mercredi 8 avril 2026

God Bless America, un thriller décevant dans l'Amérique de la Guerre froide


Septembre 1954, dans le Colorado aux Etats-Unis, une voiture s’arrête dans une station-service pour faire le plein. Un étrange homme défiguré est au volant. Il file ensuite à bord de son véhicule. Le lendemain, dans l’état voisin de l’Utah le shérif Nick Corey patrouille et découvre une voiture abandonnée au bord de la route. Alors qu’il l’examine attentivement en relevant une douce odeur de parfum, un grand bruit déchire la tranquillité du moment : un avion de l’armée, passablement endommagé, est en train de s’écraser. Le shérif se rend sur place après avoir parcouru quelques miles de distance depuis l’endroit où il se trouve. Il n’avait trouvé aucun conducteur dans la voiture, il ne découvre aucun pilote dans l’avion. Commence dès lors une course poursuite entre le shérif, un tueur en série et un groupe de soldat séditieux, dans une Amérique en pleine guerre froide.

Une superposition d’affaires repose alors sur les épaules de Nick Corey. L’armée et le FBI lui mettent la pression pour élucider un mystère plutôt embarrassant pour l’état. S’agirait-il d’un complot fomenté par les Soviétiques, visant à détourner quelques ogives nucléaires ? Un étrange inspecteur du FBI s’associe au shérif. Qui est-il ? Que lui veut-il ? Pourquoi sa présence trouble-t-elle tant l’enquêteur ?


Mais ce sont surtout de terribles souvenirs qui refont surface dans l’esprit de Nick. Des traces et des intuitions lui rappellent l’horreur qu’il a vécue enfant quand il a découvert les cadavres atrocement mutilés de ses parents. Tous les faisceaux de preuves convergent vers cette idée : l’homme qui a assassiné ces derniers est bien le même qui agit ici depuis quelques jours. Il le précède à chaque étape de l’enquête, semant derrière lui des pauvres victimes torturées et laissées pour morte dans de bien macabres mises en scène.

L’histoire ainsi dressée fournit tous les bons ingrédients d’un thriller réussi : une Amérique paranoïaque en proie à la chasse aux sorcières et qui traque tout ce qui peut être différent ; d’étranges protagonistes secondaires mais qui alimentent l’ambiance tendue de ces états arriérés et en marge de la modernité ; d’autres personnages dont les déviances (sexuelles) prennent souvent le pas sur la raison ; des mystères qui s’enchainent et qui donnent un caractère plutôt haletant et motivant au début de l’histoire dans laquelle le lecteur se plonge assez vite. Il a envie de savoir.

Mais malheureusement, au fur et à mesure des planches et des évènements, on perd le fil et la narration dévient souvent incohérente et répétitive. Le shérif suit les traces du fameux tueur et tente de déjouer en même temps le complot visant l’Amérique. Les bons choix pris par le héros de l’histoire sont systématiquement dictés par des intuitions, procédé un peu facile et rapide pour un ouvrage qui se veut une enquête policière. Trop peu de place est laissée également à l’histoire du tueur en série. Que cherche-t-il réellement ? Que s’est-il passé dans la chambre des parents il y a des années de cela ? Pourquoi reproduit-il les actes commis ? Pourquoi s’acharne-t-il autant sur le shérif ? La succession des meurtres lasse assez vite elle aussi. On devine que le shérif arrivera à chaque fois trop tard pour ne retrouver que les corps sans vie des personnes qu’il vient de quitter. Quant au dénouement final (qui n’en est pas un en réalité), il ne peut que laisser sur sa faim.

Au niveau graphique, c’est une Amérique et une société états-unienne très sombre qui est campée. La production du livre a été soignée : format impressionnant, gros grammage et beau grain du papier.  Le dessin très (trop) charbonneux, retire un peu de la netteté de certaines scènes et paysages qu’on aurait aimé être plus mis en valeur.


D’une bande dessinée aussi mise en avant et autant plébiscitée depuis sa sortie, on en attendait certainement de trop. Devant autant d’attente, on est peut-être aussi trop exigeants et très facilement déçue aussi.

God Bless America, d'après le roman Le Cherokee de Richard Morgièvre, adapté par PF Radice, Sarbacane, 2026.

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