est paru il y a près de quatre décennies. 
 


samedi 16 décembre 2023

Pierre-Roland Saint-Dizier et Michael Crosa, Plein Ciel, Ankara, Roubaix, 2023

 


Pierre-Roland Saint-Dizier et Michael Crosa, Plein Ciel, Ankara, Roubaix, 2023

Plein Ciel, c’est l’histoire d’une tour qui porte ce nom. Une tour comme on en trouve dans toutes les ZUP des banlieues françaises, dans lesquelles des centaines d’individus se partagent la même entrée, la même cage d’escaliers, le même hall d’entrée, le même ascenseur.

Cette BD commence par la défenestration d’un octogénaire. Après avoir nourri ses animaux, il franchit l’encadrement de sa fenêtre et se jette dans le vide. Sa mort laisse ses voisins dans la stupéfaction et dans l’incompréhension. Est-il tombé par accident ? S’est-il suicidé ? Et si c’est le cas, pourquoi n’a-t-on pas trouvé un dernier mot d’adieu à Martine, sa plus poche confidente ?

Tout l’équilibre de l’immeuble est une nouvelle fois bouleversé quand, quelques jours plus tard, deux hommes, visiblement en couple, investissent l’appartement du vieillard. Ils ne sont visiblement pas là par hasard et leur action dans le quartier interroge, d’autant plus que les politiques rodent dans le coin et donnent des interviews dans la presse. On y parle de rénovation, de restructuration, de reconversion.  Tout cela a peu de sens pour ce microcosme qui semble vivre ici depuis toujours et en bonne intelligence.

La bande dessinée est belle, les planches sont bien réalisées, tout en lavis et en couleurs. Les vignettes foisonnent de détails et sont parfois organisées tels les appartements de l’immeuble. On y voit le quotidien de chaque famille, de chaque personne en son « chez-soi », petit cocon devenu presque alcôve, où chacun réalise les gestes de la vie quotidienne. On s’y reconnait forcément, même si on n’y a pas habité.

Reste le scénario qui interroge. La première interrogation concerne l’époque à laquelle se déroule l’histoire. Le lecteur est plongé dans une période où vivre dans ces grands ensembles parait être la panacée. Les relations entre voisins sont cordiales, presque solidaires. Il y fait bon habiter. C’est le sentiment éprouvé, on le sait, dans les années 1950-1960 quand on découvrait l’utopie de Le Corbusier, persuadé d’offrir aux futurs habitants le nec plus ultra de la modernité et des commodités sans limites de tels bâtiments. Or, que vient faire là-dedans cette histoire de rénovation urbaine, bien plus contemporaine celle-là ? Et si l’histoire proposée par le scénariste est actuelle, alors qu’en est-il des problèmes que subissent ces quartiers aujourd’hui : ségrégation socio-spatiale ? Taux de chômage ? Délinquance… ?

La galerie des personnages pose également question. Quand on connait le quartier des Côteaux de Mulhouse qui a fortement inspiré le scénariste, on remarque aisément que les personnages de la bande dessinée ne correspondent pas vraiment à celle qui y vit aujourd’hui. Pourquoi n’avoir pas représentée sa population bigarrée et issue de l’immigration depuis plusieurs générations ? Pourquoi n’avoir pas fait état des préoccupations actuelles et réelles de cette population qui éprouve de réelles difficultés et un sentiment de mise à l’écart des politiques de la ville ?

Un décalage chronologique voulu ou une volonté de cacher la réalité ? Une vision utopiste volontairement décalée ? Ou tout simplement une sorte de conte social et dramatique fait pour interroger ? La bande dessinée n’étant pas à l’origine un médium à but scientifique, tout est possible et permis. Alors pourquoi pas…



samedi 23 septembre 2023

Rudy Reichstadt, Au cœur du complot, Grasset, Paris, 2023.


Rudy Reichstadt, Au cœur du complot
Grasset, 
Paris, 2023.

