dimanche 25 octobre 2026

Quand la Femme était l'Homme. Aux Origines de l'histoire - par Ulli Lust - Cà et Là - 2026



Des statues qui représentent des corps nus, on en trouve depuis longtemps. Aujourd’hui dans les musées, elles étaient à l’origine disposées dans l’espace public, sur une agora ou dans la demeure d’un riche notable. Mais bien avant ces œuvres antiques, déjà à la préhistoire, les premiers hommes sculptaient des personnages dans des ossements d’animaux qu’ils chassaient. Dans cette bande dessinée documentaire monumentale, Ulli Lust, autrice germanophone, revient sur l’histoire des premières sociétés humaines et tente de rétablir les organisations sociétales primitives en se débarrassant des biais actuels.

Ces premières sculptures de Vénus préhistoriques aux formes plantureuses ont été découvertes par dizaines depuis des décennies. Elles représentent des femmes aux formes généreuses, sans pudeur, dévoilant leur intimité. Elles sont le reflet des croyances de l’époque et certainement de la place qu’occupaient les femmes dans les groupes humains préhistoriques. Malgré cela, l’imagerie patriarcale occidentale a fortement trompé nos représentations véhiculées par des livres montrant une répartition finalement très contemporaines et sûrement très fausse des tâches au sein des premières communautés humaines : les hommes sont des chasseurs dotés de la force physique nécessaire pour s’adonner aux tâches les plus difficiles ; les femmes quant à elles sont vouées à procréer, tanner les peaux de bêtes pour confectionner les abris et les vêtements et s’occuper des enfants.

En utilisant de nombreuses références scientifiques et en croisant l’archéologie, l’histoire des arts, la science préhistorique et historique, l’anthropologie, la paléontologie, voir la zoologie, Ulli Lust reconstitue ce qui semble être une tout autre vérité et redonne à la femme sa vraie place dans le monde des premiers êtres humains.

A l’aide des vestiges, fragments de statuettes, peintures rupestres et sépultures, elle démontre que les femmes avaient une place bien plus importante et fondamentale dans des société bien plus égalitaires également que celle construite en Occident depuis la fin de l’antiquité.

Pour appuyer ses recherches, l’artiste consacre également des passages entiers de son ouvrage à des sociétés contemporaines qui sont les dernières à vivre selon les coutumes et les traditions les plus proches de nos plus lointain ancêtres. Considérées à tort comme des peuples non civilisés, on essaye de les faire disparaitre aujourd’hui. Or ces femmes et ces hommes qui composent les population bushman africaines sont les derniers témoins et portent en eux les dernières traces de la manière dont ont pu être organisées les premières sociétés humaines. Force est de constater qu’une totale égalité y règne entre les individus des deux sexes ?

Véritable histoire très bien documentée de l’humanité, l’ouvrage constitue aussi un plaidoyer contre la disparition des écosystèmes naturels et humains aux profit de normes dominantes qui uniformisent l’être humain. Très dense, l’ouvrage n’en est pas moins clair et offre également toute une série d’annexes qui permettront à celles et ceux qui veulent approfondir d’aller encore plus loin.

Au niveau graphique, la dessinatrice a opté pour un style simple et sans fioriture. Les traits sont fins et précis et la colorisation sobre et symbolique, à l’image de l’ocre chargé de tant de signification. Les planches s’apparentent d’ailleurs parfois à des vitrines d’un musée, ou à des carnets de croquis d’explorateurs, tant elles fourmillent de croquis et de petites représentations de vestiges qui viennent illustrer et donner corps au propos. C’est une belle réussite une fois de plus et qui vient à point nommé, dans une période envahie de propos misogynes, complotistes et masculinistes.

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