dimanche 11 octobre 2026

J'ai Arrêté Otto Abetz, par Maxime Germain et Didier Eisack, La Cité Graphique, 2026


Dans la série des bandes dessinées qu’il faut lire si tu ne veux pas passer à côté d’une histoire intéressante, celle-ci se place en bonne position. En fait, ce n’est pas tout à fait vrai dans la mesure où le récit complet avait déjà été publié il y a quelques années dans un livre du même nom aux Editions Amalthée, situées dans l’Ouest de la France.

Quoi qu’il en soit, cette bande dessinée ouvre à un plus large public l’histoire de deux hommes. L’un est un juif allemand réfugié en France : Joachim Eisack, ou Richard Ezac. Pour cacher sa judéité, il a effectivement changé de nom et s’est engagé dans la Résistance française après avoir fui les persécutions antisémites commises par les nazis dans son pays d’origine. Après avoir participé à la libération de la France en 1944, il retourne en Allemagne dans le but de traquer un général de la SS, ambassadeur du Reich en France : Otto Abetz.

C’est le second protagoniste de ce roman graphique. Ce dernier est responsable de nombreux méfaits en France comme celui de diffuser la propagande antijuive sur le territoire conquis, ou d’épurer le pays de tout ce qui est considéré par les nazis comme de l’art dégénéré… Mais lorsqu’il doit fuir les Alliés et qu’il retourne en Allemagne, c’est au sein d’un projet encore plus radical qu’il se trouve : réunir des fonds pour alimenter la résistance des Werwölfe, ces irréductibles nazis fanatiques qui refusent de poser les armes et poursuivent le combat jusqu’à la mort.

Doté d’un acharnement sans faille, Ezac va poursuivre, ou plutôt traquer, le dignitaire nazi et c’est sans spoilé l’ouvrage, puisque le titre l’affirme, qu’on découvre le stratagème mis en place pour faire sortir l’ambassadeur de son trou afin de l’arrêter et de le trainer devant les tribunaux. Mais c’était sans compter sur le rapprochement franco-allemand d’après-guerre et l’amnistie dont ont pu bénéficier de nombreux criminels de guerre…

Le troisième protagoniste de l’ouvrage est l’auteur lui-même : Didier Eisack, le petit-fils de Joachim. On le découvre dès le début du livre au centre de Yad Vashem en Israël où il termine ses recherches pour éclairer l’histoire de sa famille, et par la même occasion celle de la France, celles de l’occupation et du nazisme. On le retrouve également à la fin du livre, puisqu’il signe le gros dossier historique qui vient compléter l’ouvrage de façon claire, pédagogique et sans redondance.

Le style graphique convient plutôt bien à l’histoire, bien qu’il puisse surprendre de prime abord par son coté comics anglophones, à la fois dans le format et dans le style de papier glacé et la colorisation. Et ça marche finalement plutôt bien, puisqu’on plonge ainsi le lecteur dans un univers quasi cinématographique, aux couleurs noir-bleutées qui conviennent plutôt bien à cette ambiance feutrée et sombre qu’on associe souvent à la Résistance et au polard. Quelques touches de rouge vif viennent rehausser l’histoire aux bons moments. Une belle production parue à La Cité graphique, branche BD des Presses de la Cité.

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