« L’opium des imbéciles », est le titre du premier ouvrage de Rudy Reichstadt. Le complotisme y est présenté comme une substance quasi psychotrope à laquelle les « imbéciles », ceux qui ne peuvent tenir debout sans béquilles, sont soumis et par quoi ils sont aveuglés. Drogue nocive diffusée et vendue par des gourous malveillants et porteurs de haine qui trompent leurs adeptes, eux-mêmes désireux de trouver un refuge et des explications bien trop faciles à des évènements qu’ils ont du mal à comprendre.

Dans ce nouveau petit ouvrage de la « collection jaune » des éditions Grasset, le directeur de l’Observatoire du complotisme revient sur sa jeunesse et sur les raisons qui l’ont poussé à se lancer dans cet énorme travail minutieux et compliqué que constitue la lutte contre les théories du complot. Il y explique comment est né Conspiracy Watch, la démarche scientifique sans haine qu’il suit avec ses proches collaborateurs. Il expose également de façon assez rapide quelques méthodes complotistes et donne des techniques de réfutation des mensonges diffusés sur internet.  Il fait aussi état des avancées de ses recherches psycho-sociales sur les complotistes. Depuis peu dans le comité de rédaction de Franc-Tireur, c’est une audience plus large encore qui peut découvrir les travaux de l’inlassable chercheur qui avoue qu’au départ, les théories du complot ne le passionnaient pas plus que ça.

Le plus marquant de l’ouvrage réside certainement dans la lecture des réactions très souvent rageuses de ses contradicteurs qui, pétris de violence et, pour certains, d’envies de meurtre, crachent leurs insultes au visage d’une équipe qui n’a qu’une volonté, celle d’éclairer le public pour qu’ils ne se laissent pas duper par ceux que d’autres appellent « les artisans de la haine ». A elle seule, la lecture de ces commentaires, souvent anonymes, devrait décrédibiliser celles et ceux qui les profèrent. Ce serait si simple, et pourtant ….

Pourtant, à l’heure de la libération de la parole extrémiste, de celle qui n’a plus aucune limite tant dans son contenu que dans sa diffusion (les algorithmes effectuant le travail), ce sont bien les comptes des menteurs qui sont le plus suivis sur les réseaux sociaux. Le jeu de les contrer en vaut-il la chandelle quand on a une famille et qu’on la menace de mort ? Est-ce qu’il faut courir le risque de continuer à se battre avec la science comme seule arme quand un livre calomnieux est publié sur vous et vendu sur toutes les grandes plateformes de e-commerce ?

Le travail que mène Rudy Reichstadt n’est pas vain et doit être relayé par toutes celles et ceux qui sont en contact avec un jeune public avide de connaissances et de vérité. Enseignants, pédagogues, médiateurs… devraient tous récupérer les fruits du travail long et fastidieux de l’équipe des contributeurs de Conspiracy Watch pour alimenter leurs cours et leurs réflexions et les transmettre avant que les faiseurs de haine ne s’emparent de la jeunesse. Une fois que le ver est dans le fruit, il sera plus difficile de l‘extraire que de l’empêcher d’y rentrer en exerçant l’esprit critique dès le plus jeune âge.

Pris parfois au dépourvu, le pédagogue a du mal à trouver les mots pour débattre ou pour contrer une idée fausse. Exprimer son avis de façon claire et compréhensible peut s’avérer ardue. Cette collection de livres, que certains trouveront onéreuse (15 euros pour 115 pages en général), a le mérite de donner la parole à des spécialistes qui savent de quoi ils parlent et qui maitrisent parfaitement leurs sujets (Delphine Horvilleur, Richard Malka…). Devant la difficulté d’aborder en public les questions sensibles (extrémismes religieux et politiques, racisme, antisémitisme, communautarismes en tous genres), la lecture d’ouvrages comme celui de Rudy Reischstadt devient indispensable car elle constitue un levier pour éclairer, argumenter et rendre facile une discussion ou un débat qui peut faire peur à l’origine. Et pour les plus patients, ils se consoleront lorsque, quelques mois plus tard, les mêmes ouvrages paraitront en poche à un prix plus abordable.

dimanche 10 septembre 2023

Otakar Vavra (réalisation) et Ester Krumbachová (scénario), Un marteau pour les sorcières (Kladivo na čarodějnice) Coffret digipack Blu Ray + DVD, Artus films, Alignan du vent, 2023.

