Ils seront cinq. Cinq albums édités de façon irrégulière. Ils retraceront les combats menés par le grand- père du dessinateur qui s’est engagé
sous cinq drapeaux différents. Voilà le projet mené par l’auteur espagnol Pau.
Mais attention, si Vincente Jimenez Bravo a changé cinq fois d’étendards, ce n’est
pas parce qu’il a retourné autant de fois sa veste, mais simplement parce que,
fidèle à ses convictions, il s’est allié à tous les ennemis de la dictature et
du fascisme.
Ce premier tome marque le début de cette série. Par un
savant jeu de flashback, on y apprend à la fois la genèse de ces différents
engagements, mais aussi les premiers déboires vécus par celui qu’on surnomme
Yoyo, ou Bichente.
Désireux de s’engager très jeune dans le combat pour
préserver la république espagnole et ses valeurs démocratiques, il entraine
avec lui son grand frère dans les brigades qui luttent contre les tentatives de
prise du pouvoir des franquistes. Mais c’était sans compter sur l’appui des
fascistes italiens et des nazis allemands qui soutinrent militaire le général
Franco. La défaite est terrible, les vaincus fuient vers la France où les
conditions d’accueil sont affreuses alors même que Pétain n’a pas encore pris
le pouvoir.
De « camp », celui de Saint-Cyprien-plage dans
lequel est d’abord interné Yoyo, il n’y a que les barbelés. Le reste est une
longue bande de sable au bord de la mer sur laquelle chaque interné doit se
débrouiller pour le protéger du vent, du froid et de la pluie. Alors chacun
creuse une cuvette dans le sable pour s'y enfouir le plus possible et tous tentent de récupérer une simple bâche ou une vieille couverture pour en faire un toit pour un paravent. Les
conditions de survie sont catastrophiques : peu de nourriture, aucune
hygiène, et ce ne sont pas les plaques de tôle, les quelques poutres et les réchauds
qu’on amènent ici en urgence qui vont améliorer drastiquement le quotidien des
détenus.
On se débrouille comme on peut pour trouver de quoi manger.
On troque des richesses personnelles qu’on a pu amener avec soi contre quelques
boites de conserve. Les profiteurs du coin installent même une sorte de marché
aux étales garnis face à des yeux hagards et envieux debout derrière les
barbelés.
Après quelques mois passés dans cette misère, les internés
sont transférés au Barcarès, un autre camp situé à quelques kilomètres plus au nord
où la situation est un peu meilleure. Ici, on séjourne dans des baraquements
en dur, faits de bois. Mais la situation reste tout de même très compliquée. Les
pages sépia qui racontent ces périodes d’internement sont particulièrement
fortes.
Dans le récit de cet enfer, l’auteur a inséré des planches
de couleur. Plus joyeuses et plus optimistes. Ce sont celles des espérances encore vivantes. Ce sont aussi celles qui racontent ce qui s’est
produit avant la débâcle. On y retrouve notre héro en famille, on le voit décidé à s’engager, on le suit dans ses combats, remporter parfois des victoires et
tomber amoureux. Mais rien n’est jamais complétement heureux. Il doit se séparer
à plusieurs reprises de la jeune fille qui l’admirait tant. Et il y a cette
terrible scène qui raconte le destin tragique de son grand frère…
Dans un style très cartoon à la limite du Disney, Pau
embarque son lecteur dans l’odyssée de son grand-père. Il s’appuie sur les
écrits laissés par ce dernier et sur une documentation solide pour retracer le
parcours de son aïeul et de tous ses compagnons d’infortune. Un gros carnet historique et documentaire complète l'album. Un second tome est
déjà paru. On attend tous les autres tomes avec une immense impatience.

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