L’histoire d’Albin commence par celle de ses parents, ou plutôt
d’un idéal que formulent ces derniers. Vivant dans une dictature totalitaire dirigée
par le Comité de dévitalisation, le Prédicateur, géniteur d’Albin, décide avec
sa femme de braver l’interdit : avoir un enfant qui, espèrent-ils tous
deux, devrait être celui qui libèrera la société du joug du terrible Comité.
Très vite après sa naissance, les espoirs du couple sont
réduits à néant : Albin montre d’inquiétants signes de cruauté, d’abord
avec les animaux qu’il torture de façon très sauvage avant de mettre fin à leur
vie. Il faut se rendre à l’évidence : l’enfant n’est pas un sauveur de l’humanité,
mais un horrible monstre pétri de haine et de violence.
Alors que les parents se morfondent et se disent qu’ils ont
engendré la pire des créatures, le Comité, de son coté, remarque le jeune
garçon, ravi de voir en lui un futur cadre qui devrait faire parfaitement l’affaire
pour intégrer le petit groupe d’hommes qui dirigent le territoire. D’autant
plus qu’Albin et doué dans tout ce qu’il entreprend de violent et qu’il est
affublé d’un visage fin et d’une beauté hors-norme. Cette qualité intéresse
tout particulièrement les cadres du parti où seules les relations sexuelles
entre hommes sont autorisées parce qu’elles n’engendrent aucune naissance supplémentaire.
Albin gravit les échelons les uns après les autres, soit en
montrant ses prouesses imaginatives pour trouver de nouveaux moyens de
dévitaliser ceux qui ont atteint l’âge légal pour cesser de vivre, soit en
écrasant ses adversaires au sein du parti, usant de ses charmes pour séduire les
hiérarques juste au-dessus qu’ils éliminent les uns après les autres ses concurrents
directs aux postes qu’il convoite.
Mais dans ces sociétés aussi hiérarchisées, bien souvent
ceux qui sont trop carriéristes font peur et deviennent les cibles de ceux qui
se sentent menacés. D’un autre côté, la société menace aussi de se soulever
contre ceux qui les oppriment. Deux dangers pour Albin… mais est-on toujours
sûrs de ceux qu’on installe à la place des dictateurs que l’on fait tomber ?
Cette dystopie écrite en 1974 dans une Tchécoslovaquie
communiste ne peut que rappeler le système politique mis en place à l’époque
dans le pays. Elle rappelle le fameux 1984 d’Orwell, en plus trash et plus
sombre. Aucun espoir, aucune échappatoire ne sont proposés par l’auteur. Même
quand les choses semblent s’être dénouées dans les scènes finales, c’est pour
mieux retomber dans un cauchemar qu’on nous laisser entrevoir.
Le livre interroge également l’ambition et questionne sur l’être
humain et jusqu’où il est capable d’aller pour satisfaire sa soif de pouvoir et
de contrôle. Il pose aussi la question de l’acceptation, des effets de la
propagande sur les consciences. Cruel, l’anti-héros qu’est Albin dérange par la
violence qu’il est capable de produire, même contre ses proches. Un livre
dérangeant qui s’inscrit dans son temps et qui, aujourd’hui, interroge tant il
peut être compliqué à lire.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire