« Blond aux yeux bleus, c’est que ça devient rare comme
race ! », assène de manière péremptoire une voyageuse qui croise l’auteure
de cette bande dessinée alors qu’elle se trouve dans un bus lyonnais. L’injonction
qui est ainsi faite par cette dame animée d’un fort racisme propose à Isabelle
de faire un autre enfant parce que le nourrisson qu’elle tient dans ses bras
correspond aux stéréotypes de la « race pure » qui anime tout esprit
xénophobe. Subjuguée par de tels propos, la jeune dessinatrice rentre chez
elle, sans avoir pu répondre quoi que ce soit.
Il faut dire que le sujet est sensible dans la famille d’Isabelle
Maroger qui livre ici un récit autobiographique sincère. Dans ce roman
graphique, elle raconte les origines de sa mère, comment cette dernière a découvert
qu’elle est le fruit de l’union de deux êtres dans le cadre d’un programme nazi
et la manière dont elle a enquêté pour retrouver sa mère et sa famille
norvégienne.
Pour saisir complètement le sens de l’ouvrage, il est
nécessaire de retourner quelques années en arrière. Isabelle est en classe, en
cours d’histoire. Lors d’une séquence sur le nazisme, elle apprend non
seulement l’existence d’un programme de perpétuation de la « race
germanique », le programme Lebensborn, mais aussi le fait que celui-ci a
été mis en œuvre dans des maternités norvégiennes. Encore ignorante de ce qu’elle
allait découvrir, et dotée d’une certaine naïveté, c’est toute guilleret que la
jeune fille rentre chez elle pour raconter ce curieux hasard à sa mère qui semble
gênée : cette dernière est née en Norvège, à Hurdal Verk plus précisément,
pendant la Seconde Guerre mondiale et a été adoptée.
Dans la famille, on s’est toujours considérés comme « à
moitié norvégiens ». On voue une sorte d’admiration pour ce pays qu’on n’a
jamais visité et, sans trop bien savoir pourquoi, on affiche des symboles de la
Norvège à peu près partout dans la maison. C’est un jour de 2001 que tout s’éclaire
quand la mère d’Isabelle, qui a effectué des recherches sur ses origines,
annonce à sa fille devenue artiste qu’elle est née dans le cadre du projet
Lebensborn.
Commence alors un récit documentaire qui s’écrit en
parallèle de l’histoire familiale. Considéré par Hitler comme « racialement
adéquate, le peuple norvégien doit participer au développement du « Volk »,
du « peuple » germanique. C’est ainsi que des dizaines de SS sont
envoyés dans le pays nordique pour entretenir des relations avec de jeunes
norvégiennes afin de produire des petits « Aryens ». C’est ainsi que
Gerda, la grand-mère biologique de l’auteure, s’est amourachée d’un jeune nazi
avec qui elle eut une relation durable et une petite fille.
Avide d’en savoir plus, la mère d’Isabelle entreprend des
recherches plus poussées. Elle retrouve ses frères et sœurs norvégiens, ses
neveux et nièces et réussit à reconstituer son histoire familiale pièce après
pièce. Le roman graphique se termine de manière surprenante quand les membres
de la famille son confrontés à leur père pour les uns et leur grand-père pour
les autres.
Finalement, un récit riche en émotions et en suspens qui met
en lumière un pan de l’histoire du nazisme plutôt méconnu du grand public.
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