Otakar Vavra (réalisation) et Ester Krumbachová (scénario), Un marteau pour les sorcières (Kladivo na čarodějnice) Coffret digipack Blu Ray + DVD, Artus films, Alignan du vent, 2023.


N’attendons pas que quelques réactionnaires machistes, aigris et chauvins appellent à organiser un procès en sorcellerie pour mener au bûcher le casting et le staff responsable du film Barbie pour nous pencher sur une œuvre méconnue du filone « films de chasse aux sorcières ». Oubliez les barbecues de saison et préparez bûchers et poucettes, ça va torturer !!!

Le génial documenteur Häxan : la sorcellerie à travers les âges du danois Benjamin Christensen (1922) ou le récit de folk-horror The VVitch : a New England folktale de Robert Eggers (2015) sont deux œuvres de référence sur le sujet. Au tournant des années 1968-1970, quelques films hauts en couleurs ont marqué les esprits et pupilles des cinéphages : le fabuleux western british The Witchfinder General du regretté Michael Reeves, The Bloody Judge du prolifique Jess Franco ou l’effroyable Hexen bis aufs Blut gequält de Michael Armstrong et Adrian Hoven. Ces trois films ne sont guère avares en tortures, supplices et horreurs diverses. Le métrage du réalisateur Otakar Vavra pourrait paraître bien sage en comparaison de ces films mais il s’agit d’une œuvre qui mérite grandement d’être redécouverte et d'être placée aux côtés des oeuvres de références auparavant citées.

Le cinéaste Tchèque adapte en 1970 un roman éponyme de Václav Kaplický. Le récit se concentre sur les procès de sorcellerie conduits par Jindřich František Boblig von Edelstadt en 1670, en Moravie.

« Moravie, 1670. Pour avoir dérobé une hostie, croyant soigner sa vache ne donnant plus de lait, une vieille femme se fait accuser de sorcellerie. Le seigneur du pays fait alors venir un tribunal de l’Inquisition pour la juger. L’inquisiteur, Boblig von Edelstadt, s’appuie sur le célèbre manuel Malleus Maleficarum pour mener les interrogatoires. Mais, très vite, les tortures vont succéder aux dénonciations, et les bûchers vont s’allumer, toujours plus nombreux… »

Le titre renvoie au Malleus Maleficarum, le traité signé par Heinrich Kramer Institoris et Jakob Sprenger, best-seller de la chasse aux sorcières de multiples fois réédité entre 1487 et 1669 et ce malgré sa mise à l’index par les autorités catholiques. Le film s’ouvre sur la fameuse illustration de Goya el sueño de la razón produce monstruos.  Et c’est bien d’obscurantisme triomphant, de manipulation et de « sommeil de la raison » dont il est question dans ce métrage.

La photographie en noir et blanc du chef opérateur Josef Illik capte de manière impeccable mais implacable la destruction d’une communauté toute entière par l’inquisiteur Boblig. Devant la caméra de Vavra, l’inquisiteur est un rustaud qui n’est pas allé au bout de ses études de droit et travaille dans une taverne lorsqu’on vient le chercher pour traduire en justice les sorcières et sorciers suspectés. Le contraste est saisissant entre cette communauté d’aristocrates ou de bourgeois lettrés et éclairés, amateurs de musique et de belles lettres et cet inquisiteur grossier, avide, intéressé et corrompu. Boblig n’a rien d’un fanatique religieux mais tout de l’arriviste seulement attiré par les biens et les femmes de cette communauté morave qu’il s’emploie à dépouiller impitoyablement.

