samedi 12 septembre 2026

Découvrir que ses origines familiales s'ancrent dans un projet nazi. Lebensborn - Par Isabelle Maroger - Bayard Graphic'

 


« Blond aux yeux bleus, c’est que ça devient rare comme race ! », assène de manière péremptoire une voyageuse qui croise l’auteure de cette bande dessinée alors qu’elle se trouve dans un bus lyonnais. L’injonction qui est ainsi faite par cette dame animée d’un fort racisme propose à Isabelle de faire un autre enfant parce que le nourrisson qu’elle tient dans ses bras correspond aux stéréotypes de la « race pure » qui anime tout esprit xénophobe. Subjuguée par de tels propos, la jeune dessinatrice rentre chez elle, sans avoir pu répondre quoi que ce soit.

Il faut dire que le sujet est sensible dans la famille d’Isabelle Maroger qui livre ici un récit autobiographique sincère. Dans ce roman graphique, elle raconte les origines de sa mère, comment cette dernière a découvert qu’elle est le fruit de l’union de deux êtres dans le cadre d’un programme nazi et la manière dont elle a enquêté pour retrouver sa mère et sa famille norvégienne.


Pour saisir complètement le sens de l’ouvrage, il est nécessaire de retourner quelques années en arrière. Isabelle est en classe, en cours d’histoire. Lors d’une séquence sur le nazisme, elle apprend non seulement l’existence d’un programme de perpétuation de la « race germanique », le programme Lebensborn, mais aussi le fait que celui-ci a été mis en œuvre dans des maternités norvégiennes. Encore ignorante de ce qu’elle allait découvrir, et dotée d’une certaine naïveté, c’est toute guilleret que la jeune fille rentre chez elle pour raconter ce curieux hasard à sa mère qui semble gênée : cette dernière est née en Norvège, à Hurdal Verk plus précisément, pendant la Seconde Guerre mondiale et a été adoptée.

Dans la famille, on s’est toujours considérés comme « à moitié norvégiens ». On voue une sorte d’admiration pour ce pays qu’on n’a jamais visité et, sans trop bien savoir pourquoi, on affiche des symboles de la Norvège à peu près partout dans la maison. C’est un jour de 2001 que tout s’éclaire quand la mère d’Isabelle, qui a effectué des recherches sur ses origines, annonce à sa fille devenue artiste qu’elle est née dans le cadre du projet Lebensborn.

Commence alors un récit documentaire qui s’écrit en parallèle de l’histoire familiale. Considéré par Hitler comme « racialement adéquate, le peuple norvégien doit participer au développement du « Volk », du « peuple » germanique. C’est ainsi que des dizaines de SS sont envoyés dans le pays nordique pour entretenir des relations avec de jeunes norvégiennes afin de produire des petits « Aryens ». C’est ainsi que Gerda, la grand-mère biologique de l’auteure, s’est amourachée d’un jeune nazi avec qui elle eut une relation durable et une petite fille.

Avide d’en savoir plus, la mère d’Isabelle entreprend des recherches plus poussées. Elle retrouve ses frères et sœurs norvégiens, ses neveux et nièces et réussit à reconstituer son histoire familiale pièce après pièce. Le roman graphique se termine de manière surprenante quand les membres de la famille son confrontés à leur père pour les uns et leur grand-père pour les autres.

Finalement, un récit riche en émotions et en suspens qui met en lumière un pan de l’histoire du nazisme plutôt méconnu du grand public.

 

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