 
Rien ne peut arrêter l’inquisiteur qui s’acharne sur tous les membres de la communauté visés par des suspicions de sorcellerie : marchands, religieux, légistes… Point de happy-end à espérer, aucune manœuvre et aucun recours ne permettent aux accusés de se débarrasser de celui qui se pose comme l’exécutant de la volonté divine. Deux éléments viennent rythmer et scander la narration de Vavra. Une séquence assez surprenante ouvre le film. La caméra filme des femmes au bain, heureuses, insouciantes, belles. Dès que la procédure d’enquête et de procès pour sorcellerie est lancée et ce, après un « simple » vol d’hostie consacrée, les images filmées en gros plans d’un moine éructant des propos anti-femmes accompagnent la lente explosion de la communauté visée par Boblig. Cupide et envieux, il s’acharne notamment sur l’infortunée Zuzana, ravissante domestique du prêtre Krystof Lautner. Ces images récurrentes, pleines de haine à l'encontre des femmes, sont proprement terrifiantes...


Là où Michael Reeves ou Michael Armstrong s’affranchissent du souci de reconstituer fidèlement la période moderne pour insister, avec une certaine complaisance pour le second, sur les tortures infligées aux femmes, Vavra s’attache à soigner son cadre, ses costumes et sa reconstitution plutôt méticuleuse de l’époque moderne. Ce sont moins les supplices que les conséquences de ceux-ci sur les suppliciés qui intéressent le réalisateur. Quelques séquences de tortures cruelles sont bien présentes, dont une pénible séance de « poucettes », mais Kladivo na čarodějnice est moins un torture porn qu’un drame historique très soigné. Le second élément qui vient scander le film, ce sont ces pieux carbonisés et ces restes de bûchers qui s’alignent au fur et à mesure des exécutions. D'aucuns noteront que la représentation des crémations est certes erronée mais l'effet dramaturgique en est certain. A l’issue du film, Boblig quitte la Moravie le ventre plein, les poches pleines et faute de victimes à juger, torturer, exécuter et spolier…

D’emblée le contexte chronologique (le tournant 1968-1970) et géographique (la Tchécoslovaquie alors derrière le Rideau de Fer) de réalisation appelle une mise en perspective de ce procès à grand spectacle avec les simulacres de procès des totalitarismes communistes ou ceux de la witch hunt du sénateur McCarthy. Otakar Vavra a été forcé de collaborer avec l’occupant nazi puis avec les autorités communistes. Il n’est pas aisé de déterminer s’il fustige dans ce film le camp occidental ou la « justice » communiste. Et ce n’est guère important tant le propos est puissant. Dans son récit, la chasse aux sorcières n’est jamais une histoire de religion ou de conviction mais une persécution motivée par l’avidité et la cupidité. La dimension féminicide du processus inquisitorial est également très appuyée. De ces premières images de femmes heureuses et, d’une certaine manière, libérées à leur funeste destin de femmes torturées et assassinées, il y a quelque chose à remarquer et à relever. Il peut paraître surprenant de voir un cinéaste engagé politiquement dans le communisme prendre parti pour des bourgeois et des ecclésiastiques menacés par un inquisiteur dépeint comme pourfendeur d'une certaine élite éclairée. Cependant, le carton titre pose clairement les choses : le réalisateur est dans le camp de la Raison et des Lumières et non dans celui de l'obscurantisme.

La relecture et mise en scène du récit de ce procès dans le contexte des années 1968-1970 est fascinante de lucidité et de pertinence. Dans un contexte toujours plus dur de poussée des idées conservatrices anti-révolutionnaires et anti-Lumières, le procès en sorcellerie fait au film Barbie au nom d’une lutte contre un « capitalisme consumériste » et un « progressisme hédoniste » adossés tous deux à un « mondialisme triomphant » ne doit pas laisser indifférent. Laisser des Boblig cupides, avides et enragés s’installer comme des vers dans une pomme ne peut conduire qu’à un unhappy end, tout comme dans le film présentement chroniqué…